Pourquoi les industriels du recyclage ne veulent pas de la consigne pour les bouteilles en plastique

Planète
ENVIRONNEMENT - Alors que le projet de loi contre le gaspillage pour une économie circulaire qui est présenté ce mercredi en Conseil des ministres, la fédération des industriels du recyclage Federec s'élève contre l'instauration d'un système de consigne pour le recyclage des bouteilles plastiques, qu'elle juge trop coûteux et pas assez ambitieux. Elle propose un modèle de tri des déchets fondé sur la distinction entre "sec" et humide".

Les professionnels du recyclage n'aiment pas la consigne, et espèrent bien faire changer d'avis le gouvernement, qui prévoit de développer cette pratique sur le territoire, alors que le projet de loi contre le gaspillage pour une économie circulaire porté par Brune Poirson doit être présenté mercredi en Conseil des ministres. Fin juin, Federec, la Fédération des industriels du recyclage, s'était élevée contre le système de consigne annoncé par l'exécutif, affirmant que celui-ci est trop coûteux et pas suffisamment ambitieux, tout en proposant un nouveau mode de tri des déchets ménagers "clarifié et simplifié".

En vidéo

VIDÉO - Plastique et verre : le retour de la consigne

"Manque d'ambition" et mauvaises solutions : ce que pointent les industriels du recyclage

Federec critique un "manque d'ambition du gouvernement" et une approche "datée", en estimant que les industriels du recyclage ont fortement modernisé leurs installations avec de la robotique et des technologies de tri optique. Jean-Luc Petithuguenin, vice-président de Federec et PDG du groupe Paprec, a qualifié la consigne de "mesure des années 70, qui copie ce qui se passe en Allemagne dans un tout autre système" et a défendu "le bon modèle" choisi par la France qui repose sur "le geste citoyen" du tri.


Ce modèle français sépare aujourd'hui "les ordures ménagères" et "les emballages et papiers valorisables". Les ordures ménagères représentent 17,5 millions de tonnes de déchets par an sur 22,5 millions. Quant aux emballages et papiers valorisables, ils représentent 5,1 millions de tonnes.


Selon Jean-Philippe Carpentier, le président de Federec, actuellement "99% des bouteilles sont collectées", mais "elles ne sont pas dans la bonne poubelle, ce qui fait qu'on ne recycle que 57%". Il critique également la manière dont a été annoncée la consigne : "On nous avait promis une concertation sur comment améliorer les taux de recyclage en France (...) et on se retrouve avec un débat sur comment mettre en place la consigne", a-t-il dit. "On n'a aucune étude d'autres pistes possibles pour améliorer ce taux de recyclage et aucune étude d'impact sur la mise en place de cette consigne", a-t-il ajouté.

Les pros du recyclage sont-ils les grands perdants de la consigne au profit des producteurs de boissons ?

La consigne est "une mesure qui va coûter, suivant le dimensionnement, entre 200 et 300 millions d'euros de pouvoir d'achat aux Français et entre 200 et 300 millions de recettes en moins pour les collectivités", a affirmé M. Petithuguenin devant la presse. Mais la consigne semble être aussi une mauvaise opération pour ces industriels du recyclage, en les privant d'une ressource lucrative, comme l'explique le site spécialisé Actu environnement.


Sur les 3 millions de tonnes de déchets plastique produits, on compte environ 400.000 tonnes de bouteilles plastiques en PET (polytéréphtalate d'éthylène), a expliqué Jean-Philippe Carpentier. Or, rappelle Actu environnement, "chaque tonne de bouteille PET détournée des centres de tri vers la consigne représente un manque à gagner d'environ 1.000 euros pour les centres de tri". En effet, "entre 300 et 350 euros sont perdus faute de vendre le PET trié", et "à cela s'ajoute un manque à gagner de 660 euros qui correspond au soutien versé par Citeo (l'éco-organisme chargé de la collecte, ndlr) du pour chaque tonne de déchets plastique triés".

Actu environnement rappelle que ce soutien de Citeo pourrait augmenter compenser les pertes des entreprises de recyclage, mais que "Jean-Luc Petithuguenin n'y croit pas" car ce dernier "explique que la consigne réduirait les éco-contributions perçues par Citeo au titre de la mise sur le marché de bouteilles plastique, ce qui rendrait impossible une hausse du soutien versé par l'éco-organisme". Des éco-contributions qui représentent "environ 100 millions d'euros".


En bref, la crainte des industriels du recyclage est donc aussi de voir le PET capté directement par les industriels de la boisson, comme Coca-Cola, Danone ou Nestlé. L'intérêt de ces derniers serait triple : réduire les éco-contributions payées à Citeo, réduire les coûts d'approvisionnement en PET recyclé, et encaisser les consignes payées mais non-réclamées par les consommateurs.

Poubelle humide et poubelle sèche : que proposent les industriels du recyclage ?

Federec propose un système alternatif, fondé sur la distinction entre déchets ménagers "sec" et humide". Les déchets secs, qui seraient tous collectés dans le bac jaune, seraient constituées d'un côté du verre, et de l'autre côté de tous les déchets valorisables secs et non dangereux, hors encombrants.


 Les déchets humides seraient pour leur part divisés entre les biodéchets destinés au compostage et des déchets humides sales (couches, lingettes, cotons-tiges, etc.), destinés à l'incinération ou à l'enfouissement. Un système déjà mis en place à Châteauroux, rappelle Franceinfo. "C'est la prolongation des consignes de tri et l'extension avec ce qui n'y est pas", a défendu Jean-Philippe Carpentier, le président de Federec.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter