Attaque de Condé-sur-Sarthe : la troisième garde à vue levée, Michaël Chiolo toujours hospitalisé

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ATTENTAT - Après l'attaque terroriste de surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, le détenu radicalisé Michaël Chiolo a été hospitalisé sous haute surveillance. L'agression a relancé la polémique sur les failles de sécurité dans dans les établissements pénitentiaires et déclenché la colère des surveillants dans toute la France. Suivez les dernières informations.

Michaël Chiolo a-t-il prémédité son geste ? A-t-il d'autres complices, que sa compagne, Hanane Aboulhana, tué dans l'assaut du Raid ? De nombreuses questions restent suspens après la double tentative d'assassinat à caractère terroriste au cours de laquelle deux surveillants ont failli perdre la vie, mardi à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) . Voici les dernières informations sur cette enquête.

Le déroulé de l'attaque et de l'assaut du Raid

Vers 9h45, mardi 5 mars, Michael Chiolo et sa compagne Hanane Aboulhana, 34 ans, se trouvent dans l'unité de vie familiale. La jeune femme simule un malaise pour faire venir les gardiens. Selon les premiers éléments, c'est elle qui a fait entrer les deux couteaux en céramique dans l'établissement. Dès leur entrée dans l'UVF, les deux gardiens sont attaqués.  Âgés d'une trentaine d'années, ils sont grièvement blessés au visage et au thorax. D'après Philippe Devique (UFAP-Unsa), l'un des surveillants, blessé au thorax, "est sorti du bloc opératoire et est maintenant en convalescence, sous le choc à la fois de l'opération et de l'agression sauvage". Le deuxième "est assez gravement blessé au visage et psychologiquement très perturbé". Selon nos informations, le premier a dû être opéré de nouveau ce mercredi tandis que le second se remet lentement. Leurs jours ne sont pas en danger.


Après l'attaque, Michaël Chiolo s'est retranché - toujours avec Hanane Aboulhana, cette dernière indiquant même qu'elle porte une ceinture d'explosifs. Celle-ci s'avèrera finalement factice. Ce n'est qu'en fin de journée que le contact direct a pu être établi avec l'assaillant par le Raid, car il y avait "des opérations à conduire avant d’entrer directement en contact" avec l'assaillant, a précisé Nicole Belloubet. Un autre détenu était en effet présent dans l'UVF et a dû être exfiltré avant l'intervention du Raid.


À 18h45, plusieurs détonations ont été entendues dans la prison au moment de l'assaut du Raid. Deux hélicoptères de l'armée de terre étaient également posés à quelques dizaines de mètres de la prison, ainsi qu'un hélicoptère du Samu. Vers 19h40, le ministre de l'Intérieur a annoncé l'interpellation du détenu ainsi que sa compagne. La femme a succombé dans la soirée à ses blessures. Michaël Chiolo a été légèrement blessé dans l'assaut. Tous deux étaient munis d'armes blanches, selon une source proche de l'enquête. Le Raid suspectait la présence d'explosif après que les deux retranchés avaient évoqué la présence d'une ceinture piégée. Celle-ci s'avérera finalement factice. Selon nos informations, c'est la compagne du détenu qui portait cette ceinture factice.

Enquête ouverte pour acte terroriste

Une enquête de flagrance a été ouverte pour "tentative d'assassinat sur personnes dépositaires de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en vue de préparer des crimes d'atteintes aux personnes", a indiqué le procureur de Paris Rémy Heitz. Celui-ci a précisé que le détenu voulait "venger Cherif Chekatt" (l'auteur de l'attentat de Strasbourg) et que "les personnes ont signifié leur refus de se rendre, criant 'Allah Akbar' à plusieurs reprises", notamment au moment de se jeter sur les surveillants. Dans l'après-midi, la ministre de la Justice avait déjà affirmé que "le caractère terroriste de cette attaque ne fait aucun doute".


