Réduction des émissions : "La France s’en sort bien par rapport aux autres pays du G20"

Réduction des émissions : "La France s’en sort bien par rapport aux autres pays du G20"
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INTERVIEW - Dans un rapport au sujet de l’action des pays du G20 contre le réchauffement climatique, Climate Transparency estime que beaucoup reste à faire. La France, elle, émet moins de gaz à effet de serre que la moyenne des autres Etats, ce qui n’est pas suffisant pour autant. Lola Vallejo, directrice du Programme Climat de l’Institut de développement durable et des relations internationales (IDDRI), nous explique.

Chaque année depuis cinq ans, Climate Transparency, initiative qui réunit organismes de recherche et ONG, passe en revue les objectifs que se sont fixés les pays du G20 pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et il reste du chemin à parcourir pour atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris, note le rapport intitulé "Du brun au vert : la transition du G20 vers une économie à 0 émission nette". L’accord de 2015 demandait aux 195 pays signataires de s’engager à limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C d’ici 2100. Où en sont les objectifs de la France ? On fait le point avec Lola Vallejo, directrice du Programme Climat de l’Institut de développement durable et des relations internationales (IDDRI). 

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Quels efforts ont été fournis la France pour réduire ses émissions ?

Lola Vallejo : "La France a pris de bons engagements, par exemple sur la fin des véhicules thermiques utilisant du pétrole en 2040. Ce sont des signaux forts mais à court terme, il n’y a pas encore de résultats nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La France s’est également engagée pour la neutralité carbone en 2050 et a mis en place un processus de gouvernance pour y arriver, le Haut Conseil pour le Climat, qui doit être un évaluateur indépendant de l’action du gouvernement. C’est l’un des premiers pays du G7, avec le Royaume-Uni, à avoir pris cet engagement dans la loi, c’est-à-dire celui d’un objectif de neutralité pour toutes ses émissions."

À l'inverse, que faut-il nettement améliorer ?

Lola Vallejo : "Les engagements de long terme ne suffisent pas, encore faut-il prendre dès maintenant les décisions nécessaires pour se mettre sur la bonne trajectoire. Or les émissions de gaz à effet de serre de la France avaient augmenté de 2015 à 2017. Certes, en 2018, elle sont reparties dans la bonne direction, donc à la baisse, mais ça ne va pas assez vite. Les deux secteurs les plus problématiques sont les transports et des bâtiments. (avec des émissions au-dessus de l'objectif fixé pour 2018, respectivement de +12,6 % et 14,5 %, selon l’Observatoire Climat-Energie). La France a une dépendance au pétrole qui n’est pas du tout compatible avec la neutralité carbone. Dans ces secteurs-là, il faut arriver à complètement "décarboner" les sources d’énergies. Le secteur des transports est le plus émetteur de gaz à effet de serre en France. S’agissant du secteur de la production énergétique, la France a une part importante de nucléaire, et donc moins carboné que la moyenne. En revanche, en termes d’énergies renouvelables, elle a un déploiement inférieur à celui de la moyenne des pays du G20 et elle n’est pas bien partie pour remplir ses objectifs européens de 2020, en particulier pour ce qui est de la chaleur renouvelable. 

Plus globalement, le rapport démontre que les pays du G20 n’ont pas pris d’engagements assez ambitieux pour respecter l’accord de Paris ni mis en œuvre de politiques suffisantes par rapport à ces engagements. Ils doivent à la fois relever les engagements actuels et passer à la vitesse supérieure sur les politiques mises en place."

Où se situe la France par rapport aux autres pays du G20 ?

Lola Vallejo : "Elle se distingue un peu, notamment grâce à cet objectif de neutralité carbone. Par exemple, ses émissions sont en dessous de la moyenne des pays du G20 car elle possède un mix électrique qui repose beaucoup sur les énergies nucléaires. Ses émissions dans le secteur de l’énergie sont donc moins importantes que dans d’autres pays, comme l’Allemagne qui a adopté une autre politique en gardant le charbon.

Donc la France s’en sort bien par rapport aux autres pays du G20 parce qu’elle a une stratégie de long-terme. C’est à dire qu’elle s’est engagée politiquement par rapport au niveau d’ambition que dicte la science pour éviter les impacts les plus dangereux du réchauffement climatique. C’est un pas nécessaire mais ce n’est pas suffisant. Par exemple, si l’on remplace des centrales à charbon par des centrales à gaz, on réduit les émissions à court terme car le gaz émet moins que le charbon, mais on s’empêche de les diminuer fortement d’ici trente ans parce qu’on n’a pas mis en place d’énergies renouvelables. Il y a toujours un risque que les pays fassent des petits efforts sans engager des transformations profondes pour réduire considérablement les émissions."

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