Chevaux mutilés en série : "Il y a une psychose"

Chevaux mutilés en série : "Il y a une psychose"
Police

ENQUÊTE - Marianne Dutoit, présidente de la Fédération nationale du cheval, revient sur les événements qui surviennent depuis plusieurs mois dans le monde équin. Une vingtaine de chevaux ont en effet été mutilés dans différents départements. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes. Les auteurs, eux, sont toujours recherchés.

Pas de menaces, pas de revendications, pas d'interpellations et des animaux qui continuent à être pris pour cible. Depuis des mois, le monde équin est frappé par un nouveau phénomène, particulièrement cruel. Plusieurs chevaux ont été en effet retrouvés morts ou grièvement blessés par leur propriétaires après avoir fait l'objet de mutilations diverses : yeux "prélevés", oreilles coupées, membres blessés, les exemples sont nombreux et terrifiants. 

Pas plus tard que le week-end dernier, deux juments ont subi des mutilations dans le Jura, quelques jours seulement après qu'un pur-sang a été retrouvé égorgé en Bretagne. Ce mardi 25 août, le procureur de la République de Lons-le-Saunier a fait état d'une nouvelle attaque à Courlans, avec un mode opératoire similaire. 

Marianne Dutoit, présidente de la Fédération nationale du cheval , évoque auprès de LCI ces terribles événements et fait part de la psychose grandissante chez les éleveurs et les agriculteurs français.

Depuis quand avez-vous entendu parler de ces violences en série commises sur des chevaux ? 

Malheureusement, il y a toujours eu des violences sur les animaux. Là, les événements sont vraiment particuliers. Il y a une loi des séries depuis plusieurs mois, qui ne visent pas les animaux en général mais vraiment les équidés, et plus spécifiquement encore les chevaux. Depuis cet été, ces agressions à répétition sont montées en puissance et se sont rapprochées dans le temps. C'est pour cela que nous avons décidé, côté Fédération nationale du cheval et Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) d'en parler le moins possible. 

Pourquoi ne souhaitez-vous pas que ces affaires soient désormais médiatisées? 

Comme pour de nombreux sujets, on a vraiment l'impression que plus les personnes en parlent sur les réseaux sociaux, plus les incidents se répètent. Il y a une forme de surenchère, de défi peut-être. Du coup, nous avons fait le choix d'informer nos adhérents, et de moins communiquer sur les différents cas publiquement. Car à chaque fois qu'il y a eu un cas dans un département, peu après, de nouvelles mutilations ont eu lieu dans un département limitrophe. 

Qu'avez-vous conseillé à vos adhérents? 

Nous les avons alertés sur ce qu'il se passait, sur la recrudescence des équidés retrouvés mutilés partout en France. Nous avons demandé aux agriculteurs, détenteurs d’équidés d'être vigilants vis-à-vis de comportements inappropriés ou suspects, et d'aider les gendarmes dans les enquêtes qui ont été ouvertes dans différents départements. Les personnes qui ont des informations doivent absolument alerter les autorités. En cas de constat d'acte de violence sur un animal, les propriétaires ou témoins doivent immédiatement prévenir les forces de l’ordre en évitant d’effacer ou de toucher les éléments pouvant servir de preuve, s'ils le peuvent, ils doivent prendre des photos et bien sûr porter plainte. 

Dans quel état sont actuellement les éleveurs, propriétaires de chevaux et agriculteurs? 

Il y a une psychose parce que les actes se sont multipliés et ils sont particulièrement cruels. Des chevaux morts ou vivants ont été massacrés, torturés. Il n'y a pas de revendication, pas de corbeau, pas de menaces, pas d'interpellation. Chaque personne possédant un équidé se dit que cela peut arriver à son animal, qu'il va se réveiller un matin et le trouver agonisant ou décédé, ça n'a rien de rassurant. 

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Plusieurs enquêtes ont été ouvertes dans différents départements. L'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique les centralise. Qu'en attendez-vous ? 

D'abord, qu'elles mettent un terme à la souffrance des ces animaux. Ensuite, pour que le ou les auteurs soient punis. Enfin, pour que les éleveurs, agriculteurs et aux propriétaires de chevaux puissent se remettre psychologiquement avec, souvent, un suivi nécessaire, et financièrement. Le monde équin a été frappé durement par la crise sanitaire. Les clubs ont été fermés, le tourisme équestre a été très bas cet été notamment parce que les étrangers ne sont pas venus en vacances dans l'Hexagone. Remonter la pente pour tous ces gens est difficile aujourd'hui. Se trouver face à des actes de cruauté comme ceux que l'on constate aujourd'hui n'arrange rien et entretient un climat de terreur. Il faut que cela cesse.

Croyez-vous que ces mutilations soient le fait d'une seule personne?

Cela semble impossible. Les violences ont lieu sur tout le territoire. Par ailleurs, les chevaux sont massifs. Attraper un cheval, le maîtriser, n'est pas simple. On a parlé de rituels sataniques, je ne peux absolument pas confirmer cette thèse. Nous n'excluons pas la possibilité d'un jeu idiot et cruel, le délire de personnes qui ont mal vécu le confinement, l'acte gratuit ou le défi comme je l'évoquais précédemment. Aujourd'hui, tout est possible mais une chose est sûre, il faut que cela cesse et que les agresseurs soient interpellés.  

La FNSEA a créé une adresse email dédiée pour les personnes concernées par ces faits, elles peuvent lui écrire au : StopAgribashing@reseaufnsea.fr

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