Réchauffement climatique : dans les océans, l'oxygène se fait rare, alerte un groupe d'experts internationaux

Réchauffement climatique : dans les océans, l'oxygène se fait rare, alerte un groupe d'experts internationaux
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DANGER - Le changement climatique est une menace de plus en plus réelle. Selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publié samedi, les océans manquent de plus en plus d'oxygène. La survie de nombreuses espèces, mais aussi de l'Homme, pourrait être mise en jeu si rien n'est fait.

Déjà menacés par la surpêche, la pollution plastique ou encore l'acidification, les océans viennent également à manquer d'oxygène. Une menace directe pour de nombreuses espèces, mais aussi pour des millions d'êtres humains dont la survie dépend de la pêche.

Déjà évoqué dans le rapport spécial sur l’océan et la cryosphère publié en septembre par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le phénomène vient d'être confirmé par un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Basé, sur les travaux de 67 experts de 17 pays et présenté comme le plus important à ce jour, il a été publié le 7 décembre, à l'occasion de la COP25 de Madrid placée sous le signe de l'océan.

Le nombre de sites océaniques concernés multiplié par 15 en 60 ans

Selon ce document, le taux d'oxygène dans les océans a diminué d'environ 2% entre 1960 et 2010. Ceux-ci pourraient encore perdre 3 à 4% de leurs stocks d'ici à 2100 si les émissions continuent à croître au rythme actuel, "la majeure partie de cette perte se concentrant dans les premiers 1.000 mètres de la colonne d'eau, où la richesse et l'abondance des espèces sont les plus élevées", avertissent les auteurs. L'oxygène se dissolvant moins bien dans l'eau plus chaude présente à la surface des océans, cette dernière a tendance à devenir plus "flottante" et à moins se mélanger avec les profondeurs de l'océan, qui contiennent naturellement moins d'oxygène. D'autre part, l'utilisation massive d'engrais, les rejets encore importants d'eaux usées non traitées dans la nature ou encore l'aquaculture provoquent une croissance excessive des algues qui épuisent l'oxygène lors de leur décomposition.

Si tout cela n'est pas nouveau, le phénomène s'est largement amplifié au fil des décennies. Alors que dans les années 1960, seuls 45 sites souffraient d'un manque d'oxygène, ils sont aujourd'hui 700. Au cours de la même période, le volume des eaux anoxiques dans les océans mondiaux, c'est-à-dire des zones complètement vides d’oxygène, a quadruplé. "L'appauvrissement de l'oxygène des océans menace les écosystèmes marins déjà soumis au stress du réchauffement et de l'acidification des océans. Pour arrêter l'expansion inquiétante des zones pauvres en oxygène, nous devons réduire de manière décisive les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que la pollution par les nutriments provenant de l'agriculture et d'autres sources", insiste dans un communiqué Dan Laffoley, co-rédacteur en chef du rapport. 

Un équilibre marin déjà modifié

Pour l'UICN, cette diminution de la teneur en oxygène des océans "a déjà commencé à modifier l’équilibre de la vie marine, favorisant les espèces tolérantes à l’hypoxie" -  autrement dit à la diminution de la concentration d'oxygène dans le sang - comme les méduses, certains calamars et les microbes, au détriment d’espèces sensibles à ce phénomène. Certaines espèces cruciales pour la pêche, comme les thons, les marlins et les requins sont par exemple "particulièrement sensibles à une faible teneur en oxygène en raison de leur grande taille et de leurs besoins énergétiques élevés". Le manque d'oxygène les forçant à remonter davantage à la surface, ces poissons risquent d'autre part d'être encore plus exposées à la surpêche.

Certaines zones océaniques très riches en poissons consommés par l'homme doivent par ailleurs leur existence à des courants océaniques dont l'eau est riche en nutriments mais pauvre en oxygène. Ces biomes sont donc particulièrement vulnérables aux changements, même minimes, de l'oxygène océanique. "Ces impacts finiront par se propager et toucheront des centaines de millions de personnes", avertissent les scientifiques, qui préviennent aussi que cette baisse du niveau d'oxygène dans les océans pourrait également affecter le cycle de l'azote et du phosphore, essentiels à la vie sur Terre.

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Des "mesures immédiates" prises par les Etats attendues par les scientifiques

"Pour limiter la perte d'oxygène océanique aux côtés des autres effets désastreux du changement climatique, les dirigeants mondiaux doivent s'engager à prendre des mesures immédiates et substantielles réductions d'émissions", assènent les auteurs de l'étude dans le communiqué publié par l'UICN. "Les décisions prises lors de la conférence sur le climat en cours détermineront si notre océan continue de maintenir une riche variété de vie, ou si des zones marines habitables et riches en oxygène sont de plus en plus, progressivement et irrévocablement perdues." En juin prochain, les dirigeants mondiaux se réuniront à nouveau lors du Congrès mondial de la nature de l'UICN à Marseille afin d'établir une liste d'actions à mener pour tenter de restaurer la santé des océans.

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