Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas

Pourquoi les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas
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EXPLICATIONS - Malgré les promesses, les résultats ne sont pas au rendez-vous. D'après les conclusions du bulletin annuel de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) paru lundi, la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère ne montrerait "aucun signe de ralentissement". La faute, notamment, à la Chine, aux États-Unis et à l'Inde, plus gros pollueurs de la planète.

À quelques jours de la COP25, les conclusions du bulletin annuel de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) paru lundi sont loin d'être réjouissantes. Selon son secrétaire général, Petteri Taalas, "il n'y a aucun signe de ralentissement, et encore moins de diminution, de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, malgré tous les engagements pris au titre de l'Accord de Paris sur le climat". D'après les scientifiques, le dioxyde de carbone (CO2) a battu un nouveau record de concentration en 2018, à 407,8 parties par million (ppm), soit 147% de plus que le niveau préindustriel de 1750. Les concentrations de méthane (CH4) et de protoxyde d'azote (N2O) ont également augmenté plus fortement que la moyenne annuelle de la dernière décennie.

Or, selon l'ONU, il faudrait réduire chaque année les émissions de gaz à effet de serre de 7,6%, et ce dès l'an prochain jusqu'à 2030, pour espérer limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Alors que de nombreux pays se sont engagés à réduire leurs émissions, comment se fait-il que la situation soit toujours aussi critique ?

L'Union européenne, la bonne élève

Les États-Unis, la Chine, l'Inde et l'Union européenne font partie des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de notre planète. À eux seuls, ils représentent 56% des émissions mondiales, indique un rapport de l'Universal Ecological Fund publié début novembre. Parmi eux, seule l'UE, à l'origine de 9% des gaz à effet de serre, est sur le point de remplir, et même de dépasser, ses objectifs. Alors qu'elle s'était engagée à réduire "d'au moins 40%" ses émissions comparé aux niveaux de 1990 d'ici 2030, elle devrait parvenir à les abaisser de 58%.

Les émissions liées à la consommation d'énergie, qui est à l'origine de 80% des émissions totales de gaz à effet de serre de l'UE, ont par exemple baissé de 2,5% entre 2017 et 2018, rapporte Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne. Cette baisse est tirée par le Portugal (-9%), la Bulgarie (-8,1%) et l'Irlande (-6,8%). L'Allemagne, qui représente à elle seule près d'un quart des émissions (22%), a quant à elle réussi à réduire ses émissions de 5,4%. Avec 10% des émissions de CO2 de l'UE qui lui sont attribuées, la France a abaissé ses émissions de 3,5%.

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La Chine, toujours plus accro au charbon

La Chine, plus gros pollueur de la planète, représente à elle seule 26,8% des émissions des gaz à effet de serre. Signataire de l'Accord de Paris en 2015, elle a promis de réduire celles-ci de 60 à 65% par rapport aux niveaux de 2005. Problème : le pays suit une courbe inverse. Ses émissions de CO2, soit le principal gaz à effet de serre persistant dans l'atmosphère, ont augmenté de 80% depuis cette année-là.

Principal investisseur en matière d'énergie verte et très engagé dans le développement de transports plus verts avec, notamment, la vente d'un million de voitures électriques en 2018, le pays est toujours très fortement dépendant du charbon, la source d'énergie qui émet le plus de CO2. Selon un rapport de l'ONG américaine Global Energy Monitor, la Chine prévoirait la construction de nouvelles centrales électriques à charbon dont la capacité serait équivalente à celle de toute la production de l'Union européenne. Un projet en total désaccord avec ses engagements.

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Les États-Unis, un pollueur délesté de tout engagement

Alors que les États-Unis ont signifié leur retrait de l'Accord de Paris début novembre, leurs émissions de gaz à effet de serre repartent déjà à la hausse. Le deuxième plus gros pollueur au monde, avec 13,1% des gaz à effet de serre, s'était engagé à réduire ses émissions de 26 à 28% d'ici 2025, par rapport aux niveaux de 2005. Mais selon une étude préliminaire publiée début janvier par le cabinet de recherche Rhodium Group, celles-ci ne devraient atteindre que 17%.

Les émissions de gaz à effet de serre du pays ont en effet augmenté de 3,4% en 2018, après trois années de déclin. "Cela marque la deuxième plus forte hausse en plus de deux décennies, seulement surpassée en 2010 lorsque l'économie a repris après la Grande Récession", notent les auteurs de ces travaux. Principal responsable pour la troisième année consécutive : le secteur des transports, alors que les demandes en diesel et en kérosène augmentent fortement. Dans son rapport annuel publié le 11 novembre dernier cependant, Climate Transparency, initiative qui réunit organismes de recherche et ONG, indique que les émissions des États-Unis, du Canada et de l'Australie liées aux transports sont, par personne, les plus élevées du G20.

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Et alors que 15% du parc américain de centrales à charbon ont fermé entre 2006 et 2016, Donald Trump se montre plus motivé que jamais pour relancer cette industrie qui a généré, en 2017, l'émission de 1.350 millions de tonnes de CO2 aux États-Unis. Cela représente environ le tiers des émissions annuelles du pays.

Les émissions de l'Inde tirées par sa croissance économique

L'Inde, le quatrième émetteur de gaz à effet de serre au monde (7%), s'est quant à elle engagée à réduire, d'ici 2030, l'intensité de ses émissions de GES de 30 à 35% par rapport au niveau de 2005. En dépit de ces promesses, le pays a vu ses émissions augmenter d'environ 76% entre 2005 et 2017, révèle le rapport de l'Universal Ecological Fund. Selon ses auteurs, cette hausse ne devrait pas s'arrêter là en raison de sa forte croissance économique. Engagé dans un large programme d'énergies renouvelables, le pays est néanmoins encore largement dépendant du charbon. Ce dernier est à l'origine de près de 76% de l'électricité consommée par les Indiens d’après les dernières données de l’Autorité centrale de l’électricité.

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