Greta Thunberg, l'inspiratrice

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RENCONTRE - La jeune militante écologiste qui a initié le mouvement des "grèves scolaires pour le climat" était à Paris ce vendredi 22 février. Pour beaucoup de jeunes, Greta Thunberg est devenue un modèle à suivre. Avant de manifester dans les rues de la capitale, certains chanceux ont eu l'occasion d'échanger avec leur idole, nous y étions.

"On sort le cordon de sécurité", s'écrie un militant du mouvement Youth For Climate (La jeunesse pour le climat en français). Branle-bas de combat, Greta Thunberg s'apprête à sortir d'un café sur la place de la République à Paris. Les journalistes sont invités à reculer et un périmètre de sécurité est mis en place pour que la jeune Suédoise puisse avancer sans encombre. Les appareils photo crépitent, chacun espère avoir son cliché. 


À seulement 16 ans, Greta a déjà acquis le statut de "rock star écolo". "C'est l'écologiste, c'est ça ?" s'enquiert un passant, tentant de se frayer un passage. "Oh, elle est toute petite et toute mignonne", glisse une spectatrice. La jeune fille ne fait effectivement pas son âge. Pas plus d'1,50m, de longues nattes qui encadrent un visage poupin et un air toujours étonné, comme si elle se demandait encore pourquoi elle attirait tant les regards. 

C’est une figure importante du climat, son discours à la COP24, il était juste incroyable et ça nous inspire tous"Léa, 18 ans

Tout a débuté en août 2018. Lassée de voir que les dirigeants de son pays n'engagent pas d'actions à la mesure de l'urgence climatique, elle décide de lancer une grève de l'école tous les vendredis. Depuis, chaque semaine, elle se rend, pancarte à la main, devant son parlement. Rapidement, son action a dépassé les frontières suédoises, notamment après avoir délivré un discours poignant et inspirant à la COP24.


"Ce discours a été frappant, et tout ce qu’elle fait après, toutes ces actions, c’est assez formidable", rapporte Vipulan, un lycéen de 15 ans qui a séché les cours pour venir à sa rencontre et manifester. "C’est un symbole, un modèle." Pour Raphaëlle, 16 ans, la prise de parole de Greta qui, sans difficulté apparente, a lâché aux dirigeants du monde entier "Vous dites que vous aimez vos enfants plus que tout, mais vous détruisez leur futur devant leurs yeux", a fait l'effet d'un véritable déclic. "Je me suis dis 'merde il y a un truc', elle dit des choses qui sont vraies, il faut qu’on l’entende et que des gens l’imitent" glisse-t-elle.


"C’est une figure importante du climat, son discours à la COP24, il était juste incroyable et ça nous inspire tous je pense", abonde Léa, impatiente d'échanger avec son icône. "On va pouvoir apprendre d’elle, savoir ce qu’elle pense. C’est bien parce qu'elle a de l’expérience, elle a fait plusieurs manifestations, rencontré des dirigeants, s’est confronté à leur avis", poursuit cette étudiante en école de commerce parisienne.

En plein milieu de la place, les jeunes organisateurs tracent un grand cercle à l'aide d'une corde. Seuls les jeunes sont autorisés à y pénétrer. Pour les autres et notamment, les dizaines de journalistes venus de toute l'Europe, il faut attendre. Il faut dire qu'où elle aille, Greta est désormais assaillie par les médias.


Cette nouvelle notoriété lui est tombée dessus, sans qu'elle le veuille vraiment. "La première fois que je suis sortie manifester, je ne m'attendais à rien de spécial. Je me suis juste dit que j'allais bien voir ce qu'il se passerait", avoue-t-elle face aux journalistes présents. "Mais je n'aurais jamais imaginé que ça grossisse autant , je trouve cela vraiment incroyable. C'est une nouvelle surprise à chaque manifestation."

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Greta Thunber : "La première fois que je suis sortie manifester, je ne m'attendais à rien de spécial. Je n'aurais jamais imaginé que ça grossisse autant"

Son âge, une force ?

Son jeune âge est finalement une de ses forces, sa maturité qui contraste avec son physique impressionne les plus grands, et son engagement inspire les plus jeunes. Ysée, ambassadrice de l'association Little Citizens for Climate, le reconnait. Le militantisme écologique, "c’est quelque chose qui me trottait dans la tête mais les actes de Greta ont fait que je me suis dit ‘je peux faire quelque chose à mon échelle, en tant que jeune’", rapporte la collégienne de 14 ans. Alors qu'elle habite vers Montauban, elle n'a pas hésité une seule seconde à venir sur Paris aujourd'hui. 


Marie, sa mère, l'accompagne, "elle est mineure, je n’allais quand même pas la laisser seule dans Paris !", nous dit-elle dans un sourire. "On la soutient depuis le début de son engagement, elle fait grève depuis le 11 janvier, enfin grève comme les urgentistes, elle met un brassard et elle va en cours quand même", nuance cette maman.


 Charlie, 16 ans, est venue en compagnie d'amis de son lycée de Montreuil et de deux enseignantes. "Elle a presque notre âge donc ça motive encore plus. On se dit qu’à n’importe quel âge, on peut être engagé et faire bouger les choses." Pendant une vingtaine de minutes, elle a pu échanger avec son idole. "Elle peut nous donner une nouvelle impulsion pour nous aider à démarrer quelque chose au sein de notre lycée et motiver d'autres élèves".

Si le mouvement prend lentement forme en France, Greta Thunberg a déjà fait des émules dans d'autres pays européens, notamment en Belgique et en Allemagne. Luisa, Kyra ou encore Anuna, les jeunes "icônes" de ces pays ont toutes tenu à faire le déplacement à Paris aux côtés de Greta. "L’objectif ce n’est pas de faire la grève", rappelle l'Allemande Luisa Neubauer, "c’est de pousser les gens à agir".


Leurs cibles principales : les gouvernements. "Ils n’ont pas de plan pour le futur, c’est irresponsable, ils agissent comme des enfants", regrette Anuna De Wever, 17 ans, à l'origine de la grève pour le climat hebdomadaire instaurée tous les jeudis en Belgique.

Pour Greta, ces nouvelles figures qui émergent semblent un salut. Car pour la jeune femme qui est autiste Asperger les interactions sociales ne sont pas évidentes. "Greta elle-même déclare qu’elle n’a pas envie d’être un modèle, un leader, mais elle l’est par défaut et c’est un poids qu’elle regrette parfois", nous confie Luc, un étudiant en droit de 20 ans venu la rencontrer ce matin.


Ysée et Vipulan, qui l'ont accueillie en gare le matin-même, nous racontent d'ailleurs que l'activiste suédoise n'a pas forcément très bien vécue son arrivée dans la capitale, à cause des trop nombreux médias venus l'attendre. "Je sais ce qu'est l'autisme, j'y suis confrontée dans mon entourage, ça a dû être horrible pour elle", estime la collégienne. "Elle était très tendue", confirme Vipulan. "Est-ce que c’est trop de pression ? Oui, ça l’est", répond Greta Thunberg. "Nous, enfants, ne devrions pas avoir à faire ça, j’espère que les adultes vont prendre leurs responsabilités et le faire à notre place. Mais comme personne ne fait rien, on y est obligés." 


"Elle a beaucoup de courage, c’est une jeune fille plutôt discrète notamment du fait qu'elle a asperger", reconnait Lucie, une Parisienne de 21 ans. "Ce n’est pas quelqu’un qu’on verrait spontanément sur le devant de la scène, mais c’est hyper intéressant de voir qu’aujourd’hui, c’est ce genre de personne qu’on a envie d’écouter". Cet engouement ne devrait pas se calmer de sitôt. Sur change.org, Une pétition a été lancée pour la récompenser du prix Nobel de la Paix. En fin d'après-midi, la jeune fille a également été reçue à l'Elysée. 

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