Même l'Elysée s'y met : d'où vient l'engouement pour la gourde (et ce qu'il implique pour l'environnement) ?

Même l'Elysée s'y met : d'où vient l'engouement pour la gourde (et ce qu'il implique pour l'environnement) ?

ENQUÊTE - Autrefois vue comme l'accessoire des randonneurs, la gourde se réinvente, devenant même un symbole puissant de la lutte pour la protection de l'environnement.

Il fut un temps, pas si lointain, où l'on considérait la gourde comme un objet ringard. Et voilà que, sans prévenir, le 12 février 2020, elle s'est hissée jusqu'au sommet. Ce jour-là, l'Elysée a en effet annoncé solennellement la distribution de gourdes "fabriquées en France" à tous ses agents et la généralisation des fontaines à eau dans tous ses services, afin de mettre fin à l'utilisation annuelle de 220.000 bouteilles en plastique. Une tendance massive en France, depuis de longs mois.

Pour le vérifier, TF1 s'est rendu dans un magasin de sport de Montreuil (Seine-Saint-Denis) surplombant le périphérique parisien. Et c'est peu dire que la gourde y est en bonne place : sur les étalages stratégiques précédant tout passage en caisse. "Nous devons réapprovisionner le rayon plusieurs fois par jour, parce que ça part très, très vite. Nous voyons vraiment l'effet de l'écologie sur les ventes", indique Bastien Catala, le responsable dudit rayon, en y plaçant de nouvelles gourdes. Son collègue, Arthur Pham, résume le phénomène d'une formule lapidaire : "Si on peut être écolo en même temps qu'être sain, on a tout gagné."

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Les prix vont, dans ce magasin, de 2,50 à 15 euros. En 2019, les ventes de gourdes y ont augmenté de 40%. Il n'empêche : cinq milliards de bouteilles en plastique continuent d'être achetées en France chaque année, un tiers seulement étant recyclé, le reste étant incinéré. Surtout, sauvagement jetées dans la nature, ces dernières représentent l'un des plus grands fléaux écologiques de l'époque. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : une prise de conscience.

Made in China

L'affaire est sérieuse. Une entreprise française, Qwetch, s'est ainsi lancée dans la gourde. Son fondateur en a eu l'idée en 2010, lors d'un voyage en Chine. Il constate que là-bas, tout le monde a sa gourde de thé sur soi. Il fait alors le pari un peu fou que les Français en feront, à leur tour, un objet incontournable du quotidien. "Il y a dix ans, ma vision, c'était que les gens génèrent moins de déchets et changent leur style de vie. Aujourd'hui, l'objectif, c'est qu'ils soient tous équipés de bouteilles réutilisables en inox", pose Stéphane Miquel, ledit fondateur, chef d'une entreprise qui a multiplié ses ventes par cinq l'an dernier.

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Les gourdes qu'il vend, avec un design et une esthétique spécifiques, coûtent 30 euros. Elles sont conçues à Aix-en-Provence... mais sont fabriquées en Chine. Parce que c'est le seul pays à détenir un savoir-faire incomparable dans le travail de l'inox. Une visée qualitative qui a forcément un coup environnemental, mais que Qwetch compense en fournissant des pièces détachées. "L'enjeu est là, reprend Stéphane Miquel. C'est de faire en sorte que ce soit durable techniquement, que la qualité fasse que cela puisse durer. Ce n'est pas parce que c'est réutilisable que ça doit s'écailler dans tous les sens. Et puis après, dans les designs, dans les collections, il faut faire en sorte que ce ne soit pas de la fast fashion." Comprendre : une mode éphémère.

"Ne pas transformer la gourde en objet qu'on collectionne"

C'est qu'on parle d'un immense marché global, à plusieurs millions de consommateurs potentiels. N'y a-t-il donc pas un paradoxe à voir dans cet engouement, impliquant par exemple d'exhiber sa gourde sur les réseaux sociaux, une arme écologique efficace ? "Là où il faut faire attention, c'est à ne pas transformer la gourde en objet qu'on collectionne, qu'on accumule chez soi et qui termine au fond d'un placard, répond Flore Berlingen, directrice de l'association Zero Waste France. Il faut qu'elle soit utilisée un certain nombre de fois pour que l'investissement environnemental qu'elle représente ait un intérêt."

Allons donc, la gourde, un objet de collection maintenant ? Eh bien oui. A titre d'exemple, figurez-vous que, le 7 mars 2020 à Bourges, une gourde en porcelaine, ayant appartenu à l'empereur chinois du XVIIIe siècle Qianlong, a été adjugée pour 4,94 millions d'euros lors d'une vente aux enchères. En camaïeu bleu de cobalt sur fond blanc, cuite dans les fours même de l'empereur, elle représente un dragon impérial à cinq griffes, à la recherche de la perle sacrée. De quoi tuer pour de bon l'idée selon laquelle ce serait juste un accessoire de camping.

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