Épisode 18 - Pour l'écrivain algérien Yasmina Khadra, "les réseaux sociaux c'est donner le bâton à ceux qui ne rêvent que de vous tabasser"

Les gens qui lisent sont plus heureux

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#PODCAST - Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux

LIVRES - C’est l’un des écrivains majeurs du monde arabe depuis plus de 30 ans. A l’occasion de la sortie de son dernier roman, "L’outrage fait à Sarah Ikker" (Editions Julliard), l'Algérien Yasmina Khadra est l’invité du podcast "Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux".

Et si, à l’heure où les réseaux sociaux vampirisent nos cerveaux, prendre le temps de lire un livre était un acte de résistance ? "Les Gens Qui Lisent Sont Plus Heureux", c’est un podcast consacré à la passion de la lecture, sous toutes ses formes, sans préjugé. A chaque épisode, je pars à la rencontre d’une personnalité qui partage avec nous sa passion des livres. Et bien plus encore !


Dans cet épisode, mon invité est l’immense écrivain algérien Mohammed Moulessheoul, 64 ans, plus connu du grand public sous le pseudonyme féminin de Yasmina Khadra. Un personnage au destin hors norme qui m’a donné rendez-vous dans un café de la Porte Maillot, son quartier général à Paris, par une après-midi pluvieuse du mois de juin, quelques jours avant de retrouver son pays pour l'été...

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"Morituri", "Les Hirondelles de Kaboul", "L’Attentat", "Ce que le jour doit la nuit"… Ces romans qui ont fait le tour du monde sont l’œuvre d’un homme qui a dû se battre pour assouvir sa passion de la littérature. Contre le destin quand son père décida de l’envoyer à l’école militaire, à l’âge de 9 ans. Contre sa hiérarchie qui voyait d’un mauvais œil sa passion pour les mots. Contre les préjugés lorsqu’il révéla en 2001 qui était l’homme qui se cache derrière ce pseudonyme composé des deux prénoms de son épouse.

 

Quelques mois après "Khalil", dans lequel il se mettait dans la peau de l’un des terroristes du 13 novembre 2015, Yasmina Khadra embarque le lecteur au Maroc, à Tanger, avec son dernier roman, "L’outrage fait à Sarah Ikker" (Editions Julliard). Cette ode à une cité qui fascine depuis des millénaires prend la forme d’un polar urbain, nerveux, et profondément humain. On y suit l’enquête menée par le lieutenant de police Driss Ikker, sous le choc après l’agression sexuelle dont a été victime sa compagne… 

Sur son nouveau roman

"J’étais au Salon du livre de Tanger, il y a quelques années, et des dames m’avaient demandé d’écrire quelque chose sur leur ville. C’est ce que j’essaie de faire aujourd’hui avec ce qui sera, j’espère, une trilogie consacrée à cette ville mythique que beaucoup de gens méconnaissent et qui a quand même une histoire assez enthousiasmante pour un écrivain. Elle est l’épopée, la débâcle, la conquête. Son port est le vivier de tous les imaginaires. Comme son histoire m’échappe, j’essaie de l’inventer à travers mes textes."

Sur son approche du polar

"A quoi ça sert d’écrire un polar à l’occidentale, avec un meurtre et tous les clichés du genre ? Il me fallait un prétexte pour convoquer notre époque et raconter comment est perçue la femme aujourd’hui au Maghreb. Je voulais aussi interroger la notion de couple dans une communauté. Est-ce qu’il a droit à son intimité, à son intégrité ? Est-ce qu’il a droit à sa vie privée ? Ce que je voulais, c’est écrire un roman qui s’articule autour d’une enquête conjugale."

Sur le bonheur que procure la lecture

"J’ai dit un jour que la fiction me venge de l’affliction du réel. Pour moi, le livre est un refuge. Quand on est en train de lire, on est en train de se découvrir. De se restituer à soi. On croit suivre la vie d’un personnage mais en réalité on est en quête névrotique de soi-même. Un personnage peut nous définir, nous situer par rapport à nos préjugés, à ce que nous croyons savoir, à ce que nous ignorons aussi. On se réinvente, on s’instruit, on apprend des choses. On comble pas mal de lacunes et on espère se réconcilier avec les coups bas de la vie."

Sur son amour de la langue française

"Je n’ai pas étudié la langue française, je ne suis pas Académicien. Mais je l’ai aimée. Et cet amour me prouve qu’on peut conquérir tous les espaces et les retranchements qu’elle renferme. J’ai commencé à écrire en français à l’âge de 14 ans. Auparavant j’écrivais en arabe, de la poésie, parce que je voulais devenir poète. Je ne m’intéressais pas au français. C’est grâce à un professeur que j’ai découvert la magnificence de votre langue. Elle m’a adoptée, et ça a été une superbe rencontre, une idylle fantastique."

Sur son célèbre pseudonyme

"J’ai pris un pseudonyme parce que je ne voulais plus passer par le comité de censure que l’armée m’imposait. Je l’ai choisi dans un moment très difficile, alors que je n’étais pas sûr de survivre à la guerre que je menais contre le GIA (Groupe Islamique Armé) et l’AIS (Armée islamique du salut). J’étais absolument certain de mourir. J’avais perdu mes plus proches collaborateurs, mes chefs, mes subordonnés. Et tous ce que je voulais, c’est laisser quelque chose à mes enfants. Un témoignage, la trace d’un père qui s’est battu et qui voulait expliquer pourquoi et contre qui."

Sur l’univers des réseaux sociaux

"J’utilise Facebook pour annoncer mes rencontres avec les lecteurs, pour annoncer mes livres, de temps en temps réagir à l’actualité, surtout en ce moment avec l’Algérie qui essaie de se réinventer des repères probants. Mais vous savez si vous voulez être vous-même, il faut vous regarder dans une glace, pas dans les yeux des autres. Parce que la seule personne qui peut vous mentir, c'est vous-même. Les réseaux, c’est s’exposer, donner le bâton à ceux qui ne rêvent que de vous tabasser."

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