Réchauffement climatique : les scientifiques s’inquiètent de feux de forêts "sans précédent" dans l’Arctique

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CRISE ÉCOLOGIQUE - Depuis plus d'un mois, des incendies ravagent l'Arctique, dévorant des hectares de zones boisées. Un phénomène "sans précédent", dû à la chaleur et la sécheresse des sols, qui s'inscrit dans un cercle vicieux : il pourrait bien faire monter les températures de notre globe dans les années à venir.

Les images s’enchaînent et se ressemblent. Ce mardi 23 juillet, encore une fois, le programme européen de surveillance de la Terre, Copernicus, a diffusé une photo satellite d’un paysage enflammé en Sibérie. Depuis plus d’un mois, des feux de forêts dévorent l’Arctique. Ils sont "sans précédent", selon les scientifiques, et peuvent conduire à une crise écologique "colossale".

Une situation "inhabituelle"

Parmi les principaux lanceurs d’alerte sur les réseaux sociaux, Pierre Markuse. Expert en photographie satellite, il compile sur Flickr des images montrant une fumée épaisse flottant sur des terres inhabitées et sauvages. Situés dans le cercle polaire le plus au nord de notre hémisphère, les incendies en question ravagent les forêts, de la Sibérie orientale au Groenland en passant par l'Alaska. Certains d’entre eux ont d’ores et déjà décimé l’équivalent de 100.000 terrains de football. Des images qui permettent aux spécialistes de s’apercevoir qu’entre la position - bien plus au nord que d’habitude - l’intensité et la durée, ce phénomène est inédit.

Car si ces événements sont fréquents dans l'hémisphère nord en cette saison, ceux-ci ont débuté un mois plus tôt. Une situation "inhabituelle", comme la décrit l’organisation météorologique des Nations Unies dans un communiqué le 12 juillet dernier, citant l’un de ses chercheurs, Mark Parrington. Depuis le début du mois de juin, le Service de surveillance de l'atmosphère de Copernicus (Cams) a lui aussi relevé plus d'une centaine d'incendies de forêt jugés "intenses" et de "longue durée" dans le cercle polaire arctique. Une situation qui devrait encore empirer. Les mois de juillet et août sont souvent les plus fatals dans la région.

Mais alors pourquoi autant de feux au nord du cercle polaire ? Car cette partie du monde se réchauffe "deux fois plus vite" que la planète dans son ensemble. "Les températures dans l'Arctique ont augmenté beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale et des conditions plus chaudes favorisent la croissance et la persistance des incendies une fois qu'ils ont été allumés", détaille Mark Parrington. En Sibérie, par exemple, la température moyenne du mois juin au augmenté de près de dix degrés par rapport à la moyenne enregistrée de 1981 à 2010.

La hausse des températures : cause et conséquence

S’il n’y pas de quoi s’en faire pour les vies humaines de façon directe, les zones touchées étant désertiques, ces événements représentent cependant un autre danger. Car en plus de faire perdre de la surface boisée, la Terre récupère aussi une quantité colossale de dioxyde de carbone. Par exemple, lors de précédents feux similaires, en 2014 au Canada, plus de 103 millions de tonnes de carbone avaient été rejetées dans l'atmosphère. Une donnée qui représente la moitié de ce que la végétation du pays absorbe au cours d'une année, selon un rapport de la Nasa en 2018. 

Une catastrophe climatique qui devrait être renouvelée. Selon le CAMS, 50 mégatonnes de CO2 ont d’ores et déjà été rejetées dans l’atmosphère depuis le 1er juin. L’équivalent des émissions annuelles d'un pays comme la Suède. Et surtout, comme le montre le graphique ci-dessous, ce chiffre écrase toutes les émissions de chaleur de cette zone sur les neuf dernières années.

Un cercle vicieux particulièrement dangereux. Car à cause de ces incendies, des particules de fumée peuvent se déposer sur la neige avoisinante. Assombrie, la glace absorbe la lumière solaire plutôt que de la réfléchir, ce qui exacerbe encore plus le réchauffement de la région. Sans parler du dégel du pergélisol – la surface normalement gelée en permanence et imperméable - qui libère du méthane. Ce gaz à effet de serre participe à la hausse des températures sur la totalité du globe.

Alors qu’une étude de 2013 montrait déjà que les forêts boréales de la Terre brûlaient à un rythme jamais vu depuis au moins 10.000 ans, ces feux de forêt alarment la communauté scientifique. Surtout s'ils se répètent fréquemment.

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