Cinq questions sur les feux de forêt dans la zone d'exclusion de Tchernobyl

L'incendie a débuté le 4 avril dernier.
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CATASTROPHE - En début de semaine, les incendies se trouvaient à quelques centaines de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Selon les autorités ukrainiennes, la situation est désormais sous contrôle. Mais le spectre de la catastrophe de 1986 plane encore. LCI fait le point.

Comme si cela ne suffisait pas, alors qu’une pandémie ébranle la planète, voilà désormais qu’un gigantesque incendie ravage la zone d’exclusion de Tchernobyl. Les images semblent sorties d’un film catastrophe. Des épais nuages de fumée et des flammes tentaculaires ont envahi ces derniers jours le ciel entourant la centrale ukrainienne, théâtre du pire accident nucléaire de l'Histoire en 1986. Plus de 20.000 hectares sont partis en fumée depuis le début des incendies, le 4 avril dernier. Lundi 13 avril, celui-ci se trouvait à seulement quelques centaines de mètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Kiev assure de son côté que la situation est sous contrôle et que les niveaux de radioactivité ne dépasse pas la normale. LCI fait le point sur la situation. 

Comment le feu est-il parti ?

L'incendie a été provoqué, selon la police locale, par un jeune habitant vivant près de la zone de Tchernobyl, qui risque jusqu'à cinq ans de prison pour "destruction de la végétation". Le jeune homme de 27 ans a reconnu avoir mis le feu à l'herbe  "pour s'amuser". Le feu a débuté dans la zone très contaminée de Polesskoye, située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de la centrale. Depuis le 4 avril, date à laquelle l’incendie s’est déclaré dans ce territoire fortement radioactif, plus de 400 soldats du feu et secouristes, trois avions et trois hélicoptères bombardiers d’eau, sont mobilisés pour combattre le feu de forêt, entretenu par le vent et une sécheresse inhabituelle au cours de ces derniers jours.

Où en est-il après 12 jours ?

Les images satellites de la Nasa mises à jour le 14 avril suggèrent que les incendies sont désormais à quelques centaines de mètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Selon Sergiy Zibtsev, directeur du Centre régional de suivi des incendies en Europe de l'Est, basé à Kiev et lié à un programme des Nations Unies, son évolution reste aujourd'hui encore imprévisible. "Dans l'ouest de la zone d'exclusion, il a déjà couvert 20.000 hectares", avait-il estimé lundi à l'AFP. 

Le directeur d'une association organisant des visites guidées dans la zone d'exclusion, Yaroslav Iemelianenko, a indiqué sur Facebook que l'incendie avait atteint la ville fantôme de Pripiat, évacuée après la catastrophe de 1986. A en croire les autorités du pays, celui-ci serait désormais sous contrôle. Lundi, près de 540 tonnes d'eau avaient été déversées sur la zone. "Il n'y a plus de feu ouvert", a affirmé mardi 14 avril dans un communiqué le service pour les Situations d'urgence, faisant état de "foyers isolés" de "feux couvants". Et il faudra encore plusieurs jours pour les éteindre.

Les installations sont-elles menacées ?

Selon l'ONG Greenpeace, il s'agit là du pire incendie jamais observé dans la zone d'exclusion de Tchernobyl, qui forme un rayon de 30 kilomètres autour de l'ancienne centrale. S'appuyant sur des images satellites, l'organisation engagée dans la préservation de la planète affirmait ce lundi que le feu n'était qu'à "environ 1,5 kilomètres" de l'arche recouvrant le réacteur ayant explosé par accident en avril 1986.


"La centrale nucléaire de Tchernobyl, les lieux de stockage de déchets radioactifs et les autres infrastructures cruciales de la zone d'exclusion ne sont pas menacés", a tenu à rassurer de son côté Volodymyr Demtchouk, un haut-responsable des services d'urgence ukrainiens, dans une vidéo publiée le même jour sur Facebook. Il a ajouté que la principale tâche des pompiers était de localiser les zones d'incendies et d'en limiter la propagation. "Selon les autorités ukrainiennes, le feu serait maîtrisé. Un grand bravo aux pompiers et aux personnes qui se sont mobilisés pour éteindre cet incendie", a tweeté mercredi l'ONG.

Qu’en est-il du taux du radioactivité ?

Les autorités ukrainiennes se veulent rassurantes et assurent que le feu n'a pas causé d'augmentation du taux de radioactivité. Après le début de l'incendie, le chef par intérim de l'inspection écologique gouvernementale, Iegor Firsov, avait toutefois indiqué que les niveaux de radiation dans l'épicentre de l'incendie dépassaient largement les norme. Son message était accompagné d’une vidéo montrant un compteur Geiger affichant un niveau de radioactivité 16 fois supérieur à la normale. Il était ensuite revenu sur ses propos. 

Critiqué ces derniers jours pour son inaction face au sinistre d'une ampleur inédite le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fini par annoncer tard ce lundi soir qu'il suivait la situation de près. "La société a le droit de savoir la vérité et d'être en sécurité", a-t-il souligné alors que des rumeurs sur une hausse de la radioactivité et sur des risques pesant sur la centrale circulaient sur les réseaux sociaux. Pourtant, en dépit de ces promesses de transparence, les autorités ont cessé depuis plusieurs jours de publier leurs estimations sur la progression du brasier. 

De quoi alimenter encore un peu plus la psychose sur les réseaux sociaux, alors que le spectre de la catastrophe de 1986 plane encore. "C'est terrifiant de voir que la télévision et la radio restent silencieux sur ce sujet. C'est terrible. La Russie et l'Ukraine sont toujours muettes sur leurs problèmes et les gens finissent par penser qu'il n'y a pas de problème. Des gens irresponsables, des dirigeants irresponsables - c'est le début de la fin...", a ainsi tweeté lundi 13 avril une jeune ukrainienne, réagissant à un message posté par GreenPeace Russie.

Le nuage peut-il arriver jusqu'en France ?

Pour s'en assurer, l’Institut national de sûreté nucléaire (INSN) a fait une estimation par modélisation de la radioactivité remobilisée par les incendies. "Ces simulations indiquent que les masses d’air provenant de la zone des incendies qui se sont produits les 5 et 6 avril ont pu atteindre la France à partir de la soirée du 7 avril 2020. Au 14 avril 2020, ces masses d’air recouvraient encore la moitié du territoire. Les niveaux de radioactivité attendus en France sont extrêmement faibles", indique l’institut. 

Les rejets survenus entre le 9 et le 11 avril 2020 sont les plus significatifs d’après la modélisation, note toutefois l'Institut national de sûreté nucléaire dans son communiqué. "Les conditions météorologiques qui ont prévalu jusqu’au 14 avril ont favorisé le transport des masses d’air provenant de la zone de ces rejets vers la Biélorussie, le sud de l’Ukraine, l’est de la Roumanie et de la Bulgarie. Elles ne sont pas parvenues jusqu’en France à ce jour", assure l'organisme public. 

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