Quatre questions sur le fichage illégal de personnalités dont est accusé Monsanto

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Le scandale du glyphosate

LOBBYING - Des documents d'agences de communications travaillant pour Monsanto, montrent comment des médias, des politiques et des ONG ont été inscrits illégalement dans des fichiers sur leurs positions à propos du glyphosate. Le but était de mettre en place un lobbying plus efficace. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris.

Des centaines de journalistes, politiques, et des scientifiques, ont été fichés avec leurs données personnelles et leur position -favorable, défavorable, "à surveiller" - sur les pesticides et notamment le glyphosate. L'émission L'Oeil du 20 Heures sur France 2, le 9 mai, affirme avoir reçu des fichiers informatiques "confidentiels" portant la signature d'agences de communication travaillant pour le groupe Monsanto, filiale depuis l'an dernier du géant allemand de la chimie Bayer, qui commercialise le Round'up, dont le composant actif est le glyphosate.

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En quoi consiste ce fichage ?

Selon l'enquête de France 2, un premier document, datant de 2016, fait été d'une cartographie portant le logo de Monsanto et du géant français de la publicité Publicis, et qui classe les principaux acteurs du débat sur les pesticides en France en fonction de leur degré d'influence. Mais une deuxième agence de communication, Fleishman Hillard, "aurait quant à elle utilisé en 2016 un autre fichier", rassemblant notamment les adresses privées ou encore les numéros de téléphone sur liste rouge de 200 personnalités. 

Toutes ces personnes ont été "évaluées sur plusieurs thématiques, des OGM aux pesticides avec des notes de 0 à 5 en fonction de la crédibilité, l'influence et le degré de soutien à Monsanto", affirme le reportage. Afin de rendre plus efficace leur lobbying, un tableau cible 74 "cibles prioritaires" divisées en quatre groupes : les "alliés", les "potentiels alliés à recruter", les personnalités "à éduquer" et celles "à surveiller". Dans ce sens, et sur la base de cette liste a été établi un plan d'action personnalisé, avec les loisirs de ces cibles, et pour les "alliés", des propositions de tweets et d'infographie à diffuser.

Qui sont les personnes ciblées ?

Les personnes qui font l'objet de ce fichage sont pour près de moitié des gens de presse. Sur les 200 personnes listées figurent en effet "une centaine de journalistes" précise Le Monde, qui a eu accès à un document du cabinet de lobbying et de relations publiques Fleishman-Hillard. Cinq journalistes de ce journal y figurent, ainsi que deux journalistes de France Inter. Plus généralement, les "professionnels couvrant les questions environnement et agriculture pour les quotidiens, mais aussi ceux des agences de presse, des radios, des chaînes de télévision" y sont répertoriés, précise le quotidien du soir. 

On y retrouve également 25 députés, eurodéputés français, et ministres, qui étaient alors en place lors de la constitution du fichier en 2016. Stéphane Le Foll, qui était alors ministre de l'Agriculture, Ségolène Royal, à l'Environnement, et Marisol Touraine, à la Santé, y sont inscrit. On retrouve aussi des ministres actuels, comme Bruno Le Maire, ministre de l'Économie.

Enfin y figurent aussi des représentants d'organisation agricoles, comme la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ou la Confédération paysanne, et des ONG telle que l’Association pour la promotion d’une agriculture durable, ou la Ligue contre le Cancer (qui est déclarée "anti-Monsanto")

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Pourquoi ce fichage est-il illégal ?

En France, les personnes inscrites dans un fichier "faisant apparaître les opinions politiques et philosophiques d’une personne" doivent être consentantes, et doivent pouvoir disposer d'un droit d'accès et de modification de informations les concernant. Une réglementation en vigueur depuis 2018 et la mise en application du règlement européen sur la protection des données (RGPD). Ce "fichage" des différentes personnalités, qui n'en avaient jamais été informées, est donc très problématique au regard de la loi.

Vendredi, le parquet de Paris a d'ailleurs annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire. 

Quelles ont été les réactions ?

Du côté des mis en cause, le cabinet Fleishman-Hillard a déclaré n'avoir "connaissance d’aucun agissement non-conforme qui serait le fait de [ses] collaborateurs". Sandrine Cormary, directrice générale de Fleishman Hillard France jusqu’en janvier 2017, assure ne pas connaître l’existence de ce document, mais précise au Parisien : "Le fait de faire des listings est quelque chose de plutôt courant dans notre profession. Mais tout notre groupe est évidemment en conformité avec la loi française sur la protection des données et le RGPD". 

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui réglemente les pesticides et dont deux de ses membres sont classés comme "à surveiller" se dit "scandalisée" par ces révélations. Le Monde a déposé plainte le 26 avril dernier auprès du procureur de la République de Paris, pour conservation de données "faisant apparaître les opinions politiques et philosophiques d’une personne sans son consentement". Le Parisien a fait savoir que trois de ses journalistes, qui figurent dans ces listes, ont "prévu de saisir la Cnil", l'organe qui veille au respect des libertés en ligne.

Ségolène Royal, elle, a jugé ces pratiques "condamnables". Marisol Tourraine, estime, elle, que ces révélations "semble(nt) moins intéressant(es) sur (elle) que sur leur stratégie". 

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