Un matelas est-il enfoui toutes les 4 secondes en France ?

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TIC TAC - "Toutes les 4 secondes un vieux matelas ou sommier est jeté sans être recyclé ni récupéré en France, soit 5 millions de matelas et sommiers enfouis par an", avance le site Planetoscope. A La Loupe s'est intéressé au traitement des matelas usagés. Bonne surprise : les choses ont bien changé.

Le site Planetoscope se présente comme le "premier site de statistiques écologiques mondiales en temps réel". Consommation de viandes, disparition d'espèces dans le monde, mégots de cigarettes jetés dans la rue, pour chaque sujet, un compteur indique les statistiques en temps réel, et les compteurs tournent à une vitesse folle.

En ce qui concerne les "matelas et sommiers qui sont enfouis sans récupération ni recyclage", le nombre augmente toutes les quatre secondes. Depuis le 1er janvier plus de 3,8 millions de matelas auraient été enfouis sous terre en France. En seulement cinq minutes, on comptabilise 75 matelas supplémentaires "sous nos pieds". Chacun d'entre eux mettra plus d'un siècle à se décomposer.

Alors que les alertes sur le réchauffement climatique se multiplient et que tout un chacun est appelé à adopter les bons gestes pour la planète, ce décompte fait froid dans le dos. Chaque année, ce serait 5 millions de matelas qui seraient enfouis, soit "un volume de literie non recyclé de 110 000 tonnes par an" en France. A La Loupe a cherché à en savoir plus.

Un changement de législation en 2013

Lorsque l'on regarde de plus près l'article associé à ce compteur de l'enfer, on découvre qu'il date un peu. Si aucune date de publication précise n'est disponible, le texte a été écrit à la fin de l'année 2012. Depuis, le Grenelle de l'environnement est passé par là et a permis la mise en place d'une filière de recyclage des déchets d'ameublement, dont la literie fait partie. "Une filière française de gestion de ces déchets est organisée depuis 2013, suivant le principe de la responsabilité élargie des producteurs (REP)", indique le ministère de la Transition écologique et solidaire. Autrement dit, le principe de pollueur/payeur qui existait déjà pour les équipements électroniques et électriques par exemple.

Le traitement de ces déchets a un coût important et (avant 2013) les collectivités n'avaient pas forcément l'argent.- Aymeric Dulong, ingénieur au Syctom

"Depuis mai 2013, les fabricants et les distributeurs de literie doivent financer le ramassage, le tri et le recyclage" des matelas usagés, explique Dominique Mignon, présidente d'Éco-mobilier, un des deux organismes à but non lucratif, agréés par les pouvoirs publics afin de gérer ces déchets. Il en est de même pour tous les acteurs de l'ameublement : "à l'achat d'un meuble ou d'un matelas, le consommateur paye une contribution qui est versée à Éco-Mobilier, cela représente 170 millions d'euros par an", poursuit la présidente. Cocorico, "la France est le seul pays à avoir mis en place ce système au niveau national."

"Cette nouvelle législation a permis la création de ces acteurs, auparavant il n'y avait pas de filière pour le recyclage des matelas, reconnait Aymeric Dulong, ingénieur au sein du Syctom, une agence de traitement des déchets ménagers qui couvre 85 communes d’Île-de-France dont Paris. Le traitement de ces déchets a un coût important et les collectivités n'avaient pas forcément l'argent." De fait, avant 2013, la quasi-totalité des matelas usagés était bel et bien enfouie sous terre, ni vu, ni connu, dans des installations de stockage de déchets non dangereux.

Concrètement, Éco-Mobilier qui est le seul acteur chargé des matelas usagés jusqu'en 2018, a mis à disposition des collectivités et des distributeurs des bennes dédiées. Ces points de collecte se retrouvent notamment dans les déchetteries publiques, et à proximité des magasins. Éco-Mobilier se charge ensuite d'acheminer tout le mobilier collecté dans des centres de tri. Des entreprises d'économie solidaire comme Emmaüs assurent également une partie de la collecte et reçoivent une indemnisation de la part d'Éco-Mobilier. C'est aussi le cas de certaines communes spécifiques.

"L’Île-de-France est un territoire qui comprend peu de déchetteries, donc nous réalisons beaucoup de porte à porte pour récupérer les matelas, avance Aymeric Dulong du Syctom. Nous venons palier ce qui n'est pas couvert par Valdelia et Éco-Mobilier", les deux acteurs en charge du traitement des déchets d’éléments d’ameublement. Éco-Mobilier délègue enfin une partie de ses activités à des acteurs du traitement des déchets, comme Veolia.

