Venise submergée : miné par la corruption, le projet de digue géante peine à sortir des eaux

Venise submergée : miné par la corruption, le projet de digue géante peine à sortir des eaux
Planète

DIGUE - Venise a depuis mardi les pieds dans l'eau, victime d'une "acqua alta" d'une ampleur historique. Pour protéger la ville, la construction d'une gigantesque digue avait été entamée en 2003 pour s'achever, en théorie, en 2011. Minée par la corruption, elle n'est toujours pas terminée.

Venise se retrouve une nouvelle fois sous les eaux. La ville subit depuis mardi les conséquences désastreuse de hautes eaux d'une ampleur sans précédent depuis 53 ans. L'"acqua alta" a atteint 1,87 m. Seule les hautes eaux de 1966 (1,94m)  étaient d'ampleur supérieure. Dans les rues de la ville, surélevée d'environ 1 mètre 30 par rapport au niveau de la mer, les eaux menacent certains bâtiments qui ne sont habituellement pas à la merci des flots comme la Cathédrale Saint-Marc, inondée à 5 reprises seulement depuis plus de 1000 ans.  

S'il ne s'agit pas de la première fois que la ville se retrouve sous l'eau, ces catastrophes pourraient se multiplier dans les années à venir en raison du réchauffement climatique et de la montée des eaux. Pour y faire face, l'Italie a lancé en 2003 la construction d'une digue gigantesque, appelée MOSE, ou MOdulo Sperimentale Elettromeccanico (module expérimental électromécanique). Depuis pourtant, le projet patine et n'a toujours pas vu le jour.

Un projet pharaonique qui se fait bien trop attendre

L'idée du MOSE a germé dans les années 1970, après le traumatisme infligé par l'"acqua alta" de 1966, qui avait inondé et paralysé la ville tout entière pendant plus d'une semaine. L'idée est simple, mais le chantier pharaonique : il s’agit d’implanter au fond des trois ouvertures qui relient la lagune à l’Adriatique, sur une largeur totale de 1.600 mètres, 78 digues flottantes capables de protéger la ville de marées atteignant jusqu'à 3 mètres. Fixées à des charnières, ces barrières flottantes se lèveraient pour fermer la lagune dès le niveau d'alerte, fixé à 110 cm. Elles reprendraient ensuite leur position initiale une fois le niveau de l'eau abaissé.

En vidéo

Venise sauvée des eaux ? Le projet de digue géante en images

Lancé en 2003, le chantier devait se terminer en 2011, pour un coût de 1,5 milliard d’euros. Il en a finalement englouti 5,5 et n'est toujours pas achevé. La date de livraison est sans cesse repoussée par le Consorzio Venezia Nuova (CVN), qui dirige les travaux. Selon un bilan du consortium qui s'est tenu au mois de septembre, le MOSE devrait être achevé en juin 2020 pour être livré, après une phase de tests, fin 2021.

Lire aussi

Une digue coulée par la corruption

Si les retards et les surcoûts s'accumulent, cela est en partie dû aux différents scandales de corruption qui ont fait sombrer petit à petit le projet. En 2014, l'implication d'une centaine de personnes, parmi lesquels des dizaines d'artisans et de politiques, a été révélée dans des affaires de surfacturations et de rétrocommissions. Trente-cinq personnes ont été arrêtées, dont le maire de l'époque, Giorgio Orsoni.

Aujourd'hui, le CVN tente de réparer les dégâts et de poursuivre le travail, sous la tutelle d’une administration spéciale nommée depuis Rome. Le chemin semble malgré tout encore long. En 2018, un député du parti démocratique, Nicola Pellicani, avait ainsi interpellé ses confrères en dénonçant un chantier "en état d'abandon complet", rapporte le quotidien Il Giornale qui craint que les coûts de manutention ne dépassent les coûts de constructions, "tandis que la rouille envahit peu à peu les écluses construites il y des années mais pas encore entrées en fonction".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter