Polluants et surdimensionnés : les SUV doivent-il être plus taxés ?

Les SUV sont-ils néfastes pour l'environnement ? Ces modèles sont-ils plus sûrs que les voitures classiques ? Notre journaliste Alexia Mayer nous aide à démêler le vrai du faux.

MALUS - Dans un rapport publié ce mardi, le WWF dénonce la pollution engendrée par le nombre grandissant des SUV, ces 4x4 urbains. Il réclame de taxer les véhicules selon leur poids. Une mesure jusqu'alors écartée par le gouvernement.

En dix ans, les ventes de SUV ont été multipliées par sept en France. A mi-chemin entre le monospace et le 4x4, les SUV représentent près de 40 % des ventes de voitures neuves. S'ils séduisent par leur design et leur confort, ces véhicules n'en sont pas moins extrêmement polluants. Pour le WWF, qui publie ce mardi un rapport sur le sujet, leur impact sur le climat est "écrasant" et "incompatible" avec le respect des engagements français de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

"Un SUV par rapport à une voiture standard, c'est 200 kg, 25 cm de long et 10 cm de large en plus !", dénonce l'ONG environnementale. Or qui dit plus lourd dit plus polluant, puisqu'il a besoin de plus de carburant pour déplacer sa masse. Alors, quand les voitures individuelles sont responsables de 16% des émissions françaises de GES, les SUV émettent "en moyenne 20% de GES de plus que le reste des voitures" et "les 4,3 millions vendus en France en une décennie ont une empreinte carbone équivalente à 25 millions de citadines électriques", affirme le WWF pour qui ces véhicules sont devenus "la deuxième source de hausse des émissions de GES énergétiques en France de 2008 à 2018, juste derrière le secteur aérien".

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Si la tendance se poursuit, les SUV pourraient représenter les deux-tiers des ventes en 2030, avec un doublement des émissions liées. Inquiète, l'ONG interpelle le gouvernement. "Nous appelons les décideurs politiques et le secteur automobile à faire reculer les ventes des véhicules surdimensionnés." Elle propose notamment, dans son rapport, de renforcer et refonder la fiscalité automobile autour du poids dans le cadre de l'examen en cours du projet de loi de finances au parlement. Plus précisément, WWF demande aux députés d'instaurer un critère poids dans le dispositif de bonus-malus automobile. 

Un malus en fonction du poids écarté par le gouvernement pour 2021

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a déjà proposé, dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat (CCC), un malus écologique au poids. Cette éventualité a, à l’approche de la rédaction finale du projet de loi de finance 2021, été mise sur la table par le gouvernement début septembre. L'idée était de reprendre les recommandations des citoyens de la CCC qui proposaient de taxer, à raison de 10 euros par kilo, tous les véhicules pesant plus de 1,4 tonne. Ce malus n'a finalement pas été retenu. Seuls les critères relatifs à la pollution ont été gardés.

Mathieu Chassignet, ingénieur à l'Ademe Hauts-de-France et spécialiste des mobilités milite depuis longtemps pour l'instauration d'un malus au poids. Interviewé par LCI, il estimait que le malus sur la pollution des véhicules était, en l'état actuel des choses, inefficace car "complètement intégré au prix des véhicules". "D'autant plus que celui-ci est très mal dimensionné, car 95% des véhicules vendus ont un malus situé entre 0 et 500 euros. Depuis 10 ans, les voitures ont donc continué à grossir." Au-delà de la prise en compte du poids, l'ingénieur réclame la réintroduction d'un vrai bonus pour les voitures les moins polluantes et l'augmentation des malus "afin de réellement différencier les modèles suivant leurs émissions de CO2"

La Norvège, exemplaire en la matière

En Norvège, la taxation des véhicules en fonction de leur poids et de leur consommation est en place depuis plusieurs années. Une Audi Q8 fait ainsi l'objet d'une taxe totale d'environ 50.000 euros contre 3000 euros pour une Smart, signale Mathieu Chassignet dans un tweet.

Un dispositif qui leur a permis d'atteindre "dès 2016 l'objectif européen des 95 g/km" rappelle dans le rapport "Comment faire enfin baisser les émissions de CO2 des voitures" Nicolas Meilhan, conseiller scientifique à France Stratégie, un organisme rattaché à Matignon. Alors que cet objectif sera obligatoire dans toute l'Europe dès 2021, la moyenne française s’élevait encore en 2019 à 112 grammes de CO2 par kilomètre.

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