L'Italie, premier pays au monde à dédier des heures de cours au changement climatique : et en France ?

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ZOOM - Dans une interview accordée à Reuters le 5 novembre, le ministre italien de l'Éducation, Lorenzo Fioramonti, a annoncé mettre en place dès la prochaine rentrée 33 heures de cours dédiées aux questions environnementales. Si cela fait de l'Italie le premier pays à organiser un tel dispositif, où se situe la France dans cette démarche ?

Le monde change et l'éducation des enfants devrait en faire de même. C'est de ce postulat qu'est parti le ministre italien de l'Éducation, Lorenzo Fioramonti, pour décider la mise en place, dès la rentrée 2020, d'heures de cours spécialement dédiées aux questions environnementales. Dans un entretien accordé à l'agence Reuters, ce membre du Mouvement 5 étoiles précise que les élèves bénéficieront de 33h de cours par an, tout au long de leur scolarité, consacrées au changement climatique et au développement durable. De nombreuses matières déjà existantes, comme la géographie, la physique ou les mathématiques, seront d'autre part abordées sous l'angle du développement durable.

"Tout le ministère est en train de changer pour mettre la durabilité et le climat au centre du modèle éducatif", indique l'ancien professeur d'économie à l'université de Pretoria, en Afrique du Sud. Mais alors que la jeunesse française s'est aussi montrée très concernée par le sujet au travers des différentes marches et grèves pour le climat ces derniers mois, qu'en est-il des problématiques environnementales dans le système éducatif ?

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Un enseignement directement intégré aux matières déjà existantes

"En France, on ne comptabilise pas l'éducation à l'environnement en heure de cours, étant donné que cela est intégré dans certaines matières déjà existantes", nous fait savoir le ministère de l'Éducation. Depuis 2004, et conformément à la Charte de l'environnement datant de la même année qui stipule la nécessité de "l'éducation et la formation à l'environnement" (article 8), les programmes scolaires prennent en effet progressivement en compte le sujet. C'est notamment le cas de ceux de sciences de la vie et de la Terre (SVT) et d’histoire-géographie, ainsi que de ceux de mathématiques, de SVT, de sciences physiques et de chimie du cycle central du collège, rapporte sur le site Éducsol le ministère.

Ainsi, précise ce dernier, les heures qui sont dédiées au développement durable au sein des enseignements obligatoires incluent "la connaissance de 'l’impact sur l’environnement' de nos activités techniques", "font référence à une attitude de 'responsabilité face à l’environnement, au monde vivant, à la santé', et mentionnent "le développement durable comme un moyen de 'comprendre l’unité et la complexité du monde'". Les approches codisciplinaires, qui permettent la "prise en compte de la complexité des situations et des problématiques liées au développement durable" sont également favorisées.

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Généralisation des éco-délégués et actions en faveur de la biodiversité

En juin dernier, Jean-Michel Blanquer s'est de plus engagé sur huit axes d’accompagnement et d’actions. Dès la prochaine rentrée, chaque établissement devra mener une action pérenne en faveur de la biodiversité (installation de ruches, de jardins bio, etc.). "En un an, ce sont ainsi 60.000 actions concrètes d'envergure qui seront conduites sur tout le territoire national", indique le Bulletin officiel de l'Éducation nationale paru en août dernier. Le tri des déchets devra d'autre part être généralisé et le gaspillage alimentaire dans les cantines limité.

Déjà lancée en septembre dernier, la campagne des éco-délégués, censés "assurer la promotion de comportements respectueux de l'environnement" au sein des établissements doit également se généraliser. Tous les collèges et lycées devront désigner un binôme paritaire d’éco-délégués à la rentrée. Ceux-ci seront élus parmi les membres volontaires du conseil de vie collégienne/lycéenne, ainsi qu'au sein du conseil académique de la vie lycéenne (CAVL) et du Conseil national de la vie lycéenne (CNVL). Ils devraient au total être 20.000 sur tout le territoire. "Au-delà, chaque établissement est incité à organiser l'élection, dans chaque classe, d'un éco-délégué qui aura pour rôle de promouvoir les comportements respectueux de l'environnement dans sa classe (extinction des lumières, par exemple pendant les récréations ou pauses méridiennes, usage raisonné des chauffages, etc.) et de proposer toute initiative de nature à contribuer à la protection de l'environnement dans son établissement", indique le ministère. 

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Alors que pour le ministère, "l'Education nationale et l'enseignement supérieur représentent un levier essentiel pour mettre en œuvre la transition énergétique et écologique de l'ensemble de la société", Anaëlle, élève de première et membre de Youth for Climate, ne se dit pas totalement convaincue par la façon dont celui-ci s'y prend. "Tout cela va évidemment dans le bon sens, mais c’est pour l'instant très peu satisfaisant. Tout cela ne suffira pas à faire prendre conscience de l’urgence climatique et environnementale aux élèves. Nous abordons, certes, les notions d’environnement et de biodiversité dans certaines matières, mais nous n'avons jamais de vision globale de la situation. Nous estimons que cela nécessiterait un enseignement à part entière", rapporte-t-elle à LCI

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Pour la jeune fille, l'appréhension des questions environnementales devraient aussi se faire sous d'autres approches. "Ça fait des années que l’on parle de développement durable sans résultat concret. Nous aimerions aussi, par exemple, travailler sur des systèmes de décroissance."

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