Propulsés au GNL, à voile, à piles... les paquebots de croisière tentent de se mettre au vert

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GREEN - Pour verdir sa flotte, l'opérateur de croisière MSC investit massivement. La commande aux chantiers de Saint-Nazaire de deux paquebots propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL) a été officialisée, dimanche 19 janvier, tandis que la conception d'un navire fonctionnant en partie avec des voiles est notamment en réflexion. Ces investissements marquent-ils un virage pour le secteur de la croisière ? Le directeur des affaires institutionnelles de MSC et président de CLIA France nous répond.

Régulièrement accusés de polluer massivement, les navires du grand bleu se mettent progressivement au vert. L'Elysée a annoncé ce dimanche la commande de MSC Croisières aux chantiers navals de Saint-Nazaire de deux nouveaux navires propulsés au Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Ces mastodontes de 47 mètres de large et de plus de 330 mètres de long, soit plus que la tour Eiffel, seront livrables en 2025 et 2027. Deux autres navires possédant les mêmes particularités avaient déjà été commandés auparavant. Le premier doit être livré en 2022. Capable de transporter 6.700 passagers, il deviendra le plus gros navire exploité par une compagnie de croisière européenne ainsi que le premier navire de croisière propulsé au GNL jamais construit en France.

Cette commande ferme s'accompagne de la signature de deux protocoles d'accord avec les chantiers navals. L'un prévoit le développement d'une nouvelle classe de paquebots au GNL dotés de technologies environnementales émergentes. L'autre envisage celui d'un nouveau prototype de bateaux propulsés pour partie à la voile. Le secteur de la croisière serait-il en train de prendre nouveau visage ?

Une volonté d'innover tenue par les avancées de la science

"La mer, les ports et les populations qui nous accueillent font partie intégrante du modèle économique de la croisière. Les préserver est donc essentiel à la poursuite de notre activité", fait savoir à LCI Erminio Eschena, directeur des affaires institutionnelles de MSC et président de CLIA France, la branche française de l'association de lignes de croisières. "Tenter de réduire au maximum notre empreinte a donc toujours fait partie de l'ADN des armateurs. Mais les évolutions technologiques ne peuvent se faire qu'au rythme de la recherche". Ainsi, si la propulsion de navires au GNL est étudiée et envisagée de longue date, seuls deux paquebots de croisière fonctionnent actuellement au GNL. Commandés par les croisiéristes Costa et AIDA, ils ont tous les deux été mis en service en 2019. "Il s'agit d'une avancée technologique majeure dans le domaine de la transition énergétique. Le GNL permet une réduction des émissions de soufre et de particules fins de 99%, des émissions d'oxyde d'azote de 85% et des émissions de CO2 de 25%", vante notre interlocuteur. 

Au-delà de son positionnement sur cette nouvelle technologie, MSC a d'autre part initié, avec plusieurs partenaires, des études pour la conception de piles à combustible. Ces dispositifs, qui permettent de stocker l'énergie produite par du GNL par exemple, seront testés sur le premier des navires au GNL actuellement en construction. "Ils participeront, avec le système de propulsion au gaz, à ce que l’on réduise encore davantage notre empreinte environnementale", indique Erminio Eschena. Si son intégration sur un navire de croisière sera une première mondiale, plusieurs armateurs travaillent déjà sur des piles à combustible pour des bateaux de plus petite taille propulsés à l'hydrogène. Quant aux navires propulsés en partie grâce au vent, "il s'agit d'un véritable projet innovant", s'enthousiasme le président de CLIA France. "Cela ne s'est encore jamais vu sur ce type de navire." Actuellement, aucune date n'a été communiquée concernant la mise sur pieds de ce projet.

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Des technologies encore sous-exploitées

Pour autant, si la compagnie, comme d'autres, s'équipe progressivement des dernières technologies pour verdir leur flotte, tout n'est pas encore au point. Ainsi, les navires circulant au GNL doivent encore pouvoir être propulsés avec du carburant classique, très peu de ports étant encore équipés de stations de recharge. En 2019, Marseille est devenu l'un des rares ports au monde à proposer du GNL. Il s'équipera également, d'ici 2024, d'un système de branchement à quai électrique - dont est déjà équipée toute la flotte de MSC - permettant aux navires de pouvoir couper leur moteur une fois à quai tout en assurant le maintient sous tension de ses éclairages, de son système de climatisation, etc. Il deviendra le quatorzième port au monde à proposer ce service. "Les efforts de la compagnie ne peuvent aboutir que s’ils sont complétés par l’ensemble des acteurs du secteur", achève Erminio Eschena.

L'effrayante pollution des paquebots

Alors que le secteur de la croisière est en constante progression, avec 30 millions de passager en 2019, soit près de deux fois plus que 10 ans auparavant, l'intégration de technologies plus écologiques devient désormais indispensable. Selon une étude récente de l’ONG Transport & Environment, les 203 navires de croisière recensés en Europe ont émis en 2017 62.000 tonnes de dioxyde de soufre, 150.000 tonnes d'oxyde d'azote et 10 millions de tonnes de CO2.

À eux seuls, les 94 bateaux du croisiériste Carnival auraient émis dix fois plus d'oxyde de soufre, l'un des principaux responsables de la pollution atmosphérique avec l'oxyde d'azote et les particules fines, que les 260 millions de voitures européennes. Le deuxième croisiériste le plus important du monde, Royal Carribean, en rejetterait, lui, quatre fois plus. "Les 57 bateaux de croisières qui ont fait escale à Marseille en 2017 ont émis environ autant d'oxyde d'azote que le quart des 340.000 voitures que compte la ville", souligne d'autre part l'étude. 

Le cocktail est enrichi par la diffusion de particules fines. Selon France Nature Environnement, qui a effectué en 2015 et 2016 des relevés à Marseille, "l'air s'est avéré être jusqu’à 20 fois plus pollué avec une moyenne de 60.000 particules ultra-fines par centimètre cube" dans un quartier résidentiel aux abords du port que dans les autres quartiers de la ville. Et la pollution est encore, à en croire leurs mesures, 70 fois plus importante à bord du navire.

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En 2018, l'Organisation maritime mondiale, l'institution spécialisée des Nations Unies notamment chargée de prévenir la pollution des mers par les navires, a fixé comme objectif la réduction, par rapport à 2008, d'au moins 40% des émissions de CO2 d'ici à 2030 et de 70% d'ici à 2050 par rapport à 2008. D'ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre devront avoir diminué d'au moins 50%. Depuis le 1er janvier, elle a d'autre part limité la teneur en soufre du fuel-oil utilisé à bord des navires à 0,50% m/m (masse par masse). "Cette mesure entraîne une réduction significative des émissions d'oxydes de soufre (SOx) provenant des navires et devrait avoir un impact extrêmement positif sur l'environnement et la santé humaine, et plus particulièrement pour celle des populations vivant à proximité des ports et des côtes", se réjouit-elle dans un communiqué.

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