Aisne : la femme enceinte retrouvée en forêt a été tuée par "plusieurs morsures de chiens"

Femme morte tuée par des chiens : ce que l'on sait
Police

FAIT DIVERS - Elisa P., une femme enceinte âgée de 29 ans retrouvée samedi à proximité d'un sentier de la forêt de Retz, à Saint-Pierre Aigle (Aisne) est morte après avoir été mordue par plusieurs chiens. Une information judiciaire a été ouverte ce mercredi.

Elle avait appelé son compagnon au secours mais quand il est arrivé sur place depuis son lieu de travail, il était trop tard. Trois jours après le drame qui s'est déroulé à proximité d'un sentier de la forêt de Retz situé sur la commune de Saint-Pierre-Aigle, dans l'Aisne, l'autopsie réalisée à l’institut médico-légal a permis d'en préciser les circonstances. 

Dans un communiqué ce mardi, le procureur de la République de Soissons indique que "le décès de la jeune femme enceinte de 29 ans est survenu "entre 13 heures et 13 heures 30" samedi dernier, 16 novembre. Le magistrat précise que la mort de la victime avait "pour origine une hémorragie consécutive à plusieurs morsures de chiens aux membres supérieurs et inférieurs ainsi qu'à la tête, certaines morsures étant ante mortem et d'autres post mortem". 

Dans un nouveau communiqué publié ce mercredi, le magistrat annonce qu'une information judiciaire est ouverte "contre X du chef d'homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement résultant de l'agression commise par des chiens".

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Le jour de son décès, Elisa P. était partie promener le chien de son compagnon en forêt quand elle aurait pris peur après avoir aperçu une meute de chiens de chasse à courre. C'est à ce moment que la jeune femme originaire du Béarn avait appelé son compagnon pour lui dire de venir au plus vite. 

Des prélèvements sur 67 chiens

Il s'agit dorénavant de déterminer l'origine des morsures. Des prélèvements ont été effectués sur 67 chiens : 5 sont ceux de la victime et son conjoint, les 62 autres appartenant à l'association Le rallye de la passion. Les prélèvements auront notamment pour finalité d'identifier le ou les chiens mordeurs. 

Toutefois, "l'ampleur du nombre d'analyses et de rapprochements génétiques va différer de plusieurs jours la date de retour des résultats de ceux-ci", indique encore le procureur de la République de Soissons. 

Nombreuses réactions sur les réseaux sociaux

Dès samedi, le journaliste Hugo Clément s'était fait l'écho sur Twitter de cette terrible affaire... pour interpeller l'opinion sur le sujet de la chasse. 

Mardi 19 novembre, dans une lettre ouverte à Elisabeth Borne, Brigitte Bardot est, elle, revenue sur "les nouveaux drames de la chasse qui se sont déroulés en France ce week-end dans l'indifférence coupable des autorités, soumises au diktat des chasseurs, cette minorité qui représente 1,5% de la population mais qui empêche 98,5% des Français de profiter des forêts en tout sécurité", écrit-elle. Évoquant "l'horreur" en référence à celui qui a coûté la vie à Elisa P., 29 ans, et à l'enfant qu'elle portait depuis 6 mois, Brigitte Bardot demande à la ministre de "d'agir d'urgence" en suspendant "immédiatement toute autorisation de chasse à courre pour cette saison". 

Dans un message interpellant Emmanuel Macron, l"humoriste Rémy Gaillard a lui aussi fait part de son avis.

Sur les réseaux sociaux, le drame émeut depuis samedi. La pratique de la chasse y est dénoncée de toute part alors que les investigations se poursuivent pour déterminer si ce sont les chiens de la meute qui ont mortellement blessé la victime ou d'autres. 

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La société de vènerie se défend

Mardi, la Société de vénerie - qui rassemble 10 000 veneurs en France - s'est défendue, rappelant que, "pour l'instant, rien ne met formellement en cause la meute de chasse à courre". Elle y confirme également que le jour du décès de la jeune femme, "une chasse à courre se déroulait en forêt de Retz" et que "21 chiens de meute y participaient". "Cette coïncidence des faits a conduit la gendarmerie à auditionner les responsables de l’équipage et à effectuer des prélèvements sur ses chiens. Les résultats des tests ne sont pas encore connus", insiste-t-elle.

La Société de vénerie avance qu'"au cours des 15 000 journées de chasse à courre organisées chaque année à travers 70 départements, jamais aucun accident corporel humain n’a été relevé, impliquant des chiens de vénerie".

