Le Vaucluse est le plus gros consommateur de pesticides : "Que cette vilaine palme soit un électrochoc"

Le Vaucluse est le plus gros consommateur de pesticides : "Que cette vilaine palme soit un électrochoc"

Planète
INTERVIEW - Générations Futures a publié ce mardi son palmarès des départements les plus consommateurs de pesticides et notamment de glyphosate. Le grand gagnant (par surface agricole utilisée) est le Vaucluse. Une annonce qui ne surprend pas les défenseurs de l'environnement locaux, comme nous l'explique Agnès Boutonnet, présidente de France Nature Environnement 84.

Le Vaucluse vient de remporter un "Glyph'Award". N'y voyez là rien de bien réjouissant, il récompense ironiquement le département le plus accro au glyphosate, l'herbicide le plus vendu au monde mais aussi le plus polémique. Avec 14,25kg par hectare de surface agricole utilisée (SAU), ce département du sud-est interpelle. Et il ne fait pas mieux en ce qui concerne les pesticides dans leur ensemble : près de 22kg/ha de SAU. Pas même quand on se limite aux pesticides non utilisables pour l’agriculture bio : 12kg/ha de SAU.


Face à de tels records, comment la fédération locale des associations de défense de l’environnement, France Nature Environnement (FNE) Vaucluse, réagit ? 

LCI - La situation était-elle connue localement ?

Agnès Boutonnet, présidente de France Nature Environnement 84 - Quand on œuvre sur un département précis, on ne se rend pas forcément compte de la situation dans les autres. Le Vaucluse se targue d’être le cinquième département français en nombre d’exploitations bio et pourtant nous ne sommes pas étonnés. L’agriculture vauclusienne repose essentiellement sur la vigne, à 70%, et on sait que la vigne est particulièrement consommatrice de pesticides. Les agriculteurs qui se tournent vers le bio sont plutôt des maraîchers. Dans tous les cas, ce "Glyph'Award", on n'en est pas fiers.

Je ne taperai pas sur le dos des agriculteurs"Agnès Boutonnet, présidente de la FNE 84

LCI - Le Vaucluse n'est pas le seul département viticole,  alors qui blâmer ?

Agnès Boutonnet - Je ne veux pas blâmer les agriculteurs. Toute la population est concernée par les pesticides et le glyphosate, mais les premières victimes restent les agriculteurs. J'étais ce matin à une réunion de la chambre régionale des entreprises d’économie solidaire PACA et il a quand même été dit que certains agriculteurs se tournaient vers le bio suite à des problèmes de santé liés aux pesticides.


Dans le département, ils sont cependant peu à se tourner vers le bio. On a une population d’agriculteurs relativement âgée, ils ont besoin d’accompagnement. Au niveau des lycées agricoles, il y a eu énormément de progrès de fait dans l’enseignement de la pratique agricole mais les jeunes qui en sortent sont une minorité dans le Vaucluse. Je pense qu'ici, un agriculteur sur 2 a plus de 50 ans, or plus on avance en âge, plus on sait qu’il est difficile de changer ses pratiques. Avec l’arrivée de l’agrochimie, il ont perdu ces 50 dernières années de nombreux savoir-faire.  Ils ont suivi aveuglement les industriels. Et aujourd'hui, ils sont dans une position de désarroi importante, ils ont conscience de ne pas être aimés d’une partie de la population. Ils savent qu’ils "empoisonnent" mais ne savent pas faire autrement. Je ne taperai pas sur le dos des agriculteurs.

LCI - Cet accompagnement des agriculteurs que vous évoquez devrait donc être renforcé au niveau du département et de l'Etat ?

Agnès Boutonnet -  Au niveau de la chambre d’agriculture, vous pouvez avoir différents discours. Les techniciens sont parfaitement au courant de la situation et font leur possible pour faire changer les pratiques mais vous avez également des élus et ce sont eux qui donnent la direction. Là, il y aurait largement mieux à faire.


Au niveau de l’Etat, il faudrait également se montrer beaucoup plus sévère. Avec le glyphosate par exemple, on a eu de l’espoir puis on a observé un bond en arrière qui a été fait sous l’impulsion de la FNSEA. Ça fait des années qu’ils nous disent 'on va faire des efforts mais laissez-nous le temps', ça fait des années qu’on entend ce même discours. Le plan Écophyto aussi a été un échec (une initiative lancée en 2008 suite au Grenelle de l’environnement, ndlr), il visait à diminuer les pesticides et on a vu que finalement, ils ont augmenté. On voit que rien n’avance. Il faut vraiment que l'Etat aille plus loin.

LCI - Que comptez-vous faire pour éviter de gagner ce même prix l'année prochaine ?

Agnès Boutonnet - Il faut que cette vilaine palme soit un électrochoc qui amène à des changements en profondeur. Il y a des pratiques à améliorer. La première chose à faire, ça va être de rencontrer la chambre d’agriculture du Vaucluse et leur demander : pourquoi nous sommes les premiers ? Il y a d’autres départements qui savent faire autrement. Il y a des choses que l'on doit pouvoir mettre en place, nous allons en discuter avec elle. En tant que défenseur de l'environnement, on continue à espérer. Sinon, on arrêterait tout ce qu’on fait. 

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