Pas d'objectif de neutralité carbone en 2050 pour l'UE : 4 pays de l'Est ont bloqué l'accord, dont la Pologne

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ÉCHEC - Les 28 dirigeants de l'UE n'ont pas réussi jeudi 20 juin à se mettre d'accord sur la date de 2050 comme horizon pour une neutralité carbone à l'échelle européenne. Alors que 24 pays avaient trouvé un accord, la Pologne s'y est finalement opposée, emmenant avec elle la Hongrie, la République tchèque et l'Estonie.

Jamais l'Union européenne n'avait été aussi proche de s'accorder sur une date précise pour un objectif commun de neutralité carbone. Jeudi 20 juin, lors du Conseil européen à Sibiu (Roumanie), les 28 dirigeants nationaux n'ont finalement pas réussi à s'entendre sur la date de 2050 pour faire de l'UE une zone neutre en termes d'émissions de gaz à effet de serre. La Pologne, soutenue par la Hongrie, la République tchèque et l'Estonie, s'est opposée aux 24 autres pays sur cette échéance.


Au terme de ce sommet, les dirigeants ont simplement demandé à la Commission, de travailler sur "les conditions, les incitations et le cadre à mettre en place, afin de déterminer comment assurer une transition" vers cette "neutralité climatique, en ligne avec l'accord de Paris". La date de 2050, elle, est seulement évoquée dans un renvoi en bas de page qui ne contraint personne, et qui n'inclut pas les quatre pays de l'Est, dont l'économie repose encore plus massivement sur les énergies fossiles.

"J'aurais préféré l'unanimité mais nous avons préféré ne pas sacrifier notre ambition pour 2050", a commenté Emmanuel Macron vendredi 21 juin. Pour le président français, qui rappelle que seuls la France et le Benelux portaient cet objectif en mars dernier, le simple fait d'avoir réuni 24 pays sur cette échéance de 2050 lors de ce dernier conseil européen est une "avancée structurante". L'Allemagne, notamment, s'est ralliée à cet objectif, alors qu'Angela Merkel avait longtemps temporisé sur la question, et que plusieurs milliers de manifestants écologistes occupent depuis ce vendredi une mine de charbon dans la Ruhr.

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VIDÉO - L'Allemagne, un pays dépendant du charbon

Que signifie cet objectif de neutralité carbone en 2050 ?

Cette neutralité carbone à l'horizon 2050 aurait eu pour conséquence un effort massif de réduction des émissions de CO2, ainsi qu'une compensation des émissions restantes par des dispositifs d'absorption : changements des sols, des forêts, ou encore procédés de captation de CO2. Pour les organisations écologistes, un objectif à 2050 serait un minimum, "afin d'éviter le pire du changement climatique", selon Greenpeace.


Selon l'AFP, le projet de texte prévoyait que cette neutralité carbone devait être atteinte à condition qu'elle "préserve la compétitivité", "soit juste et socialement équilibrée, prenne en compte les circonstances nationales des Etats membres et respecte leur droit de décider de leur propre mix énergétique". Mais ces garanties n'ont vraisemblablement pas suffi.

"Hystérie écologique"

Si les quatre États d'Europe de l'Est ont refusé de s'engager sur une neutralité carbone en 2050, c'est parce qu'ils estiment ne pas avoir suffisamment de garanties pour financer leur transition énergétique. La Pologne était arrivée au sommet en demandant des conditions "strictement définies" pour "d'éventuels mécanismes de compensation pour les pays membres, les régions et les secteurs", selon son Premier ministre Mateusz Morawiecki rapportés par l'agence PAP. Après le conseil européen, ce dernier a appelé à "une transformation écologique juste".


Le chef d'État polonais a affirmé que "les entrepreneurs polonais subissent des coûts hors de proportion avec leur consommation d'énergie et les émissions de CO2 qu'elle entraîne", et que "l'objectif de neutralité carbone en 2050 "imposerait d'énormes charges sur l'industrie hongroise". Le gouvernement hongrois a adopté une position très similaire, en affirmant, comme Varsovie, son attachement à la lutte contre le changement climatique. Côté tchèque, le Premier ministre Andrej Babis a en revanche qualifié d'"hystérie écologique" les efforts en vue de fixer des objectifs plus stricts en matière de climat, et suggéré que l'UE devrait obliger des pays non membres à respecter des engagements écologiques.

Des pays très dépendants du charbon

La dépendance aux combustibles fossiles dans ces pays de l'Est est encore importante. En Pologne, 80% de la production électrique est réalisée à partir de charbon, qui est aussi massivement utilisé pour le chauffage domestique. Pays parmi les plus pollués d'Europe, la Pologne connaît environ 45.000 décès prématurés en raison de la pollution atmosphérique

mourir chaque année environ 45.000 personnes. La République tchèque produit quant à elle près de 60% de son électricité avec du charbon.


"Il faut aider ces pays à faire la transition, qui est plus difficile que pour d'autres, plus avancés en matière d'énergies propres", a souligné une source à l'Elysée citée par l'AFP, ajoutant que cela ne doit pas "servir d'alibi pour de faibles engagements climatiques".

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