Laurence Méhaignerie, pionnière de l’impact investing en France : "Il y a plein de façons de s'engager !"

Laurence Méhaignerie.

INTERVIEW - Laurence Méhaignerie est la co-fondatrice de Citizen Capital, le premier fonds d’investissement à impact créé en 2008 en France. Dans son portefeuille : Camif, Change.org ou encore OpenClassrooms. Plongée dans les coulisses des projets à impact avec une pionnière de l’impact investing.

Sylvia Amicone : Vous avez eu l’occasion de voir le secteur des entreprises à impact évoluer complètement. De quelques entreprises atypiques en 2008, on est passé aujourd’hui à un vrai mouvement intergénérationnel, avec des grandes entreprises qui doivent se transformer sous peine de disparaître. C’est le grand écart par rapport à il y a 15 ans, quel est votre regard là-dessus ?

Laurence Méhaignerie : Attention à la sémantique ! Aujourd’hui, tout le monde veut faire de l’impact, mais c'est normal : qui ne veut pas avoir de l’impact ? Ensuite, qu'est-ce que c'est une démarche d'impact pour un investisseur ? Ce n’est pas uniquement mesurer son impact en aval. C'est avoir une stratégie d'investissement au départ. Nous, nous sélectionnons des entreprises dont on est convaincu qu'elles ont une finalité sociale ou environnementale qui est au cœur du business. On s'est un peu créé, de ce point de vue-là, en réaction ou en frustration par rapport à une  RSE qui était restée un peu en marge des Comex, des conseils d'administration, en marge des décisions stratégiques, une RSE qui n'était pas au cœur des stratégies et qui était marginale par rapport au business. 

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Est-ce que vous trouvez qu’il y a trop de communication de la part de certaines entreprises, alors qu’elles ne sont pas vraiment dans cette démarque d’impact que vous décrivez ?

C’est difficile de faire une généralité. Mais il est plus attractif de dire qu'on fait de l'impact plutôt que de dire qu'en fait, on a une politique de réduction de ses impacts négatifs, ce qui a des impacts très positifs in fine ! Donc, il y a un raccourci - je trouve - sur l'utilisation du terme d'impact, mais peut être fais-je aussi partie des puristes et des pionniers de cette démarche d’impact, mais je pense que ce serait dommage qu'il y ait une confusion complète. Et si demain BlackRock fait de l'impact, on changera de nom !

Comment vous y prenez-vous pour choisir les entreprises dans lesquelles vous investissez ?

Un résultat n'existe pas sans une ambition, une vision, une intention tout là-haut. Quand je dis tout là-haut, pour moi, cela veut dire au-dessus de la stratégie de l'entreprise. On a eu des cas où on avait une vraie mission, avec un impact non encore avéré. Mais on avait la conviction, avec la vision des dirigeants, qu’il y avait un vrai potentiel d'impact et qu'on allait pouvoir le construire. C'est le cas de Camif, par exemple. Ils avaient une vision extrêmement claire de ce qu'ils voulaient faire. Nous, on a cru dans ce timing. Et c'est maintenant, sept ans après notre investissement, que Camif est vraiment en train de recueillir les fruits de son positionnement engagé sur le meuble français, de qualité et avec une traçabilité forte. 

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Que dites-vous à celles et ceux qui ont envie d’agir, de s’engager mais qui ne savent pas comment ?

Il y a plein de façons s'engager ! Il y a une forme de lien aujourd'hui entre l'entreprise et l'association. Il y a des gens qui ont créé une association pour finalement créer ensuite une entreprise. Des gens qui ont créé une entreprise et qui auraiten pu créer une association. Donc, j'aurais tendance à dire que le monde associatif et le monde entrepreneurial se ressemblent de plus en plus parce qu'ils poursuivent de plus en plus des rêves et des enjeux de société. Et le monde associatif est de plus en plus entrepreneurial. Par nécessité, parce que l'État, les finances publiques, ne sont plus là pour apporter autant d'assurance aux associations qu'avant. J'aurais tendance à dire que les deux projets peuvent être extraordinaires et j'ai aussi envie de vous dire qu’à l’intérieur des grandes entreprises, il y a aussi des projets intrapreneuriaux qui sont passionnants. 

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