Sorgho, grenade, patates douces et blé modifié... ces cultures qu'il faudra s'habituer à voir en France

Planète

RÉCHAUFFEMENT - Face au réchauffement climatique, notre paysage agricole est petit à petit en train de changer. Tandis que de nouvelles cultures émergent, de nouvelles variétés de blé, maïs ou encore tournesol sont élaborées par les chercheurs. Un chercheur à l'Inra, ainsi qu'un agronome au Cirad nous décrivent à quoi ressembleront les cultures du futur.

Chaleurs caniculaires, périodes de sécheresse de plus en plus longues... Avec ces phénomène récurrents, les paysages agricoles pourraient changer. De nouvelles cultures, moins gourmandes en eau et plus résistantes à un soleil de plomb émergent. On compte parmi elles le sorgho, une céréale venue d'Afrique, la patate douce, cultivée à l'origine en milieu tropical, et la grenade, fruit méditerranéen. Les espèces déjà largement cultivées en France, comme le maïs, le blé, ou encore le tournesol, sont de leur côté améliorées pour s'adapter aux évolutions du climat.

À quoi, alors, ressembleront les cultures du futur ? François Tardieu, directeur de recherches au Laboratoire d'écophysiologie des plantes sous stress environnementaux (Lepse) à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et Philippe Vernier, agronome au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), nous répondent.

La patate douce, le sorgho et la grenade, 3 cultures qui profitent du réchauffement climatique

Cultivée de longue date en France, mais seulement à petite échelle, la patate douce se fait progressivement une place dans les champs hexagonaux. Selon Philippe Vernier, sa culture s'étend aujourd'hui sur 200 à 300 hectares de terres, "ce qui fait une production d'environ 6.000 tonnes par an". Si cette explosion de la production locale s'explique avant tout, selon l'agronome spécialisé en plantes à racines et tubercules au Cirad, par une demande de plus en plus importante de la part des consommateurs, "le changement climatique et ses étés plus chauds favorisent aussi son implantation". Les températures plus élevées permettent en effet aux cultivateurs d'obtenir un meilleur rendement.

Le sorgho, lui aussi cultivé depuis de nombreuses années à petite échelle en France, connaît un regain d'intérêt. Utilisé pour alimenter le bétail, mais également, dans une moindre mesure, dans la fabrication de certaines bières, il intéresse de plus en plus certains agriculteurs habitués à cultiver le maïs, beaucoup plus gourmand en eau. "Le sorgho a un enracinement très profond et donc une capacité à tirer l’eau de la terre très importante", explique l'agronome. "Dans les endroits où il y a des limitations d’eau, cela peut effectivement être une alternative au maïs." Autres avantages : plus rustique, le sorgho nécessite moins d'engrais et de pesticides, ce qui en ferait une culture moins chère à produire que le maïs. En 2018, 8.000 agriculteurs français ont récolté 326.000 tonnes de cette céréale, ce qui fait du pays l'un des premiers producteurs européens avec l'Italie.

Dans le sud de la France, une autre culture émerge, poussée par la hausse globale des températures : la grenade. Une trentaine d'agriculteurs du Gard se sont mis à cultiver ce fruit. "C’est un arbre méditerranéen qui a besoin de chaleur. Ça tombe bien puisque cet été, nous avons eu 45° et la grenade n’a pas du tout souffert", se réjouit au micro de TF1 Thomas Saleilles, cultivateur. Certains vignerons, lassés de voir leur production mises à mal par les sécheresses et intempéries, voient également en la grenade l'espoir de revenus plus stables. "La vigne a énormément souffert [cet été] et parmi les autres débouchés, la grenade est peut-être une réponse", nous explique l'un d'eux. Un litre de jus bio, fabriqué à partir de trois kilos de fruits, est vendu entre 8 et 10 euros.

Mettre au point de nouvelles variétés, la solution la plus étudiée

Pour autant, estime Philippe Vernier, "la solution n’est pas forcément d’implanter de nouvelles espèces". "Elle se trouve aussi, et surtout, dans la mise au point de nouvelles variétés", sur lesquelles travaille François Tardieu, directeur de recherches au Laboratoire d'écophysiologie des plantes sous stress environnementaux (Lepse) à l'Inra. Le chercheur étudie depuis plus de 30 ans l'évolution des espèces de plantes grâce au croisement de différentes variétés. "Il y a une variabilité génétique absolument énorme dans toutes ces cultures et en l’exploitant, nous pouvons vraiment opérer des changements importants", explique-t-il. Et de préciser : "Ce ne sont pas des OGM pour autant, il s’agit d’une simple exploration de la diversité génétique". 

Les essais sont tout d'abord menés sur le terrain, où les chercheurs mesurent la résistance et observent les réactions des plantes face à diverses conditions, comme une période de sécheresse, des températures ou un taux de gaz carbonique élevés. Le comportement des spécimens peut alors être lié à son génome, soit le contenu de son ADN. Grâce à cela, la mise au point de nouvelles variétés peut être simulée sur ordinateur. "De la même façon que les avions sont conçus sur ordinateur, les plantes sont très largement conçues sur ordinateur", expose le directeur de recherches. "En associant des caractères du génome avec un comportement dans tel ou tel climat, nous arrivons à prévoir, même si ce n’est pas parfait, quelles associations de formes de gènes seraient le mieux adaptées au réchauffement climatique. Cela s’appelle la sélection génomique."

Lire aussi

Une dizaine d'années nécessaire pour mettre au point une nouvelle variété

Ainsi, les maïs, les blés et les tournesols actuels ne sont plus les mêmes qu'il y a 50 ans, et ne seront plus les mêmes dans 50 ans. Malgré tout, impossible pour l'agriculteur d'avoir l'assurance que sa récolte ne souffrira pas de la sécheresse. "Cette année il peut faire très sec, l’année prochaine très humide, l’année d’après très froid... Lorsqu'un agriculteur choisit une variété, il fait un pari. Et étant donné que nous n'avons pas les moyens de connaître exactement le climat de l'année à venir, certains agriculteurs peuvent le rater. Ce sera toujours une activité risquée, même si cela va le devenir encore plus avec des épisodes climatiques extrêmes", explique François Tardieu.

Face à un changement climatique de plus en plus évident, la recherche de nouvelles variétés va-t-elle assez vite ? "Ça, c’est une bonne question !", reconnaît le chercheur, qui indique qu'il faut "une dizaine d'années" entre l'élaboration du concept d'une nouvelle variété et le moment où elle arrive sur le marché.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter