Safari-chasse : derrière les scandales, une activité légale qui rapporte gros

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ZOOM - La chasse aux gros animaux de la savane a fait l'objet de plusieurs scandales ces derniers temps. Des personnes s'exposant avec des "trophées" ont immédiatement été pointées du doigt sur les réseaux sociaux. Cette pratique est pourtant bien légale dans un certain cadre... et à condition d'y mettre le prix.

Il y a seulement quelques jours, des images montrant un couple en train de poser à côté de plusieurs animaux morts ont ébranlé les réseaux sociaux. Suite à une véritable cabale en ligne, ces dirigeants d'un Super U près de Lyon ont été contraints de démissionner. 

Ce vendredi c'est un... vétérinaire de l'Eure qui a été harcelé sur le web mais aussi dans sa propre clinique après la révélation de photos de son safari-chasse. Convoqué par le Conseil de l'ordre des vétérinaires, le praticien a souligné la légalité de l’activité. En effet, si la chasse aux trophées fait l'objet d'une tolérance zéro sur la toile , sa pratique n'est pas pour autant interdite.

Une chasse autorisée dans certains pays

Il n'y a rien d'illégal à s'adonner à un safari-chasse de nos jours, à condition de partir au bon endroit. L'Afrique est plébiscitée avec environ vingt pays qui autorisent cette activité. Toutefois, le choix dépend du gibier souhaité par le touriste. Par exemple, chasser un léopard est autorisé au Zimbabwe mais pas en Afrique du Sud. Chaque gouvernement va fixer un quota d'animaux à prélever pour éviter la disparition de certaines espèces. 

L'expérience est également possible en Amérique du Nord où le puma fait l'objet d'une chasse du plus en plus intense ces dernières années. Encore plus contestable, il existe aussi des "ranchs" où des animaux sauvages sont élevés afin servir de gibier aux amateurs de trophées.

Un business qui rapporte

Le "trophy hunting" est une source financière non négligeable pour les pays concernés. En effet, pour s'adonner à un safari-chasse, les touristes doivent s'acquitter d'une taxe "antibraconnage" selon les animaux qu'ils tuent. Celle-ci elle peut coûter plusieurs milliers d'euros.

En 2009, l'association The Humane Society International comptabilisait 18 500 chasseurs de trophées en Afrique pour 105 000 animaux tués chaque année. La très grande majorité de ces touristes viennent des Etats-Unis. 

Sur un site international consacré à l'organisation de ces activités, on trouve une page avec un panel de prix par espèce, à l'image d'un catalogue. Par exemple, pour une espèce commune comme le sanglier en Afrique du Sud, le chasseur devra s'acquitter de 480 dollars. Par contre, l'abattage d'un éléphant au Zimbabwe coûtera bien plus cher : 21.000 dollars. Le tarif comprend les transports, les services de professionnels sur place, les différentes taxes ou encore la préparation du terrain.

Un site français propose des "offres" safari-chasse comprenant le séjour ainsi que l'abattage des animaux. Là aussi, les prix vont varier selon le nombre de trophées et leur "rareté". En promotion, un séjour de sept jours comprenant l'abattage d'un Buffle Caffer mâle s’élèvera à presque 10.000 euros...

Un mal pour un bien selon les gouvernements

Les pays qui autorisent ces safaris se justifient avec le même argument : l'argent récolté aide à la protection des espèces protégées en finançant, par exemple, des patrouilles anti-braconnage.

Dans une analyse publiée en 2016 sur le commerce mondiale des trophées de chasse, le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw) a une approche plus mitigée. Son directeur général, Azzedine T.Downes, précise que "pour examiner la liste des arguments selon lesquels la chasse aux trophées bénéficierait aux animaux, il convient d’abord d’établir l’ampleur de cette pratique".  Aucune étude ne permet de quantifier le réel impact du safari-chasse sur la faune, pourtant, les associations condamnent cette pratique. En plus de viser des espèces déjà fragilisées, elle déréglerait leur environnement.

L'exemple du Lion d'Afrique

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le nombre de lions dans cinq populations observées en Tanzanie a diminué des deux tiers entre 1993 et 2014. 

L'organisation WWF (le Fond Mondial pour la Nature) estime que "les quotas de chasse sont souvent trop élevés, mettant en péril les effectifs de lions (…) l’abattage d’un seul lion peut avoir de lourdes conséquences". De plus, les mâles sont souvent la cible des chasseurs or cette disparition donne lieu à l'arrivée d'une nouvelle tête de groupe. Selon l'association, ce changement entraîne souvent d'autres décès puisque le nouveau mâle tue tous les jeunes lions présents dans le groupe.

Les animaux les plus chassés sont aussi des espèces particulièrement vulnérables : le lion en fait partie, comme l'éléphant d'Afrique, le rhinocéros, le léopard et le buffle. Ces animaux constituent le groupe des"Big five", les plus gros trophées mis en avant par les autorités touristiques. Et plus ils sont menacés, plus ils rapportent...

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