Attaque à la préfecture de police de Paris: deux missions d'évaluation des agents de la lutte antiterroriste

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

SÉCURITÉ - Le Premier ministre annonce dans le Journal du Dimanche le lancement de deux missions sur la détection d'éventuels signes de radicalisation d'agents chargés de la lutte antiterroriste. Cette annonce intervient après l'attaque commise il y a trois jours sur l'île de la Cité. Samedi, le procureur national antiterroriste avait évoqué "le contexte de radicalisation latente" de Mickaël H., informaticien à la direction du renseignement à la préfecture de police et auteur présumé des assassinats et de la tentative d'assassinat.

"Une tenue traditionnelle pour se rendre à la mosquée", des "contacts avec  individus 'susceptibles d’appartenir à la mouvance islamiste salafiste'", "le souhait de ne plus avoir certains contacts avec les femmes," la "justification, auprès d’un contact de travail des attentats  commis dans les locaux du journal Charlie Hebdo en 2015"... Samedi, à l'occasion d'une conférence de presse, Jean-François Ricard, procureur de la République antiterroriste a expliqué pourquoi tout laissait à penser aujourd'hui que Mickaël H., auteur présumé de l'attaque à la préfecture de police de Paris le 3 octobre 2019 avait "adhéré à une vision radicale de l’islam" 

Pourtant, sur le papier, aucune trace d'un quelconque signalement, aucune mesure de prise... Alors que le ministre de l'Intérieur est pointé du doigt après avoir affirmé dans l'heure qui a suivi l'attaque que cet adjoint administratif n'avait "jamais présenté de difficulté comportementale", ni "le moindre signe d'alerte", deux missions sur la détection d'éventuels signes de radicalisation d'agents chargés de la lutte antiterroriste vont être lancées, comme annoncé par le Premier ministre Edouard Philippe dans Le Journal du Dimanche, ce 6 octobre.

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Des résultats attendus dès la fin du mois

La première des deux missions confiées à l'Inspection générale du renseignement concerne la DRPP, où travaillait l'assaillant depuis 2003. Les résultats sont attendus dès la fin du mois. "Elle dira, d’une part, si les outils de détection et de signalement étaient en place à la DRPP et s’ils ont bien fonctionné", explique Edouard Philippe. Elle devra aussi "vérifier si, au cours des années que l’auteur des faits a passées à la DRPP, en particulier celles qui auraient été concernées par un processus de radicalisation, les outils et procédures de détection et de signalement étaient en place, s’ils ont été convenablement mis en œuvre (...) et s’ils ont donné lieu à des réactions appropriées", a ajouté Matignon dans un communiqué.

La seconde mission, qui doit rendre ses conclusions d'ici à la fin de l'année, visera l'ensemble des services de renseignements associés à la lutte antiterroriste. "J’ai demandé qu’elle mène une revue en profondeur des procédures de détection, de signalement et de traitement des processus de radicalisation dans l’intégralité des services de renseignement impliqués dans la lutte contre le terrorisme", précise  le chef du gouvernement, en assurant : "le tamis va être très fin".

Les deux missions doivent aboutir à des propositions de remise à niveau des procédures de détection de la radicalisation au sein des services de renseignements.

"Pas de risque zéro"

Concernant le cas de Mickaël H. et d’éventuelles failles, Edouard Philippe n'élude pas la question et admet que c’est"évidemment une question centrale". "On me dira que le risque zéro n'existe pas, c'est vrai, mais c'est notre responsabilité de ne jamais accepter d'éventuels défauts et de toujours resserrer les mailles du filet", affirme-t-il. "Pour tous les services de renseignement, la détection des menaces internes est une priorité absolue. En particulier, aucun signal de radicalisation ne peut être méconnu ni rester sans réponse", a ajouté le Premier ministre. 

Pourtant, selon des policiers, l'attitude suspecte de Mickaël H. avait été signalée dans le passé. "Des policiers, sous couvert de l'anonymat, évoquent en effet des pressions sur des membres de la DRPP pour ne rien révéler des alertes passées sur le comportement de l'adjoint administratif. Quelques-uns en ont fait état à la Crim', refusant que leurs propos soient consignés sur procès-verbal", relate Le Parisien. 

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Suivis pour radicalisation

Le service national des enquêtes administratives de sécurité a réalisé "plus de 300.000  enquêtes en 2018", détaille Edouard Philippe dans le JDD précisant que "dans la police, ces dernières années, une vingtaine de situations ont donné lieu à des mesures pour écarter des personnes dont le comportement n’était pas compatible avec leurs fonctions".

En juin dernier, trois mois avant l'attaque perpétrée le 3 octobre dans l'enceinte de la préfecture de police de Paris, un rapport d'information sur les services publics face à la radicalisation avait été présenté en juin dernier à l'Assemblée nationale.

Cité dans le rapport, Éric Morvan, le directeur général de la Police nationale, faisait savoir que sur un effectif de 150 000 fonctionnaires de la Police nationale, 28 faisaient au mois de juin 2019 l’objet d’un suivi pour radicalisation. Concernant la préfecture de police de Paris, touchée en son coeur le 3 octobre, Michel Delpuech, qui la dirigeait jusqu'en mars dernier, indiquait, lui, que ses services de renseignement avaient recensé une quinzaine de signalements (sur plus de 43 000 agents). Parmi eux, une dizaine l'était pour des suspicions de comportements radicalisés et quatre ou cinq pour des contacts avec des milieux radicalisés.

Invité sur le plateau de LCI samedi matin, le député (LR) Eric Diard, co-rapporteur de ce rapport à l'Assemblée nationale a déclaré : "La question est : ’Comment un type comme cela a-t-il pu passer à travers les écrans radars ? Alors on peut se dissimuler, mais on apprend maintenant qu’il aurait fait l’apologie du terrorisme en se réjouissant de l’attentat de Charlie Hebdo. À partir de là, une telle personne ne peut plus exercer à ce poste." 

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DES CHIFFRES SUR LA RADICALISATION

Une faille que l'enquête devra permettre d'expliquer. Les investigations ont été confiées à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire de Paris, la sous-direction antiterroriste de la direction centrale de la police judiciaire et la Direction générale de la sécurité intérieure en co-saisine. 

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