La raie manta peut-elle vraiment “demander de l’aide” à un humain ?

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OCÉAN - Suite à la vidéo insolite montrant une raie manta s’approcher d’un plongeur qui lui retire des hameçons coincés sous son œil, une question se posait : une raie manta peut-elle vraiment "demander de l'aide" à un humain, comme le titrait de nombreux articles ? Nous avons posé la question à Francoise Gaill, biologiste au CNRS et spécialiste des écosystèmes profonds océaniques.

Les images sont incroyables et ont été partagées de nombreuses fois. En Australie, au fond de l'Océan Indien, une raie manta d'une envergure de trois mètres s'est approchée d'un groupe de plongeurs, elle aurait "demandé de l'aide" à l'un d'entre eux, qui lui a retiré les hameçons coincés sous l'un de ses yeux. Une fois délivré, le poisson est reparti. Je guide souvent des plongeurs équipés d'un tuba dans cette zone et c'est comme si elle m'avait reconnu et avait compté sur moi pour lui venir en aide", a déclaré à la BBC le plongeur qui l'a secouru. 


Mais pouvons-nous réellement dire que l'animal, doté d'une grande intelligence (c'est le poisson au plus gros cerveau), cherchait l'aide des plongeurs ? Françoise Gaill est biologiste au CNRS et spécialiste des écosystèmes profonds océaniques et elle a répondu à la question.

LCI - Pouvons-nous dire que la raie manta sur la vidéo a effectivement "demandé de l'aide" ?


Françoise Gaill - Lorsque j'ai regardé la vidéo, je n'étais absolument pas convaincue que la notion d'aide pouvait avoir du sens puis j'ai pris connaissance d'une publication très intéressante. Elle n'a pas fait de bruit mais est déterminante. Celle-ci montre que les raies manta auraient une conscience de soi, ce qui est unique. Je pense que si les psychoanimalistes ont démontré ça, ça veut dire quelque chose de fort. C’est immense comme nouveauté. 

S'il y a vraiment conscience de soi, c’est qu’il y a tout un circuit neurologique de rebouclage qui est complexe et qui doit être puissant. C’est comme les céphalopodes, on pense que les neurones sont très développés, ça doit être également le cas pour la raie manta.

LCI - Le cas de la raie manta est-il unique ?


Françoise Gaill - Cette notion de conscience de soi est unique. Jamais on n’aurait imaginé ça chez un poisson. Chez les animaux marins, c’est une première. 

LCI - Quels questionnements cela amène-t-il ?


Françoise Gaill - Cela pose plein de questions, nous sommes en train de découvrir un nouveau truc. On parle souvent de la conscience des arbres, mais si désormais des poissons ne vous regardent plus de la même façon (rires) ! Ça changerait beaucoup de choses et je pense notamment aux pêcheurs. Peut-on pêcher un animal doté d'une conscience ?

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