Réchauffement : les glaciers des Pyrénées risquent de disparaître d'ici 30 ans

Les glaciers des Pyrénées et leur écosystème singulier sont entrés dans une inéluctable agonie.
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CHANGEMENT CLIMATIQUE - Les glaciers pyrénéens et leur écosystème particulier subissent de plein fouet le réchauffement climatique et ses effets. La surface des neufs principaux glaciers a été quasiment divisée par deux en seulement 17 ans. Les spécialistes redoutent leur disparition d'ici à 2050.

D'ici 30 ans, les glaciers des Pyrénées auront disparu. Les glaciers pyrénéens et leur écosystème singulier sont entrés dans une inéluctable agonie sous l'effet du réchauffement climatique, avec pour horizon une disparition redoutée, selon les glaciologues qui en documentent le recul. "On ne peut pas donner de date précise mais les glaciers pyrénéens sont condamnés", affirme à l'AFP Pierre René, le glaciologue de l'Association pyrénéenne de glaciologie Moraine, qui estime l'épilogue en 2050. Une échéance que l'association évoquait déjà il y a trois ans, et confirmée par ses observations.

Depuis 18 ans, l'association Moraine assure le suivi annuel de neuf des 15 glaciers pyrénéens français, représentatifs de l'ensemble de la chaîne. Sondages, carottages, relevés GPS, forages et pose de balises : l'association mesure la longueur, la surface et l'épaisseur des glaciers. Autant d'"indicateurs climatiques puisque les variations reflètent l'évolution des paramètres atmosphériques - températures et précipitations ". Le constat est alarmant : aujourd'hui, la surface cumulée des neuf glaciers ne représente plus que 79 hectares, contre 140 ha il y a seulement 17 ans. Au milieu du XIXe siècle, époque à laquelle a débuté la régression spectaculaire des glaciers pyrénéens, ils couvraient quelque 450 ha.

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Une augmentation de 1,4 à 3,3 degrés d'ici à 2050

Depuis 2002, chaque année, les neufs glaciers réunis des Pyrénées perdent 3,6 ha de glace, alerte Moraine dans son rapport d'étude 2019. Et le cycle glaciaire 2018-2019 n'a pas échappé à la règle. "Les glaciers pyrénéens français ont continué de perdre en volume" et leur front (l'extrémité inférieure, étudiée sur cinq glaciers), au cours de l'été 2019, a "montré une régression très légèrement supérieure à la moyenne", -8,10m contre -7,90m/an", analyse l'association de glaciologie.

Le suivi réalisé par Moraine illustre le réchauffement climatique régional, et son inquiétante tendance : les températures maximales moyennes dans les Pyrénées pourraient ainsi augmenter de 1,4 à 3,3 degrés d'ici à 2050, indiquait dans un rapport datant de 2018 l'Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC). Selon cet organisme, la variation de la température moyenne enregistrée en 50 ans s'est élevée dans le massif pyrénéen à +1,2°C. Au Pic du Midi de Bigorre, dont le sommet flirte dans les Hautes-Pyrénées avec les 2870 mètres, une augmentation de la température moyenne de 1,7°C a été enregistrée depuis 1880, contre +0,85°C à l'échelle mondiale, souligne l'association pyrénéenne.

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L'écosystème et la biodiversité en danger

"Avec la disparition des glaciers, se désole Pierre René, on va assister à la disparition du symbole des paysages pyrénéens de haute montagne", avec toute une série de conséquences. À commencer par celles sur l'écosystème et la biodiversité de la zone. Les glaciers et leurs rivières alimentées par les eaux de fonte abritent des "organismes adaptés à des conditions particulières, hostiles, liées à l'influence glaciaire, le froid ou les eaux turbides, où la lumière passe mal", explique à l'AFP Sophie Cauvy-Fraunié, chercheuse à l'Institut national de la recherche agronomique et de l'environnement (INRAE), à Lyon. "Ça peut être des micro-invertébrés, des bactéries, des champignons", détaille notamment la chercheuse. 

Il y a encore, ajoute Pierre René, des algues microscopiques, premier maillon d'une chaîne alimentaire, et également des insectes tout aussi minuscules comme la puce des glaciers. "Si des espèces endémiques aux Pyrénées dépendent de l'influence glaciaire, on peut imaginer qu'elles vont être rayées de la carte des espèces", note Sophie Cauvy-Fraunié. Le risque, souligne-t-elle, est alors de voir des habitats colonisés par d'autres plantes migrant de l'aval vers des altitudes supérieures.

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Quant aux amateurs de hauts sommets, ils vont perdre "leur marchepied", rendant "plus difficiles les itinéraires d'accès aux cimes", analyse le glaciologue. Les aires rocheuses, cimentées par la glace, pourrait ainsi se révéler instables.

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