Cimetière juif profané en Alsace : "J'ai sorti ma lampe torche, j'ai vu des croix gammées un peu partout"

Police

TEMOIGNAGE - Hugues, 47 ans, habite à Quatzenheim en Alsace. C'est lui qui a découvert, mardi matin, à l'aube, les croix gammées profanant les 96 tombes du cimetière juif. Il raconte.

Voici quinze ans qu'il s'occupe d'ouvrir et de fermer la porte du cimetière de Quatzenheim à celles et ceux qui souhaitent s'y recueillir. Un complément de salaire pour ce quadragénaire, dont le métier principal est de vérifier les extincteurs. "Jamais je n'avais vu cela, vous vous en doutez", raconte-t-il à LCI. "Il y a quelques années une étoile juive avait été dessinée sur le mur d'enceinte, ainsi qu'une inscription. Je ne me souviens pas de ce qui était écrit. Tout avait été très vite effacé... Voilà, c'était pas la même ampleur", nous confie-t-il au lendemain de la profanation de 96 tombes de ce cimetière juif situé en Alsace. 

Ce mardi 19 février, Hugues était parti promener son chien, Néo, comme il le fait tous les jours. Il ne s'attendait bien sûr pas à une telle découverte et n'a pas su vraiment comment réagir sur le moment.

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"Je me suis dit : c'est pas bon signe"

"Il était 6h15 environ. Je faisais mon petit tour habituel, avec le chien. En passant devant le portail du cimetière, j'ai vu la première inscription. Une croix gammée. Là je me suis dit : c'est pas bon signe. J'ai continué mon petit tour. Il faisait nuit. J'ai sorti ma lampe torche, j'ai regardé dans le cimetière, et là, j'ai vu qu'il y avait des croix gammées un peu partout, notamment sur les grandes stèles." 

Hugues prend quelques photos, et rentre chez lui pour avertir tout de suite son responsable ainsi que l'adjointe au maire. "J'ai envoyé un mail, pour dire qu'il y avait ces inscriptions dans le cimetière. Et j'ai mis les photos des croix gammées dans le mail", raconte-t-il. Dans le même temps, sa voisine a contacté la gendarmerie. "Très vite, les forces de l'ordre sont arrivées, avec des experts, pour faire les constatations", poursuit Hugues . 

"Le portail n'a pas été forcé"

Hugues indique que le "portail du cimetière n'a pas été forcé". "Coté route il y a un mur en grès, sur la partie arrière, il y a un grillage qui est assez tentant, rouillé, qui donne sur un pré. Je suis sûr que les malfaiteurs sont passés par là, par l'arrière du cimetière, du côté des champs". 

Comme la plupart des habitants de Quatzenheim, il exclut presque catégoriquement que les habitants de la commune soient à l'origine de la profanation. "Ici tout le monde se connait. C'est pas le genre des habitants", assurait mardi à LCI une employée de la mairie. Hugues pense la même chose. "Pour moi, ce ne sont pas des gens d'ici. A mon avis, ils étaient au moins deux. Pour plusieurs raisons : les croix ont été réalisées en deux couleurs, du jaune et du bleu. Les personnes ont fait cela, je pense, très vite, pour ne pas se faire coincer, et ont choisi les tombes de façon aléatoire. Celles qui ont été profanées suivent un alignement..."

"Une cinquantaine de personnes par an"

Selon Hugues, une soixantaine de personnes se rendent chaque année dans le cimetière juif de Quatzenheim, principalement lors des fêtes religieuses. "Il y a aussi quelques curieux, qui le regardent par dessus le muret".  

Une entreprise devait passer ce mercredi pour effacer les croix gammées, ainsi que l’inscription en alsacien "Elsassisches Schwarzen Wolfe" ("Les Loups noirs alsaciens"), référence possible à un ancien groupuscule local, retrouvées dans le cimetière. Une enquête en flagrance a été ouverte par la justice et confiée à la section de recherches (SR) de la gendarmerie de Strasbourg. La piste de l'ultra-droite était sérieusement envisagée. 

Emmanuel Macron s'était rendu sur place mardi après-midi. "On prendra des actes, on prendra des lois et on punira", a-t-il promis. Accompagné du grand rabbin de France Haïm Korsia et du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le président s'est entretenu avec de nombreux habitants du village et membres de la communauté juive, bouleversés. "Ceux qui ont fait ça ne sont pas dignes de la République, elle les punira", a-t-il insisté, alors qu'un villageois lui disait: "on est touché au coeur".

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