Taxer la viande contre le réchauffement climatique ? "Ce serait la mort de l’élevage européen"

Taxer la viande contre le réchauffement climatique ?  "Ce serait la mort de l’élevage européen"
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INTERVIEW - Des ONG néerlandaises ont proposé au parlement européen d’instaurer une forte taxe sur la viande. Si l'idée n'est pas à l'ordre du jour en France, elle inquiète les professionnels du secteur. Jean-Pierre Fleury, président du groupe de travail "viande bovine" des organisations et coopératives agricoles de l'Union européenne (Copa-Cogeca), a répondu aux questions de LCI.

LCI : Que pensez-vous de l’idée d’une taxe européenne sur la viande ? 

Jean-Pierre Fleury : Une taxation sur la viande, c’est la mort de l’élevage. Ce que les ONG proposent, dans une stratégie plus large, c'est de détruire l’élevage européen. Et elles essaient sur toutes les formes : ça a été le bien-être animal, maintenant c’est l'empreinte carbone. Nous trouvons assez surprenant cette montée en puissance des ONG qui veulent refaire le monde et qui veulent aujourd’hui taxer la viande.

LCI : Pourtant l’élevage a bien un coût environnemental…

Jean-Pierre Fleury : L’agriculture pèse 5 % dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) en Europe et l’élevage représente 60 % de ces 5 %. Nous avons tendance à regarder le sujet par le petit bout de la lorgnette. En prenant uniquement l’angle des émissions de GES, quand on sait le peu que ça représente, on oublie des considérations simples que sont les paysages, la biodiversité, les enjeux de la ruralité, la durabilité des territoires. Peut-on imaginer une société sans élevage, sans prairie ? Il faut remettre les choses dans le cadre qui est le leur.

LCI : Comment la filière bovine peut-elle répondre à ces critiques ? 

Jean-Pierre Fleury : Si l’on prend le sujet du bien-être animal, la législation européenne a été renforcée et nous soutenons complètement cette évolution. Mais je tiens à rappeler que nous avons le modèle d’élevage le plus vertueux au monde, avec un élevage fait dans des prairies. Si l’on prend le sujet de l’impact environnemental, n’oublions pas que 45 % des émissions de GES issues de la rumination des bovins sont stockées dans les prairies. 

Nous appelons les éleveurs à faire des efforts et nous allons répondre à la réduction de notre empreinte carbone d’ici 2030 : nous sommes engagés à réduire encore de 20 % nos émissions de gaz à effet de serre en modifiant les méthodes alimentaires et les conduites de troupeaux. Nous faisons le job mais nous ne pouvons pas aller au-delà. 

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Manger moins de viande pour sauver la planète ?

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