Parole d’un élu qui repense sa ville et prône la "reconquête environnementale"

Parole d’un élu qui repense sa ville et prône la "reconquête environnementale"
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ENTRETIEN - Partenaire du Prix Entreprises pour l’environnement (EpE), LCI vous livre pendant un mois des articles autour de la thématique "Vivons la nature en ville" et plus généralement de l’environnement. Jean-François Caron est maire EELV de Loos-En-Gohelle depuis 19 ans. Cette ville du nord de la France, ancien bassin minier, est un exemple de transition écologique réussie. L’élu EELV raconte à LCI sa vision d’une ville verte et sa mission de "reconquête environnementale".

LCI : Votre ville est souvent citée en exemple de transition écologique. Comment l’expliquez-vous ? 

Jean-François Caron : Le modèle minier était l’archétype d’un territoire non-durable. Quand j’ai été élu maire, en tant qu’écologiste, j’étais très attendu sur la reconquête de l’environnement. Pour moi, c’était de toute façon un passage obligé mais ce n’est pas seulement ça. C’est aussi parce que le retour de la nature est un marqueur assez rapide de la reconquête d’une ville. Le traitement de la nature est à la fois un incontournable, vu les dégâts causés, et qui prouve la transformation d’une ville. 

On est parti de très loin, c’est sûr, mais ce n’est pas le jour et la nuit, non plus. La protection des terrils a commencé vingt ans avant cela et l’on s’est battu pour les préserver.  

LCI : Si vous deviez citer trois actions de développement durable prises à vos débuts ?  

Jean-François Caron : La première serait l’infiltration des eaux de pluie et leur récupération dans les bâtiments. Lorsque l’on arrose un terrain de foot avec de l’eau de pluie plutôt qu’avec de l’eau traitée au chlore, les gens le voient comme du bon sens et ça crée de l’adhésion. 

La deuxième a été l’introduction des critères de haute qualité environnementale dans la construction. L’affichage de matériaux écologiques a été un très fort marqueur de l’action municipale. C’est un enjeu à la fois social, économique et évidemment environnemental. 

La troisième a été l’installation de la trame verte. Lorsque l’on a fait le bilan en 2008 de notre dernier mandat, ce qui crevait l’écran, c’était la ceinture verte. L’idée était de boucler la ville par l’extérieur pour faire un réseau de chemins piétons et cyclistes. D’abord, cela marque symboliquement le fait que la ville ne se développera pas au-dessus de la ceinture verte, pour la préservation des terres agricoles : c’est un marquage de la limite de l’urbanisation. Ensuite, cela connecte les quartiers entre eux par l’extérieur. Enfin, cela permet la mise en place de corridors biologiques (des espaces résistant aux pollutions nuisibles à la faune et reliant plusieurs écosystèmes entre eux, ndlr). 

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LCI :  Qu’est-ce qu’une ville verte pour vous ? 

Jean-François Caron : La ville verte a besoin d’une entrée systémique. Ce qui se joue, c’est le passage d’un ancien modèle de développement à un nouveau. Et le territoire en est une incarnation. Par exemple, le modèle minier tel qu’on l’a vécu ne serait plus possible dans ce contexte-là. 

Cela pose deux questions : un nouvel imaginaire de développement de nouvelles richesses au 21e siècle et une attitude de transition pour passer de l’ancien vers le nouveau modèle. Et ce nouvel imaginaire est un autre art de vivre ensemble, dans l’exemple de Loos-en-Gohelle : le lien plutôt que le matérialisme, l’implication des habitants plutôt que la consommation de l’action publique, une nouvelle évolution des modèles économiques avec par exemple le développement massif du bio plutôt que le modèle agricole industriel intensif. La question de la nature est ici centrale puisque c’est ce qui nous permet de vivre. Au sein de cette nouvelle vision du territoire, on a besoin d’une action extrêmement forte de reconquête environnementale. 

LCI : Quel message souhaitez-vous adresser aux maires de France ?

Jean-François Caron : Je dirais que l’exemple de Loos-en-Gohelle, qui est une commune très pauvre avec une population tout aussi pauvre, montre que ce n’est pas une affaire financière mais une façon de concevoir les choix. Chaque commune est une cellule-souche de ce nouveau modèle de développement. Chaque territoire a le moyen de développer une stratégie de transition forte. Le changement viendra par les territoires, car le niveau global est bloqué. Les maires ont donc une marge de manœuvre importante dans cette direction-là. 

Comme chaque année depuis 15 ans, Entreprises pour l’Environnement (EpE), LCI (anciennement Metronews) et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de plus de 10 000€. Cette année, les jeunes de 15 à 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "La nature et la ville seront au cœur de l’actualité en 2020, une année décisive pour le climat et la biodiversité. Comment les villes de demain assureront-elles bien-être et santé à tous les citadins ? De nombreux défis restent à relever afin de transformer nos conditions de vie en ville : limiter l’étalement urbain, lutte contre le changement climatique, réduction de la pollution, gestion des déchets, accès à une alimentation saine, constructions durables…" Soyez ambitieux, créatifs et persuasifs ! Dépôt des dossiers jusqu’au 23 mars 2020.

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