Végétalisation, chaussées blanches, corridors de ventilation... Quelles sont les mesures efficaces pour rafraîchir nos villes ?

Végétalisation, chaussées blanches, corridors de ventilation... Quelles sont les mesures efficaces pour rafraîchir nos villes ?
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PLANÈTE - Depuis quelques années les pics de chaleur deviennent de plus en plus fréquents et intenses. Pour faire face à ces températures étouffantes, plusieurs grandes villes dans le monde multiplient les initiatives.

L'Hexagone étouffe. Depuis près d'une semaine, une intense vague de chaleur caniculaire fait suffoquer le pays. Cet épisode climatique sévit d'autant plus dans le centre des grandes villes. Les nombreux îlots de chaleur urbains font monter la température ressentie. Des écarts notables (3 à 8 degrés en moyenne) sont ainsi ponctuellement constatés entre une grande agglomération et sa campagne environnante. Pour lutter contre ce phénomène, les grandes métropoles mondiales tentent de répondre par une série de mesures aux résultats parfois concluants.

Modifier les chaussées ...

Les sols des villes constituent d'importants capteurs de chaleur. Le bitume noir concentre la chaleur solaire. Amandine Crambes, ingénieure-urbaniste à l'Ademe, explique que "l’asphalte a une grande inertie : il capte la chaleur toute la journée et la restitue très lentement dans la nuit, donc les villes ne se refroidissent jamais". Généralement imperméable, il ne permet pas non plus d’absorber les eaux de pluie. Un double problème parfois à l'origine de véritables fournaises. 

Los Angeles (Etats-Unis) a donc choisi en 2017 de repeindre certaines de ses routes en blanc. Le résultat est formel : le mercure a chuté de 10°C par endroits. Autre exemple avec Doha (Qatar) qui a repeint certaines de ses routes en bleu. Ce revêtement spécial permettrait d'abaisser la température mais aussi de "ralentir les réactions chimiques à l'origine de la pollution" selon le Qatar Tribune.

D'autres agglomérations optent pour une transformation des sols avec des pavés ou des sols naturels dans lesquels l’eau peut s’infiltrer. 

Enfin, le Japon a renoué avec une tradition ancestrale, connue sous le terme d’"uchimizu" et qui consiste à arroser les trottoirs. Les habitants conservent les eaux de pluie pour les répandre ensuite sur le sol devant leurs maisons pendant les pics de chaleur. Les tests ont permis d’établir une baisse de température d’environ un degré dans les zones humidifiées. Des systèmes d’arrosage automatique ont même obtenu des résultats encore plus probants : la partie arrosée perd jusqu’à 5 degrés. 

... et les bâtiments

Autre possibilité pour offrir des bouffées de fraîcheur à une agglomération : agir directement sur bâtiment. La solution d'opter pour une meilleure isolation revient fréquemment. Elle n'est évidemment pas à négliger mais ne constitue pas la seule solution en la matière. L'action sur la couleur du toit produit par exemple des effets notables. En l'enduisant d'un revêtement termo-réflectif blanc, la température des bâtiments diminue. New York a ainsi lancé le projet "CoolRoofNY" en 2012, ensuite imitée notamment par Séoul (Corée du Sud). 

Construire des habitations blanches (comme en Grèce ou en Espagne) permet également de limiter les  îlots de chaleur urbains. 

Jouer sur l'architecture de bâtiment est une autre option, comme cela a été fait à Dubaï avec les motifs géométriques des tours Al Bahar. Ces derniers créent de l’ombre, protégeant ainsi l'intérieur des bâtiments d'un excès de chaleur.

Créer des corridors de ventilation

Des chercheurs du CNRS ont prouvé que plus une ville est "organisée", plus l’effet des îlots de chaleur urbains est important et plus la chaleur est piégée. A l'inverse, dans les secteurs de villes plus "désorganisées", comme les centres historiques, la chaleur s'évacue plus facilement. Dans le même ordre d'idée, il est possible d'aménager une ville de sorte à constituer des "corridors de ventilation". Particulièrement précurseur en la matière, Stuttgart utilise ainsi des espaces verts et des interdictions de construction à des endroits stratégiques pour empêcher l’air chaud de stagner. Ces couloirs d’air en ville permettent ainsi de la rafraîchir naturellement. 

Mettre en place des réseaux de froid

Souvent méconnus ou oubliés, les systèmes de refroidissement permettent aussi d'abaisser le mercure dans les grandes villes. Ils reposent sur des infrastructures qui irriguent des bâtiments en eaux glacées pour réduire leur température intérieure. Paris possède l'un des plus grands réseaux européens en la matière avec "climspace". Celui-ci utilise l’eau de la Seine pour rafraîchir les bâtiments. Plus précisément, un système souterrain pompe l’eau du fleuve, la refroidit dans une centrale avant de la réinjecter en eau glacée dans le réseau qui permet de rafraîchir l’air. L’eau usée est ensuite ramenée vers les centrales de production pour être à nouveau refroidie. 

Végétaliser

Sans l'ombre d'un doute, la végétalisation demeure, à l'heure actuelle, le meilleur choix pour garantir une baisse de température dans certains secteurs urbains. Planter de nouveaux arbres présente un double avantage. D'une part, l'ombrage permet d'abaisser la température des bâtiments qui se trouvent alors moins exposés au soleil.  Aussi et surtout, les arbres contribuent à faire baisser le mercure par le biais de l'évapotranspiration (quantité d'eau transférée vers l'atmosphère, par l'évaporation au niveau du sol et par la transpiration des plantes). 

De même, les façades et toits végétaux constituent aussi un excellent moyen pour lutter contre l'étouffante chaleur urbaine. Singapour est un modèle particulièrement remarquable en la matière du fait d'un espace au sol limité. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), couvrir de verdure 6 % des toits d'une ville comme Toronto, au Canada, ferait d'ailleurs chuter le thermomètre de 1 à 2 degrés en centre-ville. 

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Cette liste n'a évidemment pas pour ambition d'être exhaustive. De nombreux autres façons de lutter contre la chaleur en ville existent. Il est notamment possible de mener la lutte contre la pollution par la régulation du trafic automobile ou la multiplication des îlots de fraîcheur. 

Pour suivre l'évolution du pic de chaleur, consultez notre direct consacré à la canicule. 

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