Trois personnes avaient été placées en garde à vue mardi soir, tandis que Michael Chiolo, hospitalisé sous haute surveillance, ne pouvait encore être auditionné. Selon nos informations, deux gardes à vue ont été levées vendredi matin, la troisième l'a été dans l'après-midi. 

Un profil radicalisé

Michaël Chiolo, 27 ans, était pourtant un détenu de droit commun. Il a été condamné à 30 ans de prison en juillet 2014 pour avoir séquestré, torturé et tué, avec deux complices, un octogénaire, ancien cheminot rescapé des camps nazis, dans le but de le voler. Converti à l'islam depuis 2010, il a été condamné en novembre 2015 à un an de prison pour apologie d'actes terroristes après avoir demandé à ses codétenus de "rejouer" l'attaque du Bataclan dans la cour de la maison d'arrêt de Mulhouse.


Connu pour sa radicalisation, surveillé par le renseignement pénitentiaire récemment mis en place, Michaël Chiolo est inscrit au fichier pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), qui compte 20.000 personnes. Selon nos informations, il a été incarcéré en même temps que Cherif Chekatt à la prison d'Épinal, pendant quelques mois entre 2014 et 2015, mais les deux n'ont pas été codétenus.


Le détenu avait déjà proféré des menaces à Besançon, pendant sa détention à la maison d'arrêt. En 2016, il annonçait qu'il voulait égorger un surveillant, d'après un témoignage recueilli par France Bleu Besançon.


La famille de la compagne de Michaël Chiolo a été entendue dans la nuit de mardi à mercredi par l'antenne de Mulhouse de la police judiciaire sans qu'aucune charge ne soit retenue contre aucun de ses membres, selon une source proche de l'enquête cité par l'AFP. Le domicile des parents de la jeune femme, tuée lors de l'assaut du Raid, a également été perquisitionné.

Des "défaillances" dans la fouille des visiteurs

"Il y a une série de questions qui vont devoir être traitées", a indiqué Nicole Belloubet. Notamment la question principale : comment Hanane Aboulhana a-t-elle pu introduire 2 couteaux en céramique dans l'établissement ?   "Lorsqu'une personne rend visite à un détenu, il passe sous un portique. Il n'y a de fouille que si le portique sonne", a précisé Nicole Belloubet qui a demandé une inspection générale de la justice. Le Premier ministre Edouard Philippe a estimé mercredi soir qu'il y avait probablement eu "une défaillance dans la fouille des visiteurs".

Colère dans les prisons

Plusieurs établissement pénitentiaires ont été bloqués mercredi en réaction à cette attaque terroriste. Jusqu'à 18 prisons ont été concernées par des blocages et 70 ont été touchés par des retards au moment des prises de services. Ce mouvement de protestation a été lancé par les syndicats CGT et FO et soutenu par l'UFAP-Unsa. FO entend poursuivre le mouvement : le syndicat a donné rendez-vous jeudi aux personnels mobilisés devant les prisons françaises.


Jeudi matin, l'établissement pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe était de nouveaux bloqué par des rassemblements de surveillants. Des blocages ont été recensés dans une dizaines d'établissements, dont Bois d’Arcy, Réau, ou encore Aix-en-Provence, mais ils ont été levés dans la matinée.

1600 détenus considérés comme radicalisés en France

Au 8 février, selon les chiffres de l'administration pénitentiaire, 500 détenus étaient incarcérés pour des faits de terrorisme, dont 350 sont déjà passés par les "quartier d'évaluation de la radicalisation" récemment mis en place. Parmi ces 500, on compte 152 "revenants" djihadistes (dont 20 femmes) passés par des zones de guerre. En plus de ceux-ci, environ 1100 détenus de droit commun sont jugés susceptibles d'être radicalisés, ce qui représente un total de 1600 détenus incarcérés considérés comme radicalisés.

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Sur ces 1600 détenus, environ 330 sont libérables en 2019. Une trentaine d'entre eux (dont quinze "revenants") sont actuellement incarcérés pour des faits de terrorisme et environ 300 sont incarcérés pour des faits de droit commun.

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