Écusson du BOPE, une unité de police militaire brésilienne, porté par un policier à Marseille : que s'est-il passé ?

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À LA LOUPE - Des images d'un policier arborant l'écusson du BOPE, un groupe d'intervention d'élite brésilien - décrié par des ONG pour ses méthodes violentes - circulent sur les réseaux sociaux. Dans quel contexte ont-elles été prises ? Que dit la loi ? Et que risque cet agent ? LCI revient sur le déroulé des faits.

"Stupeur.  À Marseille, dans le quartier Maison Blanche, les images de l’opération de police d’hier montrent un officier avec le logo du BOPE, un bataillon de police militaire du Brésil notamment mis en cause par Amnesty International pour atteinte aux droits humains", s'est indigné Jean-Luc Mélenchon sur Twitter le 31 août. Il accompagne son commentaire d'une photo, un plan serré sur ce qui semble être un uniforme de police. 

Sur le gilet figure un large écusson : un cercle rouge et jaune entourant une tête de mort, "plantée" d'un couteau et de deux armes à feu et l'inscription BOPE - OPERAÇOES ESPECIAS.  D'autres internautes, choqués, ont relayé ce week-end différentes images et vidéos, avec des plans plus large, dévoilant le visage du policier arborant cet écusson.

Ce mardi 3 septembre, la page Facebook de Cerveaux non disponibles a relayé une des vidéos, engendrant en à peine 4 heures, plus de 18.000 vues et contribuant à médiatiser davantage l'événement. Il s'agit d'un court extrait d'une vidéo de 2'30 postée sur Youtube le 1er septembre par Thinker Acts.

L'écusson en question est bien celui du BOPE. Ce groupe d'intervention brésilien de la police militaire de l'Etat de Rio - rendu célèbre par le film "Tropa de Elite" - est régulièrement critiqué par les ONG de défense des droits de l'Homme à l'image d'Amnesty International, comme l'indiquait le chef de file de la France Insoumise. L'ONG pointe du doigt "les méthodes violentes et répressives" de l'escadron et indique dans un rapport de 2016 que les policiers ont tué plus de 2 600 personnes dans la seule ville de Rio.

Revenons à notre vidéo : elle montre un policier tenter de pénétrer dans un bâtiment, tandis que de nombreux habitants lui bloquent le passage. L'agent explique qu'il possède "un mandat d'officier de police judiciaire" et qu'il n'a "pas besoin de papier" pour entrer. Questionné sur cet écusson polémique, il ne répond pas et repousse l'objectif de la caméra.

La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a authentifié la vidéo. Elle nous confirme qu'il s'agissait d'une opération de police dans le quartier de la Maison Blanche dans le 14ème arrondissement de Marseille. "Une opération de police a été programmée le 27 et 28 août dans le cadre d'un trafic de stupéfiants", nous indique-t-on. La vidéo a été tournée lors du deuxième jour de l'opération, le 28 août.

Si l'écusson placé en haut à gauche du gilet pare-balles est bien un écusson réglementaire, le second, placé sur le velcro du gilet, est lui "fantaisiste", reconnait un policier - lui même concepteur d'écussons pour diverses unités de forces de l'ordre - que nous avons interrogé. Or, "il est strictement interdit de reprendre un écusson d’une police étrangère", souligne-t-il. Les agents en service n'ont par ailleurs pas le droit "d’afficher une appartenance religieuse ou de idéologique". 

Au delà de ces interdictions, si des écussons non "officiels" peuvent être arborés "pour une occasion précise ou pour rendre hommage", il est dans tous les cas interdit de les porter sur les uniformes. Ceux-ci doivent être limités aux affaires personnelles.

"Sa hiérarchie lui a demandé de le retirer le jour-même", souligne-t-on à la Préfecture et la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) a lancé une enquête administrative ce lundi, après avoir appris l'affaire par "les renseignements" et évidemment "les réseaux sociaux". Cette enquête interne doit notamment déterminer si l'officier portait cette insigne avec l'accord de sa hiérarchie ou à son insu.

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Une mise à pied attendue

Sans attendre les conclusions de l'enquête, la préfecture estime que le policer incriminé sera sanctionné à minima d'une mise à pied. D'autant plus que d'autres éléments ont irrité l'institution. La situation dans ce quartier de Marseille est particulièrement tendue, depuis qu'un incendie a ravagé un des immeubles et conduit à l'évacuation de 24 familles. Le collectif des habitants de la Maison Blanche se montre très mobilisé et réclame une réaction de la commune et une prise en charge des sinistrés. Or des membres du collectif était présents lors de l'intervention policière. 

La préfecture nous indique que le policier a lancé à certains habitants : "Vous êtes dans le collimateur du préfet". De quoi mettre de l'huile sur le feu. "Ce n'est pas le cas, assure la préfecture, ce sont bien les dealers qui étaient visés par l'opération de police. Nous n'avons aucun conflit avec le collectif et les habitants du quartier. Il n'avait pas à se prétendre porte-parole du préfet."

D'après ce collectif, trois femmes dont deux membres du collectif ont par la suite été placées en garde à vue. La préfecture de police reconnait que quatre personnes dont trois femmes ont été interpellées, ils auraient fait obstruction à l'intervention des agents de police et permis à un homme suspecté de trafic de drogue de s'enfuir.

Ce n'est pas la première fois qu'un policier arbore un sigle du BOPE. Le 2 août dernier, un policer était apparu vêtu d'un tee-shirt floqué du logo de cette police militaire brésilienne, à Paris lors d'un rassemblement contre les violences policières, à Paris,  devant les locaux de l'IGPN. Mais contrairement à l'officier marseillais, il n'était pas en service. Selon nos confrères de France Bleu, il n'a d'ailleurs pas été sanctionné.

D'autres cas polémiques ont été pointés du doigt par le passé : en 2016, lors de manifestations contre la loi Travail, un policier arborait le logo du Punisher, sur sa matraque. En 2018, ce même logo apparaissait sur l'uniforme d'une agent de la police munipale de Menton, comme le dévoile le tweet ci-dessus. Plus récemment, une enquête administrative avait été ouverte à l'encontre d'un policier portant une cagoule à l’effigie d'une tête de mort, rappelant le jeu vidéo Call of Duty.

Un capitaine de gendarmerie contacté par LCI reconnaît que des agents ont pu porter des insignes sortant du cadre réglementaire et déontologique : "Ce que l'on voit parfois ce sont des références à des jeux, des unités , des devises qui évoquent un mythe guerrier. On reste dans la symbolique, l'évocation, c'est utilisé des part et d'autre de l'échiquier du 'policier et du voleur' un peu comme les codes des gangs - tatouages, code vestimentaires (...) mais il faut en dominer la portée." Et ces écussons ou logos "doivent disparaître en service", ajoute-il.

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