Assassinat de Samuel Paty : Twitter et Facebook convoqués, le rôle des réseaux sociaux en question

Assassinat de Samuel Paty : Twitter et Facebook convoqués, le rôle des réseaux sociaux en question
Police

EMBALLEMENT - Le rôle des réseaux sociaux - Facebook, Twitter, Youtube et Whatsapp - est au coeur de l'enquête sur l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire décapité vendredi dans les Yvelines. Les géants du numériques sont convoqués mardi par Marlène Schiappa.

Tout a commencé par une vidéo virale sur les réseaux sociaux. Et c'est là aussi que tout s'est terminé, avec le partage d'une photo ensanglantée. Le récit des faits qui ont amené à la mort, ce vendredi 16 octobre, de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine est ponctué de publications, de commentaires, de partages, que ce soit sur Facebook, Youtube, Twitter ou WhatsApp. Une omniprésence qui intéresse les enquêteurs, embarrasse certaines associations musulmanes et inquiète le gouvernement. Si bien que l'Intérieur a convoqué mardi prochain les patrons des géants du numérique, qui devront s'expliquer sur leurs responsabilités éventuelles.

Du petit collège de la banlieue parisienne à l'islamosphère

Comme le résume une jeune élève du collège du Bois d'Aulne : "Pourquoi en avoir parlé sur les réseaux sociaux?" Car c'est là que cette histoire, qui aurait dû rester une affaire interne au collège, s'est diffusée.  Et s'est altérée. La caricature du prophète devient un "photo d'un homme nu", le cours d'éducation civique et morale se transforme en "diffusion d'image pornographique" et un professeur attaché à la liberté d'expression est décrit comme un "islamophobe". Le dénouement est tragique. "Ça a donné des envies vraiment horribles à certaines personnes", résume la jeune femme au micro de TF1, comme une évidence. 

Et dans cette affaire, chaque participant semble avoir joué un rôle. A l'image de ce parent d'élève, qui a tenté de mobiliser les autres parents contre le professeur.Ou d'Abdelhakim Sefrioui, cet islamiste radical qui a appelé à sanctionner l'enseignant. En réalisant des vidéos, dès le 8 octobre, afin de diffuser leur message, tous deux connaissaient forcément l'importance des réseaux sociaux. En garde à vue, les deux hommes nient cependant toute responsabilité dans l'attentat.

 

Après avoir été partagée dans des conversations WhatsApp, la vidéo du père qui s'insurge contre ce "voyou" atterrit sur la page Facebook de la Grande Mosquée de pantin le 9 octobre. Suivie par plus de 95.300 personnes, elle donne de la visibilité à la séquence. En tout, elle provoque plus de 400 réactions et autant de commentaires. Si la vidéo a été supprimée dans la nuit de vendredi à samedi, M’hammed Henniche, président du futur lieu de culte, "confirme" auprès de Libération. Il explique l'avoir reçue par "au moins une dizaine de personnes". "Cela circulait beaucoup, notamment à travers des groupes WhatsApp", se remémore-t-il auprès de nos confrères, tout en réfutant avoir démultiplié son audience. 

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Les réseaux sociaux grossissent "à la loupe"

Toujours est-il que la vidéo continue d'être diffusée. Jusqu'à être postée sur Twitter par un compte anonyme. Derrière le pseudo "@archimaths", un homme dit avoir appelé "ce frère" qui lui confirme le récit. Lançant le hashtag "prof_islamophobe", il popularise l'affaire. Chaque tweet est partagé une vingtaine de fois. En commentaires, les noms du collège et du professeur circulent. Et attirent l'œil d'un certain Abdoullakh Abouyezidovitch. Comment, sinon, comprendre que ce jeune homme qui habite Evreux, à une centaine de kilomètres de là, ait eu vent de cette affaire? D'autant plus qu'il est très actif sur le réseau social. Sous le pseudo @tchetchene_270, désormais supprimé par Twitter, il multiplie les débats autour de l'islam. Des discussions en ligne où il tient des propos inquiétants et fanatiques. Comme le relève Mediapart, des internautes ont repéré et signalé le compte dès le 30 août dernier, notamment à cause d'un montage photo d'une décapitation. La Licra s'était elle aussi emparée du sujet le 27 juillet dernier en signalant le compte à cause d'un tweet "à caractère antisémite". Depuis, le compte faisait l'objet de plusieurs signalements auprès de Pharos, la Plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements.

Preuve de l'importance que ce jeune Russe tchétchène de 18 ans accordait aux réseaux sociaux, il avait prévu d'y diffuser sa sordide attaque. Le procureur du parquet national antiterroriste (PNAT), Jean-François Ricard, a en effet expliqué que les enquêteurs avaient retrouvé dans son téléphone portable le texte de revendication envoyé sur Twitter. Il avait été écrit à 12h17. 

Alors est-ce-que, comme se défend M’hammed Henniche, "personne ne pouvait imaginer, le 9 octobre (...), que cela se terminerait par cet assassinat"? En tout cas, le phénomène n'est pas nouveau. Selon Laurent Nuñez, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste, c'est "notamment sur les réseaux sociaux" que les mouvements islamistes "minoritaires", cherchent à "convaincre les musulmans que la France serait un pays islamophobe". Analyse corroborée par une source proche du gouvernement. Interrogée par l'AFP, elle pointe du doigt le rôle "des messages de haine sur les réseaux sociaux qui abreuvent des jeunes". De nombreux enquêteurs, policiers et magistrats, sont quant à eux convaincus que l'attentat n'aurait pas eu lieu sans la campagne de dénigrement orchestrée sur les réseaux sociaux.

Les institutions religieuses sont elles aussi embarrassées. Et pointent du doigt ce phénomène. Le recteur de la mosquée de Lyon, également président du Conseil des mosquées du Rhône, a ainsi estimé qu'internet avait une grande part de responsabilité. "Les réseaux sociaux grandissent à la loupe ce qui se passe et donnent une vision déformée. On a manipulé l'enseignement de ce professeur pour en faire quelque chose qui mériterait la mort", a ainsi regretté le dignitaire musulman lors d'un entretien avec l'AFP. 

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Alors que la responsabilité de chacun de ces acteurs doit encore être déterminée par l'enquête, celle des réseaux sociaux a refait irruption dans l'agenda politique du gouvernement. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a ainsi souligné ce dimanche la "responsabilité" de ceux qui ont participé à ce "lynchage public"  et celle des réseaux sociaux. Remarquant que "les choses ont démarré sur les réseaux sociaux et se sont terminées sur les réseaux sociaux", il appelle à "mieux les encadrer". Si les géants du web ont les moyens techniques pour lutter contre ces contenus haineux, reste encore à savoir pourquoi certains passent encore les mailles du filet. Ils devront s'en expliquer place Beauvau. Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, a convoqué les patrons des réseaux sociaux mardi. 

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