Derrière l’annonce d’un plan climat, la Russie de Poutine à la traîne sur l’environnement

Derrière l’annonce d’un plan climat, la Russie de Poutine à la traîne sur l’environnement
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CLIMAT - En Russie, le gouvernement a annoncé le lancement d’un "plan d’adaptation" au changement climatique. Voté pour deux ans, il a pour ambition de "réduire la vulnérabilité" de la population et de l’économie face à ce phénomène. Derrière cette annonce, la politique environnementale russe reste pourtant minime.

Un plan destiné à "adapter l’économie et la population du pays" au changement climatique vient tout juste d’être adopté par le gouvernement russe. Encore flou, ce plan d’une durée de deux ans vise entre autres à mieux sensibiliser les écoliers sur l’environnement, à développer des cultures plus résistantes aux périodes de sécheresse, et à construire des barrages. Si la Russie de Vladimir Poutine semble vouloir s’emparer des sujets écologiques, le chemin est encore long pour une véritable transition écologique dans le pays, grande victime des conséquences du changement climatique.

Selon le ministre de l’Environnement, la Russie se réchauffe 2,5 fois plus vite que le reste du monde et a connu en 2019 l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés météorologiques il y a plus de 130 ans. Si le pays a réduit ses émissions de GES (gaz à effet de serre, ndlr) de 25 % depuis la chute du régime communiste voilà 30 ans, il représente encore 7,53 % des émissions mondiales, d’après le décompte officiel dans le cadre de l’accord de Paris. 

"Personne ne connait les causes du changement du climat"

Pourtant, Vladimir Poutine ne cache pas son climato-scepticisme et l’a réaffirmé à l’occasion de ses vœux de fin d’année : "Personne ne connait les causes du changement du climat mondial. Nous savons que notre Terre a connu des périodes de réchauffement et de refroidissement et cela peut dépendre de processus dans l’univers." Le président russe reconnaît toutefois que le réchauffement climatique a des conséquences véritablement désastreuses. Dans le pays, celui-ci s'illustre par la fonte du pergélisol (sol gelé couvrant une large partie du territoire) ou par des incendies-monstres, comme cet été en Sibérie, où des feux géants ont décimé plus de 15 millions d’hectares de la taïga, la forêt boréale russe. 

La dernière avancée climatique pour Moscou réside dans la ratification de l’accord de Paris, actée au mois d'octobre. Pour autant, celle-ci a été assortie de conditions, comme le non-financement des efforts des pays du Sud, et a bien tardé à se faire. C’est que l’économie russe repose principalement sur l’extraction minière et les énergies fossiles, incompatibles avec les préconisations de la COP21. En Sibérie, près du cercle polaire arctique, la cité minière de Norilsk est considérée comme la 7e ville la plus polluée au monde. 80 % de l’exploitation du gaz russe est produit dans la région couverte de pergélisol, ce qui n’est pas sans conséquence sur la fonte de la glace, et les forages de pétrole menacent l’état des forêts de Russie, représentant 20 % de la surface mondiale. 

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7 % des déchets recyclés

À l’occasion de "l’année de l’écologie" proclamée en 2017 par le gouvernement, de grands projets avaient été annoncés, visant à préserver trois espaces naturels : la Volga, fleuve bordant la ville de Volgograd, le lac Teletskoïe et le lac Baïkal. Des projets qui tardent pourtant à se concrétiser : pour l’heure, seul celui portant sur la protection du fleuve a été voté et des arrêtés ont été pris en septembre dernier pour garantir "le respect de la loi sur la protection et la réhabilitation du lac", loi datant de 1999. Le lac Baïkal, vaste de 31 000 kilomètres carrés, subit une prolifération d’algues vertes et voit le niveau de son eau baisser nettement. 

Dernièrement, le gouvernement russe a mis l’accent sur le tri des déchets, quasiment inexistant dans le pays. Produisant 70 millions de tonnes de déchets par an, la Russie en recycle seulement 7 % et en incinère 2 %. Les 91 % restants sont stockés dans des décharges à ciel ouvert, suscitant le mécontentement de la population. Régulièrement, la ville de Moscou étouffe sous les détritus et les rejets toxiques provenant des décharges environnantes. Face à cette catastrophe écologique, Vladimir Poutine a annoncé il y a deux ans la construction de cinq usines d’incinération d’ici 2021. Pour les écologistes, cette mesure n’est pas satisfaisante pour autant. "Aucune expertise écologique de ces projets n’a été faite", a déploré Ivan Blokov, responsable de la branche russe de Greenpeace. 

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