Transport d’animaux vivants par milliers : la colère des associations

Transport d’animaux vivants par milliers : la colère des associations
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ELEVAGE INTENSIF - Le récent naufrage d’un cargo au large de la Roumanie en direction de l’Arabie Saoudite avec 14 600 moutons à bord n'est malheureusement pas une première. Il démontre les dérives du transport d'animaux vivants.

Des millions d’animaux vivants sont transportés chaque année loin, et parfois très loin, de leur terre natale. Selon l’ONG Welfarm, 9,8 millions de bovins et d’ovins sont partis d’Europe de 2013 à 2016 pour rejoindre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. La France est d'ailleurs le premier pays exportateur européen de bovins vivants, toujours d’après l’association. Selon les chiffres de l’organisme France AgriMer, en 2016, le pays a exporté 1.378.971 bovins et 467.903 ovins au sein de l’UE, et 103.383 bovins et 13.298 ovins hors de l’UE. 

La législation actuelle encadrant les conditions de transports d’animaux vivants sur le marché européen remonte à 2005 : "Nul ne transporte ou ne fait transport des animaux dans des conditions telles qu’ils risquent d’être blessés ou de subir des souffrances inutiles". Voilà pour le principe. La réalité semble plus complexe et le naufrage d’un cargo le 24 novembre dernier dans la mer noire avec 14 600 moutons à bord l’illustre bien. Le navire venait tout juste de quitter le port de Midia, en Roumanie, pour rejoindre l’Arabie Saoudite. Ce n’est d’ailleurs pas le premier accident de ce genre : le 14 juin 2015, 13000 moutons avaient péri après un voyage commencé dans ce même port. 

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Des trajets pouvant aller au-delà des temps réglementaires

Plusieurs associations de défense animale soulèvent le problème des trop longues distances effectuées par les bateaux et les camions pour acheminer les cargaisons d’animaux vivants jusqu’à leur pays de destination. En théorie, celles-ci sont limitées à 29 heures pour les bovins et les caprins, à 24 heures pour les chevaux et les porcs et à 19 heures pour les animaux non-sevrés. En pratique, elles peuvent durer bien plus, arguent les ONG. C’est le cas de CIWF France, sollicitée par LCI, qui a pu constater en 2016 que des trajets en mer Méditerranée pouvaient s’étendre à une quinzaine de jours, bien au-delà des trajets habituels de cinq à huit jours. "Non seulement la loi est très légère concernant la protection des animaux mais les infractions, qui sont nombreuses, ne sont pas sanctionnées", estime l’association.

En 2017, une proposition de loi avait été déposée à l’Assemblée nationale par l’ancien député de gauche Philippe Noguès afin de limiter les temps de transports d’animaux vivants à un maximum de huit heures consécutives. Une demande qui n’a pas abouti, malgré la mobilisation associative dans ce dossier. 

L'élevage, à l'origine de 15 % des GES

Au-delà de la durée, les conditions dans lesquelles ces animaux toujours en vie sont acheminés posent question. À l’été 2018, en pleine canicule, 57 vaches d’origine française avaient passé plus de dix jours enfermées dans un camion non-conforme à la frontière turque. L’épisode avait alors suscité de nombreuses réactions, notamment dans les médias. Selon CIWF France, la circulation de moyens de transports non-conformes à la réglementation, aussi bien des camions que des cargos, est possible en raison d’inspections insuffisantes et irrégulières. Le bureau anglais de CIWF a récemment notifié à la Commission européenne l’absence de certification d’un navire transportant des animaux de l’Irlande à la Turquie, l’Express 1. Il s’est vu répondre que sa plainte n’avait plus lieu d’être puisque ce bateau avait depuis obtenu son certificat.  

Le marché de la viande, tel qu’il est régi aujourd’hui, indigne les associations prônant le bien-être animal mais aussi les écologistes. En effet, l’élevage intensif d’animaux est à l’origine de 15 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde. 

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