Amazonie en feu : "le Brésil n'a pas les moyens d'éteindre les feux" selon le président Bolsonaro, qui accuse les ONG

Amazonie en feu : "le Brésil n'a pas les moyens d'éteindre les feux" selon le président Bolsonaro, qui accuse les ONG
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La forêt amazonienne touchée par des incendies ravageurs

AMAZONIE - D'après Jair Bolsonaro, le gouvernement brésilien ne serait pas en mesure d'éteindre les centaines d'incendies qui ravagent actuellement l'Amazonie, la plus vaste forêt tropicale du monde. Pointé du doigt par les scientifiques et associations pour ses politiques favorisant la déforestation, le chef d'Etat a sous-entendu que les ONG pourraient être à l'origine de ces incendies, pour se venger des baisses de subventions.

L'Amazonie part en fumée. Une fumée dense qui a plongée dans le noir la ville de Sao Paulo en pleine journée lundi dernier. Depuis le mois de juillet, plusieurs centaines d’incendies simultanés ravagent la plus vaste forêt tropicale du monde. Alors que le monde entier commence à s’indigner de l’inaction des autorités brésiliennes pour contenir les brasiers, le président Jair Bolsonaro a déclaré ce jeudi que "son gouvernement n’avait pas les moyens de lutter contre les incendies dans la forêt Amazonienne". Cet aveu d'impuissance intervient au lendemain d'une déclaration du chef d'Etat sous-entendant que des ONG pourraient être responsables de la situation. 

Dans un tweet, Emmanuel Macron a appelé ce jeudi les membres du G7, réunis à Biarritz de samedi 24 au lundi 26 août, à discuter de cette "crise internationale". De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit jeudi sur Twitter "profondément préoccupé" par les incendies.

Le président Brésilien accuse (sans preuve) les ONG

"Il pourrait s'agir, oui, il pourrait, mais je ne l'affirme pas, d'actions criminelles de ces ‘ONGéistes’ pour attirer l'attention contre ma personne", a lâché le chef d’Etat devant des journalistes. Selon lui, les militants pourraient avoir provoqué les feux qui affectent actuellement l'Amazonie "afin d'attirer l'attention" sur la suspension par le gouvernement brésilien des subventions à la préservation de la forêt amazonienne. "C'est la guerre à laquelle nous sommes confrontés. On a retiré l'argent aux ONG. On a coupé leurs subventions publiques ici. Elles recevaient 40% des subventions venant de l'étranger. Elles ne les ont plus", a-t-il expliqué, droit dans ses bottes, à la sortie de sa résidence officielle à Brasilia.

Le président a étayé ses accusations en affirmant que "tout indique que les militants sont allés là-bas pour filmer des incendies". S’adressant directement aux journalistes, il a poursuivi : "Le feu a pris dans des lieux stratégiques. Même vous ne pourrait pas aller filmer dans tous les lieux où cela brûle, et envoyer vos vidéos à l'étranger". 

ONG et scientifiques pointent du doigt le gouvernement

Les réponses des ONG ne se sont pas fait attendre, d’autant que Jair Bolsonaro n'a apporté aucun élément de preuve, justifiant ses propos par un simple “ressenti personnel” à l’égard de cette théorie. Danicley Aguiar, le porte-parole de Greenpeace Brésil, a notamment répliqué : "Les politiques du gouvernement Bolsonaro encouragent ceux qui détruisent l’Amazonie et permettent à la déforestation de se poursuivre. Depuis son entrée en fonction, le gouvernement actuel a systématiquement démantelé la politique environnementale du Brésil".

Jair Bolsonaro est aussi la cible d'une avalanche de critiques de scientifiques pour son soutien au développement de l'activité économique dans des zones protégées et au détriment des réglementations environnementales. Pour Paulo Moutinho, chercheur à l'Institut de recherche environnementale sur l'Amazonie (IPAM), la hausse dramatique du nombre d'incendies en Amazonie brésilienne est avant tout causée par la progression de la déforestation.

"Historiquement, les incendies sont liés à l'avancée de la déforestation, conjuguée à des périodes de saison sèche intense. En 2019, nous n'avons pas une sécheresse aussi sévère que lors des années précédentes, or il y une hausse substantielle des incendies", affirme le chercheur auprès de l'AFP. Des éléments lui permettant d'établir que les températures ne sont pas du tout le facteur prédominant pour expliquer le brasier incontrôlable dévorant actuellement l'Amazonie.

La cause principale serait la multiplication des brûlis, une des techniques pour défricher afin de transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage. "Les incendies ont toujours eu une origine humaine, le feu est utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou pour préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n'étaient pas destinées à être brûlées", regrette Paulo Moutinho.

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Des faits récurrents mais une situation exceptionnelle

Malgré ces nombreuses expertises, les incendies en Amazonie n'affolent les réseaux sociaux que depuis quelques jours. Avec le #PrayForTheAmazon, les internautes s’indignent de n’avoir “pas été mis au courant”, du fait que “personne n’en parle” ou encore que “tout le monde s’en fout”. Si le grand public vient de réaliser l’ampleur de la situation, c’est justement qu’au Brésil, où se trouve 60% de la surface de l’Amazonie, le phénomène est récurrent à cette période de l’année. Selon Paulo Moutinho, "le plus souvent la pluie éteint ces incendies ou ils finissent pas rencontrer des barrières de végétation plus denses et plus humides et s'éteignent d'eux-mêmes".

Cette situation 'habituelle' est fortement préoccupante depuis que les feux sont devenus incontrôlables. Selon l’institut national de recherche spatiale (INPE), qui évalue la situation grâce à un système d’images par satellite, "la déforestation en juillet a été quasiment quatre fois supérieure au même mois de l’année dernière". Les feux de forêt ont augmenté de 83% depuis début 2019 au Brésil par rapport à l'ensemble de 2018. Dans les États occupés en totalité ou partiellement par la forêt amazonienne, les autorités ont recensés 13 682 départs de feu depuis janvier, soit une hausse de 87% par rapport à toute l'année 2018. Cette semaine, les feux sont si nombreux qu’il est impossible d’évaluer l’ampleur des superficies affectées. 

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