Les résidus médicamenteux, une menace grandissante pour l'environnement qui inquiète l'OCDE

Les résidus médicamenteux, une menace grandissante pour l'environnement qui inquiète l'OCDE
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POLLUTION - La consommation de médicaments n'a jamais été aussi importante. Et alors que de nombreuses substances se retrouvent dans la nature, l'OCDE s'inquiète des conséquences sur l'environnement. Dans un rapport publié mercredi, elle juge très insuffisants les efforts déployés pour réduire cette pollution.

En 2018, le marché mondial du médicament a progressé de 5% comparé à l'année précédente, dépassant 928 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En perpétuelle croissance, ce secteur use désormais d'environ 2.000 ingrédients pharmaceutiques actifs, qui sont administrés via des médicaments sur ordonnance, en vente libre, ou encore dans des médicaments vétérinaires.

Leurs résidus, qui se retrouvent inévitablement dans les eaux et les sols, et de facto dans la chaîne alimentaire, inquiètent l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a publié mercredi un rapport sur le sujet. Ils sont, selon l'organisation "de plus en plus préoccupants pour l'environnement à mesure que le nombre et la densité d'humains et de bétail nécessitant des soins augmentent". Pour elle, trop peu d'actions sont menées pour prévenir les risques liés à cette contamination.

Des problèmes de féminisation, de libido et de comportement observés chez les animaux

"Les produits pharmaceutiques étant intentionnellement conçus pour interagir dans de faibles doses avec des organismes vivants, même de faibles concentrations dans l'environnement peuvent avoir des effets négatifs imprévus sur les écosystèmes d'eau douce", estime l'OCDE en prenant pour exemple les substances actives contenues dans les contraceptifs oraux. Plusieurs études ont montré que ceux-ci provoquent la féminisation des poissons et des amphibiens.

Les médicaments psychiatriques, tels que la fluoxétine (Prozac), peuvent également modifier le comportement des poissons et les rendre plus vulnérables aux prédateurs. En août 2018, une étude britannique avait également démontré que les femelles étourneaux ayant été exposées à cette molécule attiraient moins leurs congénères mâles. Enfin, "la surutilisation et le rejet d'antibiotiques dans les plans d'eau exacerbent le problème de résistance aux antimicrobiens", ajoute l'organisation.

Dans un rapport datant de 2013, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) affirmait l'existence d'un "risque négligeable pour la santé suite à l’ingestion de ces molécules via les eaux destinées à la consommation humaine" malgré le "peu de données robustes" disponibles. Elle estimait que d'autres études seraient nécessaires pour évaluer concrètement le risque. 

Des rejets accidentels, mais aussi naturels

La pollution engendrée par ces résidus de médicaments peut tout d'abord provenir des usines de fabrication ou de conditionnement. Elles peuvent entraîner des pics de contamination localisés en raison d'un mauvais traitement des effluents ou d'une pollution accidentelle. En 2018, un scandale avait éclaté après que France Nature Environnement eut dénoncé le rejet de "matières dangereuses à des taux astronomiques" de l'usine de Sanofi à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) en charge de fabriquer l'antiépileptique Dépakine. Selon l'association, l'émission de certains composés atteignait jusqu'à 19.000 fois la norme autorisée. Sanofi avait reconnu ses manquements, avant de décider de l'arrêt immédiat de la production de son usine.

La contamination des eaux se fait également en grande partie par l'excrétion des traitements par les organismes humains ou animaux. Or à l'heure actuelle, les stations d’épuration et de traitement des eaux usées ne permettent pas de filtrer la totalité des résidus médicamenteux contenus dans les déjections et urines. Enfin, le non recyclage des médicaments, qui finissent pour beaucoup à la poubelle, voire dans la cuvette des toilettes, participe aussi à la pollution. Selon le rapport annuel de Cyclamed, 14.653 tonnes de médicaments ont été collectées en 2018. Après la collecte, ils sont acheminés dans une usine d’incinération pour y être brûlés avec les déchets ménagers et valorisés en énergie, ce qui permet de chauffer "7 à 8.000 logements pendant une année entière", indique à TF1 le président de Cyclamed, Thierry Moreau Defarges.

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10% des produits pharmaceutiques présentent un risque environnemental potentiel

Si, indique l'OCDE, la plupart des pays membres ont pris des mesures de surveillance pour certains produits pharmaceutiques dans les eaux de surface, les risques environnementaux de la majorité d'entre elles n'ont jamais été évalués. "Il existe donc un certain nombre d'incertitudes quant à l'évaluation des risques environnementaux liés aux produits pharmaceutiques, en raison du manque de connaissances sur leur devenir dans l'environnement et leur impact sur les écosystèmes et la santé humaine, ainsi que sur les effets de mélanges de produits pharmaceutiques et d'autres produits chimiques", expliquent les auteurs du rapport. 

D'après l'Agence allemande pour l'environnement (UBA), 10% des produits pharmaceutiques présentent un risque environnemental potentiel. Elle précise que les hormones, les antibiotiques, les analgésiques, les antidépresseurs, les anticancéreux, ainsi que les antiparasitaires à usage vétérinaire font partie des substances les plus préoccupantes. Et ce sans compter sur les effets cocktails potentiels.

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Face à cette situation, qui devrait empirer avec, entre autres, le vieillissement de la population, l'OCDE estime que les politiques actuelles en matière de gestion des résidus pharmaceutiques ne permettent pas de protéger la qualité de l'eau et les écosystèmes d'eau douce. Elle appelle à des "initiatives nationales et internationales" pour "améliorer la base de connaissances et l'échange de données, de méthodologies et de technologies permettant de réduire les risques".

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