Macron met le cap sur l'écologie mais pour aller où ?

DÉCRYPTAGE - Dans sa chronique "Les indispensables", Claire Serge s'est intéressée ce mercredi 12 février 2020 à l'action de la France pour le climat.

FEUILLE DE ROUTE – Les priorités de la fin de son quinquennat seront le régalien et l’écologie, a assuré le chef de l’Etat aux députés de la majorité. Assiste-t-on pour autant à un tournant vert dans la politique menée par l’exécutif ? Voici la feuille de route évoquée par Emmanuel Macron dans un entretien au Dauphiné Libéré.

Macron l'a dit aux députés de sa majorité mardi soir : "Je vous le dis, la fin du quinquennat après les retraites c’est le régalien et l’écologie". Dès ce mercredi, Emmanuel Macron tenait un nouveau Conseil de défense écologique et en se rendant au chevet du Mont Blanc pour présenter des mesures en faveur de la biodiversité après avoir détaillé sa vision des choses le matin même  dans un entretien accordé au quotidien Le Dauphiné Libéré. 

"Le combat contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité est un combat d’aujourd’hui", a estimé le chef de l’Etat. Nucléaire, pesticides, diesel ou plastique… Voici sa feuille de route. 

Le nucléaire, une chance !

"Nous sommes le premier pays au monde à fermer toutes nos centrales à charbon", s’est félicité le chef de l’Etat. Contrairement à son voisin allemand qui mise encore beaucoup sur la production de charbon dans son mix énergétique, la France souhaite en sortir rapidement. Le gouvernement prévoit de fermer les quatre centrales à charbon encore en activité d’ici à 2022, conformément à la promesse de campagne du candidat Macron. 

Objectif : la neutralité carbone en 2050. Pour ce faire, la production d’énergie nucléaire est encore fortement privilégiée par le gouvernement car considérée comme la moins carbonée : "Nous avons une chance historique, c’est le nucléaire, qui est la production non intermittente la plus décarbonée au monde".

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On assiste ici à un changement de ton de la part de l’exécutif : après avoir annoncé la fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), le gouvernement ne veut pas pour autant abandonner la production, en tout cas pas tout de suite. "On sera amené à fermer des réacteurs, et peut être à en rouvrir d’autres pour maintenir nos capacités", affirme Emmanuel Macron au quotidien. Dans cette configuration, quid des énergies renouvelables ? Elles doivent progressivement remplacer le nucléaire, selon le chef de l’Etat. Aujourd’hui en France, la production d’électricité provient à 70, 9 % du nucléaire pour seulement 17,9 % d’énergies renouvelables. Le gouvernement table pourtant sur plus de 30 % du renouvelable dans le mix énergétique à l’horizon 2030. 

Réduction de moitié des pesticides d'ici 2025

"Nous avons décidé de réduire de 50 % les pesticides pour 2025 et nous tiendrons ce délai", assure Emmanuel Macron. Sur ce sujet, un récent rapport de la Cour des comptes a épinglé le gouvernement, lui reprochant de pas avoir tenu les objectifs fixés il y a dix ans, et ce malgré le budget alloué. Pour illustrer l’interdiction effective de certains pesticides, le président prend alors l’exemple des néonicotinoïdes, ces produits décimant les insectes, interdits le 1er septembre 2018. Or, selon une base de données rendue publique par PhytAtmo, de nombreux produits phytosanitaires persistent dans l’air, bien que retirés du marché il y a des années.

100 millions d’euros pour la filière hydrogène

Favoriser les transports collectifs ainsi que des véhicules hydrogènes et électriques. Telle est l’ambition de l’exécutif qui table sur la fin du diesel et qui a investi par exemple 100 millions d’euros dans la filière hydrogène. Sur les 3 ou 4 millions de vieux véhicules, dont la plupart sont des diesels, "nous devrions pouvoir en changer 1,2 million durant ce quinquennat", promet Emmanuel Macron. Pour cela, le gouvernement mise beaucoup sur la prime à la conversion et avance le nombre de 600.000 vieux véhicules remplacés depuis 2017, contre un objectif initial de 500.000 tout au long du quinquennat. En 2019, 820 millions d’euros ont été versés aux Français qui ont souhaité remplacer leur véhicule. 

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Fin du plastique à usage unique

Le délai d’interdiction de l’ensemble des emballages plastiques à usage unique a été jugé tardif par bon nombre d’associations environnementales et d’acteurs politiques. Emmanuel Macron justifie alors au quotidien la date fixée à 2040  par une interrogation :"quel est le produit de substitution ?". Selon le chef de l’Etat, si le plastique à usage unique n’est pas interdit plus tôt, c’est en raison du risque "de le remplacer par des produits dont le bilan carbone est moins bon". Le gouvernement a donc opté pour une suppression progressive des emballages plastiques. Au 1er janvier 2020, c'est la vente des coton-tiges, des gobelets et des assiettes en plastique qui a été interdite. 

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Grand format : peut-on vivre sans plastique ?

30 % d'aires protégées

"Nous devons avoir un agenda propre à la biodiversité", a estimé Emmanuel Macron. "Le conseil de défense écologique va augmenter les aires protégées pour couvrir 30% de notre territoire par des classements en réserves naturelles, en parcs nationaux, en parcs naturels régionaux". L'extension, officiellement annoncée ce mercredi 12 février par le biais de la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, est prévue d'ici 2022. Aujourd'hui, les aires protégées couvrent 29,5% des terres et 23,5% des eaux françaises, selon les chiffres du ministère.

Le gouvernement affiche également un objectif de zéro artificialisation des sols d’ici 2050. Chaque année, environ 20.000 hectares d’espaces naturels sont artificialisés, d'après France Stratégie. 

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