Pollution des bateaux dans les ports : "Les gens ont peur pour leurs enfants et pour eux-mêmes"

Planète
ENVIRONNEMENT – Les gros navires émettent autant d’oxyde de soufre que des centaines de milliers de voitures, même à quai. Pour les habitants des ports méditerranéens, comme Nice, c’est une source d’inquiétude. LCI a interrogé le président d’une association de lutte contre la pollution maritime.

Face à la pollution atmosphérique causée par les géants des mers, les habitants des zones portuaires s’inquiètent, et s’organisent. Alors que plusieurs études ont mis à jour l’ampleur des émissions d’oxyde de soufre de la part des gros navires, quels sont les effets de cette pollution sur la population ? Que faire pour la diminuer ? LCI a posé ces questions à Daniel Moatti, le président de l’Association niçoise pour la qualité de l’air, l’environnement et la vie (ANQAEV). 

"Certains riverains finissent par déménager"

LCI : Quels sont les effets perceptibles de cette pollution maritime au quotidien ?

Daniel Moatti : Les gens qui habitent le port vous diront qu'il y a systématiquement de la poussière sur leur balcon ou à l'intérieur. Surtout en été, car c'est la période pendant laquelle il y a le plus de rotations de ferries entre Nice, la Corse et l'Italie. Ces poussières, certaines personnes ne les supportent pas. J'habite avec mon épouse à deux kilomètres du port et, un jour, un bateau avec des cheminées très hautes a émis des poussières jusque chez nous. Mon épouse a alors développé une bronchite. En plus de ça, nous subissons aussi les odeurs du fioul. Nous constatons que les gens qui s'installent à Nice, quand ils veulent recevoir leur famille l'été, sont surpris par la quantité de poussière. Ils ont peur pour leurs enfants et pour eux-mêmes. Certains riverains finissent par déménager du port au bout d’un certain temps. En adhérant à notre association, la population proteste, tout comme à Marseille, Toulon ou Ajaccio, où se trouvent aussi des associations avec lesquelles nous travaillons.

 

La nouvelle législation internationale pour 2020, qui fait passer le taux de souffre du fioul des navires de 3,5% à 0,5%, est-elle une avancée suffisante ?

Ce sera un peu mieux. Il faut savoir que le fioul à 3,5% est surtout utilisé par les bateaux de commerce. Les navires qui transportent des passagers utilisent du fioul à 1,5% de souffre. Ils utiliseront donc d’ici 7 mois du fioul à 0,5%. Mais si vous prenez les mers européennes nordiques, ou celles bordant les Etats-Unis, ou l’Arctique et l’Antarctique, le taux de souffre maximal est fixé à à 0,1%. Ce sont des zones à faibles émissions.

"Même à 0,5% de fioul, le carburant marin est 500 fois plus polluant que le diesel des voitures"

Où en sont aujourd’hui les discussions pour faire de la Méditerranée une zone de faible émission ? Pourquoi lit-on que la Grèce et Chypre bloquent les discussions ?

Ce sont des pays où l’on trouve beaucoup d’armateurs. Ils n’ont donc pas envie de changer brutalement de carburant, ou d’installer des filtres à particules, très coûteux. Leurs navires pourraient en effet naviguer directement avec du fioul à 0,1% de souffre, sans avoir à changer les moteurs. Sauf que ce carburant est un tiers plus cher.

 

Que demandez-vous aux autorités européennes ?

Nous demandons que l'UE s’aligne sur les normes déjà en place dans les zones de faibles émissions, en mer du Nord, en Baltique et dans la Manche, qui ont déjà diminué les oxydes de soufre (SOx) et qui diminueront bientôt les oxydes d’azote (NOx). Si l'UE ne veut pas le faire, nous demandons à la France, l’Italie et l’Espagne de s’entendre à trois. S’ils n’y parviennent pas, nous demandons à la France d’adopter unilatéralement ces normes sur ses eaux territoriales.

 

Si un accord est trouvé, le problème sera réglé ?

Il ne faut pas se leurrer. Même à 0,5% de souffre, le carburant marin est 500 fois plus polluant que le diesel des voitures ! Et si vous prenez un ferry de 20.000 tonnes ou un paquebot de 40.000 tonnes, ça revient à avoir d’un coup plusieurs centaines de milliers de voitures qui tournent. Ce qu’on demande aussi, c’est l’électrification des quais car, pour fonctionner à quai, les bateaux doivent continuer à brûler du fioul. On nous rétorque que Nice est au bout de la France et que le réseau électrique pourrait être insuffisant, comme en Corse. Mais des compagnies françaises sont parvenues à générer de l’électricité à quai à partir de gaz naturel liquéfié (GNL), sans émettre de polluant atmosphérique. La compagnie La Méridionale a réussi cette expérimentation à Ajaccio. Localement, nous parvenons désormais à discuter au sein d'une commission mise en place par la métropole de Nice, à laquelle participent les élus locaux, les décideurs économiques, les représentants de l'État et du monde associatif comme l'ANQAEV.

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