Pollution dans les ports de Marseille : vers une connexion électrique des navires à quai ?

Planète

Toute L'info sur

À la loupe

ENVIRONNEMENT - Les dernières données sur la pollution maritime à Marseille ne sont guère réjouissantes : la cité phocéenne est le 8e port le plus pollué d'Europe et les navires y émettent plus d'oxydes de soufre et d’azote que les centaines de milliers de voiture circulant dans la ville. Vous nous avez demandé pourquoi le branchement électrique pour les bateaux à quai n'était pas généralisé.

À Marseille, la chaleur grimpe ces derniers jours et avec elle ... la pollution atmosphérique. La qualité de l'air y est catastrophique, à tel point que le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en place des mesures de restriction des activités polluantes. Par exemple, la circulation différenciée, mise en place le 27 juin, est reconduite au moins jusqu'à mercredi. "L'arrivée des vignettes Crit'air me pousse à me demander pourquoi les paquebots en escale dans notre beau port ne se branchent pas tous au réseau électrique alors que la Méridionale a déjà emboîté le pas ?", nous interpelle Cyril, un internaute. L'activité maritime est en effet elle aussi responsable de la pollution de l'air et est d'ailleurs de plus en décriée dans la cité phocéenne. Plus que l'automobile ?

Début juin, l'ONG Transport & Environnement a analysé les rejets de 203 navires de croisière dans 150 ports européens. Résultat : Marseille est le 8e port le plus pollué d'Europe, un triste titre. Ce même organisme estime que les 57 paquebots qui ont fait escale à Marseille en 2017 ont rejeté quatre fois plus d'oxyde de soufre (SOx) que les 340.000 voitures circulant dans la ville. Quelques semaines plus tôt, AtmoSud, l'organisme chargé d’étudier la qualité de l’air en région Paca, indiquait de son côté que les émissions de dioxydes d’azote (NOx) émis par les bateaux ont pour la première fois été plus importantes que les rejets routiers en 2018. Cela n'est pas le cas pour l'ensemble des polluants comme les particules fines, mais c'est un point non négligeable. La raison est simple : pour continuer à alimenter leurs installations électriques à bord (climatisation, frigo, moteurs, etc.), les navires font tourner des groupes électrogènes alimentés en carburant marin.

En cette période de canicule, le port de Marseille s'est donc associé au plan antipollution de la préfecture du département, pour tenter de limiter cette pollution. Les navires doivent lever le pied ces jours-ci : au moins deux nœuds de moins en approche, comme dans le port. "Cela permet de réduire de 30% les rejets polluants", nous indique le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM). 

Notre lecteur, Cyril, estime que supprimer l'utilisation de carburant lors des escales en branchant les navires au réseau électrique serait plus efficace. Il n'a pas tort. 

Lire aussi

Si l'on prend un paquebot moyen, sa consommation de carburant, amarré à quai, sera d'environ 700 litres par heure, contre 2.000 litres en navigation. "Un bateau à quai produit des rejets dans l'atmosphère équivalant à 10.000 à 30.000 véhicules, et en propulsion, 5 à 10 fois plus", analyse le directeur d'Air Paca, dans les colonnes des Echos. Cela s'explique notamment par la teneur en soufre bien plus importante dans le carburant marin que dans l'automobile. Un véhicule roulant au diesel - contenant 0,001% de souffre - est 100 fois moins polluant qu'un navire dans un port - 0.1% depuis 2015 -.

Se brancher au réseau électrique à terre est donc clairement une solution écologique. La compagnie La Méridionale a passé le cap en 2017, depuis ses trois navires coupent les moteurs une fois arrivés au port. Cette année, Corsica Linea a rejoint le mouvement. "Un premier test a été effectué la semaine dernière, un navire est actuellement équipé, trois autres devrait l'être dans les prochains mois", avance le port. Cela a certes un coût - entre 1 et 2 millions d'euros par navire - mais le système semble très rentable pour les entreprises. Elles bénéficient d'aides - l'Ademe a versé un million d'euros pour le projet de Corsica Linea, le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur, 978.000 euros - et la compagnie sera exonérée durant dix ans de taxes portuaires. Ajoutez à cela, le carburant économisé et la baisse des coûts d'entretien des moteurs, aujourd'hui à l'arrêt.

Les autres compagnies restent encore frileuses, mais les choses pourraient évoluer dans les années à venir. Le port de Marseille a pris l'initiative de développer son offre de connexion électrique à quai. Vendredi dernier, le Conseil de surveillance du port de Marseille Fos a adopté un plan d'investissement de 20 millions d'euros. "Cet investissement constitue la condition nécessaire du point de vue portuaire et terrestre pour connecter d’ici 2022, deux ferries internationaux supplémentaires puis dans un second temps, un navire de croisière en simultané", indique le port de Marseille. "Pour le moment, la puissance ne le permet", nous précise-t-on.

"Nous estimons qu'à l'horizon 2025, 50% des bateaux seront branchés à quai", espère la direction, soit chaque année, 800 escales de ferries corses connectées sur un total de 1100, 200 des 450 escales de ferriez internationaux et 200 des 500 escale de croisiéristes.

En vidéo

Marseille : la pollution émise par les navires inquiète les riverains

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter