Pourquoi les ventes de pesticides ont augmenté en 2018, malgré les engagements du gouvernement

Pourquoi les ventes de pesticides ont augmenté en 2018, malgré les engagements du gouvernement
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A CONTRE-COURANT - Des chiffres publiés mardi par le gouvernement montrent une forte augmentation de l'usage des pesticides en agriculture en 2018, malgré l'engagement de la France à réduire leur usage de moitié d'ici 2025. LCI vous explique les raisons de cette hausse.

Il s'agit là, ni plus ni moins, d'un échec. Malgré deux plans gouvernementaux successifs dont l'objectif était de diminuer leur usage, la vente de produits phytosanitaires a connu une forte hausse en 2018 dans le secteur de l'agriculture. Dans un communiqué de presse paru mardi soir, les ministères de l'Agriculture, de la Santé, de la Recherche et de la Transition écologique ont fait savoir qu'après une légère baisse en 2017, 85.876 tonnes de pesticides ont été commercialisées en 2018, soit 21% de plus que l'année précédente. Les principales substances vendues, fait savoir le rapport, sont le soufre (16 % des ventes 2018) et le glyphosate (11 % des ventes 2018).

Le nombre de doses unités (NODU) de pesticides – indicateur permettant de déterminer le nombre moyen de traitements par hectare - a quant à lui bondi de 24 % en 2018 par rapport à 2017. Dans son rapport, le gouvernement précise cependant que ces variations "sont à considérer avec précaution : il s’agit des données de vente et non d’utilisation".

Plus tôt dans la journée de mardi, l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) avait pris de vitesse le gouvernement en publiant ses propres chiffres, qui diffèrent largement des chiffres officiels. Au lieu des 21% annoncés concernant les quantités de substances actives vendues, l'association des producteurs et vendeurs de produits phytosanitaires avance de son côté une augmentation de 8% en 2018, à 68.000 tonnes, comparé à 2017. Une différence qui s'explique notamment, indique la directrice générale de l’organisation au Monde, par le fait que ces données proviennent des ventes des firmes adhérentes à l’UIPP, alors que les chiffres du ministère "compilent les données de vente des distributeurs".

Anticipation de la hausse de la redevance pour pollution

Au-delà de cette différence de chiffres, comment expliquer une telle hausse de la vente des produits phytosanitaires ? Pour Eugénia Pommaret, directrice générale de l'UIPP interviewée par l'AFP, le phénomène est dû à "un effet conjoncturel". Les agriculteurs auraient en fait entrepris de stocker des produits fin 2018 pour anticiper la hausse de la redevance pour pollution diffuse (RPD) entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Une tendance similaire avait déjà été observé lors des précédentes augmentations de la RPD en 2008 et 2015, précise-t-elle.

Même son de cloche du côté du gouvernement. "Cette évolution paraît liée à une anticipation des achats en fin d'année 2018 en prévision de l'augmentation de la RPD", assure le communiqué interministériel. Dans le rapport, la possible influence des conditions climatiques 2018, "favorables aux maladies fongiques au printemps et aux insectes durant l’été", est aussi évoquée, tout comme le déploiement de l’agriculture biologique. Une partie des produits phytosanitaires dont la vente a augmenté est en effet autorisée dans l'agriculture biologique, à l'image du soufre. "La France compte 41.600 exploitations engagées en agriculture biologique à fin 2018, soit près de 9,5 % des exploitations françaises, en augmentation de 13 % par rapport à fin 2017", font savoir les auteurs du rapport.

Un "nouveau souffle" attendu par Elisabeth Borne

Pour l'organisation écologiste Générations Futures, cette forte hausse est inacceptable. Elle dénonce dans un communiqué "la dépendance de notre agriculture aux pesticides qui marque l'échec total de ce plan Ecophyto!" Celui-ci prévoit une baisse de 50% de l'usage des pesticides d'ici 2025. "Il est maintenant évident que ce plan restera un échec tant que l'Etat s'en remettra au bon vouloir de la profession agricole pour faire évoluer de manière volontaire ses pratiques!", fait-elle savoir.

Une défaite que reconnaît elle-même, dans un tweet, la ministre de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne. "La politique menée depuis 10 ans ne produit pas les résultats attendus", écrit-elle. "Il nous faut lui donner un nouveau souffle car nous n'avons pas d'autre choix que d'aller vers une société moins dépendante des produits phytosanitaires".

Initiés à la suite du Grenelle de l'environnement fin 2007, les deux plans successifs destinés à réduire les pesticides de synthèse, baptisés Ecophyto 1 et 2, ont échoué. En avril, le gouvernement a donc tenté pour la troisième fois de désintoxiquer l'agriculture des excès de la chimie en lançant un plan EcoPhyto 2+.

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Une baisse de 40% de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques en 20 ans

Si les données publiées mardi n'augurent pas de changement positif, l'UIPP rappelle qu'il est "primordial d’analyser les tendances d’utilisation des produits phytopharmaceutiques sur une période longue". Ainsi, indique-t-elle, la décrue de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques a, selon ses chiffres, connu une baisse de plus de 40% en 20 ans.

Cette baisse des quantités utilisées par les agriculteurs ne permet cependant pas de se frotter les mains. Car depuis plusieurs décennies, la recherche dans le secteur des produits phytopharmaceutiques a permis de faire évoluer l’efficacité des molécules. A quantité égale, une substance active commercialisée aujourd'hui peut ainsi être bien plus puissante et toxique que son équivalent vendu dix ans auparavant.

Malgré tout, l'UIPP note, en s'appuyant sur les chiffres de la direction générale de l'Alimentation, qui dépend du ministère de l'Agriculture, "une augmentation constante de la part des produits de biocontrôle (solutions plus respectueuses de l'environnement, ndlr.) en volume", passée de 13,4% en 2010 à 23,7% en 2017. "Le nombre et les quantités de substances les plus préoccupantes diminuent d'année en année; la quantité de produits de biocontrôle augmente, tout comme l'engagement des agriculteurs dans des démarches reconnues économes en produits phytosanitaires", assure également le gouvernement.

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