Que sont les SDHI, ces fongicides dont 450 scientifiques et trois ONG réclament l'interdiction ?

Que sont les SDHI, ces fongicides dont 450 scientifiques et trois ONG réclament l'interdiction ?
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POISON - Si les SDHI sont utilisés pour tuer champignons et moisissures, ils sont aussi nocifs pour l'homme et les insectes, avertissent 450 scientifiques. Dans une tribune parue mardi dans "Le Monde", ils demandent "au plus vite" l'arrêt de l'utilisation de cette classe de pesticides. LCI vous explique de quoi il s'agit.

Il pourrait selon eux s'agir d'une nouvelle "catastrophe sanitaire". Un peu moins d'un an après la publication dans Libération d'une tribune par un collectif de chercheurs et de médecins concernant les dangers des SDHI, des pesticides controversés utilisés pour détruire les moisissures, 450 scientifiques tirent de nouveau la sonnette d'alarme. Dans une nouvelle tribune parue mardi dans Le Monde, ils appellent à "mettre en oeuvre au plus vite l'arrêt de l'usage des SDHI en milieu ouvert" par principe de précaution, au vu des résultats d'une étude publiée en novembre dans la revue américaine Plos One

Menés par des chercheurs de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), ces travaux ont mis en évidence que ces fongicides affectaient non seulement, en laboratoire, l'organisme des champignons, mais également des humains, des abeilles et des vers de terre.

Parallèlement à cette tribune, les ONG Nous voulons des coquelicots, Générations futures et France nature environnement ont annoncé mardi l'envoi d'une lettre pour demander à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) de retirer l'autorisation de trois produits à base de SDHI (sur environ 150 autorisés en France), le Keynote et l’Aviator Xpro, produits par Bayer et le Librax, produit par BASF. Soutenues par des parlementaires comme Delphine Batho (Génération écologie), Loïc Prud'homme (LFI) ou Joël Labbé (EELV), elles dénoncent les SDHI comme une "grave menace pour tout ce qui est vivant". 

En cas de réponse négative ou de non-réponse dans les deux mois de l'Anses, elles saisiront le tribunal administratif pour obtenir le retrait de leurs autorisations de mise sur le marché. En 2018, un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra avaient déjà alerté, dans une tribune publiée dans Libération, sur les dangers des SDHI.

Depuis quand ces fongicides sont-ils utilisés ? Par qui ? Où les trouve-t-on ? LCI fait le point.

Où sont utilisés les SDHI ?

Utilisés depuis les années 60, les SDHI permettaient à l'époque de lutter contre les charbons, rouilles et rhizoctones, des maladies affectant les cultures de céréales, de tubercules et certains arbres fruitiers. Depuis les années 2000 cependant, l'utilisation des SDHI a largement progressé avec la mise au point du Boscalid en 2007, puis du Bixafen, Isopyrazam, Fluxapyroxad, Penflufen, Penthiopyrad et Sedaxane, fongicides nouvelle génération au spectre d'action beaucoup plus large.

Aujourd'hui en France, environ 70% des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver sont traitées par les SDHI. Les semences, les fruits (raisins, fraises, agrumes...), mais aussi les pelouses, dont celles des terrains de foot et de golf, bénéficient aussi largement de l'action de ces fongicides.

Selon le dernier rapport de l'Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) sur les résidus de pesticides dans l'alimentation, le Boscalid, commercialisé par l'allemand BASF, fait partie des produits phytosanitaires les plus fréquemment rencontrés dans les aliments analysés (7,6%). Lors de tests menés en 2017, il était notamment présent dans 25,5% des carottes, dans 35,5% des poires, et dans de moindres quantités (moins de 3%) dans les brocolis, les kiwis, les oignons et les haricots secs. Pour 1% des échantillons testés, les quantités de résidus retrouvées étaient supérieures au normes fixées par l'Union européenne.

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Comment fonctionnent les SDHI ?

Les SDHI, ou "inhibiteurs de la succinate déshydrogénase", sont des pesticides destinés à tuer les champignons et les moisissures. Ils se déclinent en onze substances qui agissent sur parasites en bloquant une enzyme impliquée dans la respiration cellulaire : la succinate déshydrogénase. Par ce processus, les cellules ne sont plus oxygénées et meurent, entraînant la disparition du champignon. 

Pourquoi ils inquiètent

"Contrairement à leur désignation commerciale trompeuse de 'fongicide", [...] les SDHI n’ont aucune spécificité", alertent les scientifiques dans la tribune signée dans Le Monde. Ils s'attaqueraient ainsi autant à la succinate déshydrogénase des champignons qu'à celle du ver de terre, de l’abeille et de l'homme. Or "chez l’être humain, un dysfonctionnement d’une enzyme clé de la chaîne respiratoire, la succinate déshydrogénase (SDH), est associé à de graves pathologies", indique sur son site le CNRS. Parmi elles, la maladie d'Alzheimer, de Parkinson, des encéphalopathies (inflammations du cerveau) sévères, des tumeurs du système nerveux au niveau de la tête ou du cou ou encore dans les zones thoraciques, abdominales ou pelviennes, ou encore certains cancers du rein, ou du système digestif, décrivaient en avril 2018 les chercheurs et médecins à l'origine de la tribune parue dans Libération.

Pour Pierre Rustin, directeur de l’étude parue dans Plos One en novembre dernier et que nous avions alors pu interviewer, "c’est de la folie d’utiliser ces fongicides en préventif". "On ne peut pas déverser dans les champs des produits dont on ne connaît pas toutes les conséquences", affirmait-il. Pour lui, "la toxicité cellulaire est absolument claire".

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Pour l'heure, l'Anses estime cependant "qu'en l'état actuel des connaissances", elle n'a pas matière à revenir sur ses autorisations. "Nos travaux continuent", fait savoir à l'AFP Roger Genet, patron de l'agence, alors que l'Anses a lancé ou finance plusieurs travaux sur les SDHI. 

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