Une banque pour le climat, ou comment faire de la finance un outil au service de l'environnement

Une banque pour le climat, ou comment faire de la finance un outil au service de l'environnement

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PACTE FINANCE CLIMAT - Pour aider les Etats européens à financer des politiques volontaristes, 500 personnalités de douze pays - l’économiste Pierre Larrouturou en tête - militent depuis maintenant un an en faveur de la création d'une banque pour le climat. Le but : des prêts à taux 0 d'une valeur de 100 milliards d'euros par an.

Les conséquences du réchauffement climatique sont maintenant bien connues, mais les États européens peinent à agir. Notamment parce que le combat écologique a un coût. Pour l'économiste Pierre Larrouturou, la France n'est clairement pas au niveau : "Quand Nicolas Hulot démissionne, il explique qu’il voulait 5 milliards d’euros pour un Plan hydrogène et qu’il a eu 200 millions", se désole-t-il dans les colonnes de Libération. "Il demandait 7 milliards pour l’isolation des bâtiments et il n’a obtenu que des budgets totalement insuffisants…" 


Le problème est identique chez nos voisins : "En Allemagne, les ministres se déchirent sur les réseaux sociaux pour savoir comment financer la prochaine loi sur l’efficacité énergétique", poursuit le fondateur de Nouvelle Donne. "Aux Pays-Bas, l’Etat a été condamné par la justice à cause de son inaction mais ne sait pas comment financer un Plan climat vraiment ambitieux." Si le mode de financement fait défaut, le budget nécessaire est clairement établi : "La Cour des comptes européenne estime qu’il faudrait 1100 milliards par an". 

"L'argent existe, l'argent est là"Pierre Larrouturou, économiste, dans "Libération"

Bien loin d'y voir une fatalité, l'économiste a une solution assez simple : créer une banque pour le climat. "Aujourd’hui, rien ne nous empêche de créer une banque européenne du climat comme on a été capable de créer, au lendemain de la chute du mur de Berlin, une Banque européenne pour la reconstruction et le développement", juge-t-il.


Car "l'argent est là" : "En 2008, pour éviter l’effondrement du système financier, la Banque centrale européenne a mis 1000 milliards sur la table. Puis, à nouveau, pour 'relancer la croissance', la BCE a créé plus de 2500 milliards d’euros depuis trois  ans. Or l’essentiel de ces sommes colossales est allé nourrir la spéculation financière." D'après lui seuls 11% de ces investissements sont venus nourrir l'économie réelle. 

Prêts à taux zéro

Le projet a été théorisé il y a maintenant un an. 500 personnalités - dont le photographe Yann Artus-Bertrand, le prince Albert de Monaco, l'ancien président de la Commission européenne Romano Prodi ou encore l'économiste James Galbraith - on lancé un appel à un "pacte finance-climat européen".


Alors comment fonctionnerait concrètement cette banque ?  Elle permettrait de fournir à tous les Etats membres et aux pays alliés des financements à taux zéro, pendant 30 ans. Ces prêts seraient évidemment réservés à la lutte contre le réchauffement climatique par le biais de projets d'économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables. 


"Nous proposons que chaque pays dispose chaque année d’une enveloppe correspondant à 2 % de son PIB", détaille l'économiste. Pour la France, cela représenterait 45 milliards par an, "et sans taxer les Gilets jaunes", ironise-t-il. Pour faciliter sa création et son fonctionnement, Pierre Larrouturou propose que cette banque pour le climat soit une filiale de la Banque européenne.

Création d'un budget européen dédié

En plus de cette banque, le Pacte Finance Climat prévoit la création d'un budget européen dédié, à hauteur de 100 milliards par an. Et pour le financer ? "Commençons par stopper les subventions aux énergies fossiles", répond Paul Larrouturou. "Et attaquons-nous à l’évasion fiscale et à la concurrence fiscale intra-européenne." Il souligne que le taux moyen de l'impôt sur les bénéfices n'a jamais été aussi bas en Europe : 19% contre 24% aux Etats-Unis sous l'ère Donald Trump (et 38% en moyenne depuis les années 30). 


Le projet prévoit que les actionnaires mettent un peu plus la main à la poche : l'argent serait récolté par le biais d'un impôt fédéral sur les bénéfices à hauteur de 5%.

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