Chaque année, environ 5 millions de matelas sont vendus en France et autant sont jetés. 70% d'entre eux sont pris en charge par Éco-Mobilier, soit 3,4 millions de matelas - 54 500 tonnes de déchets.  Les 30% restants finissent aux encombrants ou dans des déchetteries qui ne sont pas munies de bennes. "L'objectif est d'atteindre 85% de collecte d'ici un an et demi", assure Dominique Mignon.

Un taux de valorisation de 87%

Que deviennent-ils ensuite ? "87% sont valorisés, ajoute-t-elle, la moitié est recyclée, l'autre moitié est utilisée comme combustible de substitution". Les 13% restants sont incinérés sans transformation énergétique. "La loi nous impose un taux de valorisation de 80%, on va plus loin", se félicite la présidente d'Éco-mobilier.

Pour le recyclage, "sept unités de démantèlement ont été créés en France". Veolia gère, pour le compte d'Eco-Mobilier, celle de Rennes en partenariat avec la société Envie. "La mousse polyuréthane et le latex sont broyés et recyclés en coussins, en éléments de rembourrage, en tapis de sol, énumère Françoise Weber directrice chez Veolia Propreté. Cela sert surtout à l'isolation thermique et phonique. L'enveloppe du matelas - le coutil - en coton ou en laine, est effiloché ou utilisé comme combustible.

D'année en année, la prise en charge des matelas s'améliore. Cela signifie-t-il qu'aucun matelas usagé aujourd'hui ne finit enfoui ? Pas encore, car tous n'arrivent pas aux centres de tri. 

Certaines communes tout d'abord n'ont pas de contrat avec Éco-Mobilier - même si cela est de moins en moins vrai (cf. schéma ci-dessous). Surtout, de nombreux matelas se retrouvent impropres au recyclage. "Les matelas que nous récupérons ont été entreposés sur des trottoirs, explique Aymeric Dulong de l'établissement public dÎle-de-France. Certains sont détrempés, moisis." Au final, 80% des matelas récupérés par la Syctom sont envoyés au centre de démantèlement de Limay (Yvelines) mais 20% sont toujours enfouis. Ces 20% pourraient être traités par le centre de tri et brûlés mais cette prise en charge représente un coût conséquent que nombre de communes préfèrent éviter. Et les incinérateurs propres au Syctom ne sont pas équipés de broyeurs et ne sont pas capables de gérer ce que l'établissement appelle "des monstres".

Veolia reconnait également enfouir encore certains vieux matelas. "A l'arrivée dans les centres de tri, 10% des matelas collectés sont mis de côté car impropres au recyclage. Nous privilégions évidemment la valorisation mais dans les territoires où il n'y a pas de structures, ils finissent en enfouissement".

Pour améliorer les choses, Françoise Weber mise sur l'amélioration de la collecte par les collectivités mais aussi par les vendeurs. Selon cette spécialiste des déchets, les magasins devraient bientôt avoir l'obligation de reprendre les anciens matelas lorsqu'ils livrent un matelas neuf. Certaines marques ont déjà passé le pas.

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Au final, Françoise Weber estime que "20.000 tonnes de matelas sont encore enfouies chaque année". Quand nous la questionnons sur ces cimetières de matelas créés au fil des ans, elle relativise : "cela ne représente qu'une infime partie des déchets ultimes enfouis".  Selon l'Ademe, 221 installations de stockage de déchets non dangereux ont reçu un peu moins de 20 millions de tonnes de déchets en 2014 dont 10% d'encombrants.

Un chiffre qui donne le tournis. En ce qui concerne le mobilier, Eco-Mobilier compte bien montrer l'exemple. "La législation nous demande de diminuer l'enfouissement de 50%, à l'horizon 5 ans, nous avons décidé d'aller au-delà, nous disons 0 déchet". Pour y arriver, elle compte trouver de nouvelles filières de recyclage. Un appel à projet a été lancé en 2017, des pilotes industriels sont en cours pour transformer la literie en substrat végétal, nouveaux isolants thermiques, voire pour revenir au stade de la molécule. Un deuxième appel à projet devrait être lancé d'ici la fin de l'année.

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