Quatre questions sur la fin annoncée du broyage des poussins mâles

Quatre questions sur la fin annoncée du broyage des poussins mâles
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ÉLEVAGE - Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a annoncé mardi 28 janvier le lancement d’un plan sur le bien-être animal dans lequel figure l’interdiction du broyage des poussins mâles, d’ici fin 2021. Voici les questions qui se posent autour de la fin de cette pratique controversée.

"Aujourd’hui, le bien-être animal, ce n’est pas la fin de l’élevage, c’est mieux d’élevage", a rappelé le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume à l’annonce de son plan pour la protection et l’amélioration du bien-être animal ce mardi 28 janvier. Parmi les mesures figurent l’étiquetage européen des modes d’élevage, la fin de la castration des porcelets à vif mais aussi l’interdiction du broyage des poussins mâles, pratique très controversée aujourd’hui en France. 

Si l’interdiction du broyage des poussins a été annoncée pour la fin 2021, le flou persiste autour des alternatives à cette technique choisies par le gouvernement. Pour financer la recherche sur le sujet, une enveloppe supplémentaire de 300.000 euros sera ajoutée au budget déjà octroyé de 4 millions d’euros, nous indique-t-on à la Direction générale de l’alimentation. LCI fait le point sur les questions posées par l'annonce.

Pourquoi le broyage des poussins mâles est-il pratiqué ?

Chaque année en France, 40 millions de poussins mâles sont tués par l’industrie agro-alimentaire, selon les estimations de l’association de défense animale L214. Ne pondant pas d’œufs et considérés comme trop chers à élever, ils sont jugés inutiles dans la filière de la ponte et bons à être jetés. En pratique, broyés ou asphyxiés.  

Actuellement, la loi autorise le broyage des poussins à condition qu'il entraîne leur mort "immédiate" et "jusqu’à 72 heures" après la naissance. Avec le plan sur le bien-être animal présenté mardi 28 janvier, Didier Guillaume veut mettre fin à cette pratique en l’interdisant complètement d’ici à la fin 2021, quitte à forcer les entreprises réfractaires, comme il l’a laissé entendre ce mardi matin sur RMC. Si le ministre n'a évoqué que le broyage, l'asphyxie au dioxyde de carbone doit également être interdite, a fait savoir son entourage à l'AFP.

Existe-t-il des alternatives au broyage ?

Il existe deux alternatives majeures à cette pratique considérée comme barbare par bon nombre d’association : l’élevage des poussins mâles ou bien le sexage in ovo, c'est-à-dire la détermination du sexe avant l'éclosion. S’agissant de la première option, il paraît difficile pour le ministère de l’envisager sérieusement, tant elle ne lui parait pas rentable. "Ce sont des marchés de niches", indique à LCI Clara Marcé, chef du Bureau de la protection animale à la Direction générale de l’alimentation, qui se dit "incapable de dire comment valoriser tous les poussins mâles qui naissent". 

Pour ce qui est de la sélection des œufs au stade embryonnaire pour ne garder que les femelles pondeuses, celle-ci n’a pas encore passé la porte du laboratoire en France. C’est probablement pourquoi Didier Guillaume a estimé ce mardi matin que cette technique "ne marche pas à grande échelle". "Plusieurs industriels et chercheurs travaillent sur ces méthodes", assure Clara Marcé. Et une technique retient particulièrement l’attention du ministère de l’Agriculture : celle de la société française Tronico, dont les travaux sont aujourd’hui financés par FranceAgriMer à hauteur de 4,3 millions d’euros. 

En effet, l’entreprise s’essaie au sexage in ovo à l’aide de biomarqueurs et non d’un spectroscope, comme peuvent le faire les Allemands. Concrètement, la méthode consiste à jouer sur la transparence de la coquille afin de trier les œufs sans la percer. Aujourd’hui, la société parvient à un taux de réussite de 95 %, les 5 % restants étant dus à un défaut de matériel, selon la chef du Bureau de la protection animale. 

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Quel est ce partenariat franco-allemand annoncé par Didier Guillaume ?

Un "consortium franco-allemand" sur le broyage des poussins mâles a été initié le 13 janvier dernier à Berlin, à l’occasion du Conseil des ministres franco-allemand. Objectif : développer une "coopération en matière de technologie et de recherche", une "rencontre commune des filières" mais aussi adopter une "feuille de route" quant aux alternatives existantes au broyage des poussins. L’Allemagne, qui a un peu d’avance sur le sujet puisqu’elle a déjà pratiqué la technique du sexage in ovo, aura probablement un retour d’expérience à partager, d’après Clara Marcé, qui précise que "le groupe de travail est ouvert à tous Etats-membres de l'Union européenne qui souhaitent y participer". 

Qu’en est-il du broyage des canetons femelles ?

Des associations de défense des animaux ont d’ores et déjà réagi à l’annonce gouvernementale et ont déploré la poursuite du broyage des canetons femelles non-utilisés pour la production de foie gras. C’est le cas de Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, qui a déclaré  dans un communiqué que "le ministre ne s’est par ailleurs toujours pas exprimé sur l’interdiction éventuelle du broyage des canetons femelles". Sur ce sujet, Clara Marcé avance que "la recherche financée jusqu’à présent était fondée sur une seule espèce" mais que l’objectif à terme est d’étendre l’interdiction à d’autres espèces, et notamment aux canetons femelles. "La destruction des canes femelles est moins systématique que pour les poussins car elles sont plus valorisées sur le marché", argumente la chef du Bureau de la protection animale, ajoutant que ce volet-là "n’est pas oublié" par le gouvernement. 

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