Pesticides : après les betteraves, le maïs aussi sera-t-il une exception ?

Les producteurs de betteraves sucrières devraient obtenir une dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes en France. L'utilisation de ces pesticides, nocifs pour les abeilles, fait pourtant polémique.
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NÉONICOTINOÏDES - Les producteurs de betteraves sucrières devraient obtenir une dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes en France, censés pourtant être bannis pour protéger les abeilles. D'autres producteurs, notamment de maïs, voudraient leur emboîter le pas malgré l'opposition des défenseurs de l'environnement.

Un projet de loi, déposé ce jeudi en Conseil des ministres, prévoit de prolonger le droit aux dérogations d'utilisation de produits néonicotinoïdes jusqu'au 1er juillet 2023 à l'intention des cultures de betteraves sucrières. Une exception qui devait normalement prendre fin cette année. Mais la filière est impactée par le développement du puceron vert à l'origine de la jaunisse des plantes. Le ministère de l'Agriculture voit également dans cette décision une question de souveraineté, la France étant le leader européen de la production de sucre à base de betterave. 

Cette décision a provoqué la colère les défenseurs de l'environnement, notamment des abeilles, puisque l'utilisation des substances néonicotinoïdes sont en principe interdites en France depuis deux ans en raison de leurs effets sur les insectes pollinisateurs. 

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Que sont les néonicotinoïdes ?

Apparus pour la première fois en 1991, les néonicotinoïdes sont des insecticides qui regroupent sept molécules dérivées de la nicotine. Contrairement à la majorité des pesticides pulvérisés directement sur les plantes, les néonicotinoïdes sont appliqués autour de la graine grâce au procédé de l'enrobage. Avec cette technique, l'insecticide circule dans toute la future plante, des fleurs jusqu'aux racines. Larves et insectes sont neutralisés. 

Sauf qu'avec l'enrobage, les néonicotinoïdes se retrouvent également dans le pollen et le nectar des fleurs. Ces insecticides sont donc accusés d'être responsables de l'effondrement de la population des abeilles ces dernières années. Ils se retrouvent également dans les sols et - en plus de circuler dans les eaux de surface - sont absorbés par d'autres plantes lors de leur croissance.

Pourquoi les néonicotinoïdes ont-ils été interdits ?

En septembre 2018, le gouvernement décide d'interdire les néonicotinoïdes. A cette époque, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation se targue de placer "la France (...) plus que jamais en pointe pour l’interdiction des produits phytopharmaceutiques dangereux pour les pollinisateurs", peut-on lire dans le communiqué. "Ces interdictions sont essentielles pour lutter contre le déclin massif des colonies d’abeilles et des pollinisateurs sauvages".  

Cette interdiction nationale fait suite, notamment, à une décision de la Commission européenne en 2013 d'encadrer plus strictement l'utilisation des néonicotinoïdes avec la publication d'un moratoire. Ce dernier conduit à l’interdiction du traitement des semences et des sols pour les cultures attractives pour les abeilles (sauf cultures sous serre et céréales d’hiver), ainsi qu’à l’interdiction des traitements foliaires pour les cultures qui attirent les abeilles (à l’exception des cultures sous serre ou après floraison). Bruxelles s'appuie sur les conclusions inquiétantes de l'Efsa, l'autorité européenne de sécurité des aliments, sur la dangerosité des néonicotinoïdes. 

Puis en 2018, l'Efsa réitère son réquisitoire dans une longue étude et conclut que "la plupart des utilisations des pesticides néonicotinoïdes posent un risque pour les abeilles sauvages et pour les abeilles domestiques". 

Pourquoi appliquer une dérogation ?

La décision prise en septembre 2018 ne sera pas changée par le projet de texte présenté en Conseil des ministres : le principe reste l'interdiction des néonicotinoïdes auquel est apporté plusieurs dérogations, notamment à l'intention de culture de la betterave sucrière. Dans la réglementation actuelle, cette possibilité d'utiliser ses substances dans l'enrobage des graines s'est arrêtée en juillet 2020. Le gouvernement souhaite donc prolonger les dérogations d'utilisation de produits néonicotinoïdes jusqu'en juillet 2023. 

La filière sucrière française dénonce les ravages provoqués par les pucerons verts vecteurs du virus de la jaunisse. Une fois les plants malades, le rendement des exploitations diminue. Les hivers très doux successifs entraînent la multiplication de ces insectes parasites. Leur objectif est de protéger les semis du printemps 2021 et des deux années suivantes.

Après la betterave, le maïs ?

Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Julien Denormandie parle d'"une urgence sanitaire" sur l'antenne de RMC. "Je ne veux pas laisser tomber la filière de la betterave et que demain mes enfants mangent du sucre belge ou allemand". Quant aux inquiétudes pour la survie des insectes butineurs, il mise sur l'intelligence des abeilles. "La betterave ne fait pas de fleurs. Sauf si vous êtes une abeille aveugle, paumée et sans sens de l'orientation vous ne vous retrouvez pas dans un champ de betteraves". Il reconnaît toutefois que les traces de néonicotinoïdes peuvent "rester dans le sol" et donc "avoir des conséquences". 

D'autres filières comptent bien entrer par cette porte ouverte par le gouvernement. L'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) a déjà fait connaître sa volonté de bénéficier de la même dérogation pour l'enrobage des graines. "La maïsiculture

est également en situation d’impasse totale pour lutter contre les mouches", explique l'organisation professionnelle dans son communiqué. Une "impasse technique" comparable à la lutte contre le puceron vert des betteraves et qui, selon l'AGPM, ne pourrait pas être levée sans le retour des néonicotinoïdes. 

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