Le maître d'équipage ne souhaite pas s'exprimer

Sébastien Van den Berghe, "maître d'équipage" à l'occasion de la chasse à courre organisée samedi dernier à laquelle participaient 16 cavaliers et une trentaine de suiveurs, n'a pas souhaité s'exprimer depuis cette tragédie. Selon Pierre de Roualle, président de la société de la vénerie, il est aujourd'hui "serein" et "convaincu que ses chiens "n'ont rien à voir avec ce drame". 

"Plusieurs éléments attestent que les 21 chiens présents pour cette chasse à courre ne sont pas impliqués. Le médecin légiste dit que la mort de la jeune femme s'est produit entre 13 heures et 13h30 alors que les canidés ont été sortis du camion ce jour-là à 13h30, indique-t-il à LCI. Ensuite, les chiens ont été mis en forêt pour rechercher un animal, en l'occurrence un chevreuil. Ils étaient sous la surveillance de Sébastien Van Den Berghe, responsable de l'équipage qui est à cheval. C'est lui qui les a amenés derrière lui en forêt pour procéder à la chasse. Il est alors 13h45-13h50". 

Selon Pierre de Roualle, Sébastien Van den Berghe dit "avoir rencontré un peu plus tard le compagnon d'Elisa P.". " Là, les chiens ont échappé à sa surveillance car le monsieur en face lui a confié qu'il avait un chien très méchant, poursuit le président du président de la Vénerie. Il ne savait alors rien du drame. Puis Monsieur Van den Berghe est reparti avec les chiens". Pour Pierre de Roualle, "chronologiquement, le décalage fait que ça ne colle pas". 

Le président de la Société de la vénerie assure par ailleurs "connaître" ses "chiens". "Ce sont, des chiens qui sont entraînés et formés pour la chasse mais qui sont extrêmement affectueux avec les être humains. Je ne peux pas croire un instant qu'en forêt, alors qu'ils cherchent un animal et que la chasse vient de débuter, ces chiens puissent se diriger vers une femme et l'attaquer. Ou, si nous considérons les morsures post mortem évoquées par le procureur, s'en prendre à son cadavre. C'est inimaginable de la part de chiens de cette race. D'ailleurs, le chien de la jeune femme présentait de nombreuses blessures et aucun des 21 chiens qui chassaient ce jour-là n'en avaient après les faits". 

Le président conclut : "Monsieur Van den Berghe a été écouté en tant que témoin par les enquêteurs, il n'a pas été mis en examen. il y a eu des prélèvements salivaires sur les chiens, chiens qui ont été emmenés pendant 24 heures après les faits environ par un vétérinaire commis d'office. Enfin, à part les 3 ou 4 minutes où les chiens sont partis, quand il parlait avec le compagnon d'Elisa P., les canidés étaient tout le temps avec lui". 

Un message sur Facebook

Dans un message posté sur son compte Facebook samedi à 12h19, supprimé depuis, Elisa P. écrit qu'elle vient de croiser un homme "avec son malinois pas attaché". Elle poursuit : "Le truc arrive à fond sur moi, heureusement que j'étais avec Chivas". 

Aurait suivi une altercation verbale avec le propriétaires du chien. "Heureusement que je ne promenais pas les autres sinon boucherie assurée". 

Le Malinois, comme son propriétaire, sont introuvables depuis.

Le compagnon de la jeune femme témoigne

Interrogé par les médias, le compagnon d'Elisa P. très éprouvé après la perte de sa compagne et de son enfant a livré un témoignage poignant. Il indique qu'après avoir quitté son lieu de travail suite à l'appel au secours de sa compagne, il l'a localisée après avoir aperçu son 4x4 en bordure de forêt. "C’est là que j’ai croisé des chiens de chasse dans un premier temps puis un cavalier. J'ai continué à la chercher. J'ai appelé Curtis (leur chien, ndlr) et c'est là que Curtis m'a prévenu en aboyant ».

Le compagnon d'Elisa regarde alors dans le ravin.  "Je vois une trentaine de chiens arriver sur moi. Je m’écarte. (...) Je me mets un peu en protection mais ils ne m'ont rien fait. Ils n'ont pas été agressifs. J'ai décidé de descendre dans le précipice pour aller chercher mon chien. Plus je me suis rapproché, plus je me suis rendu compte que ce n’était pas un tronc d’arbre, c’était le ventre de ma femme qui était à découvert. Elle a été déshabillée entièrement, (...) dévorée de partout. J'ai été voir des voisins qui m'ont aidé à appeler la police", raconte en larmes Christophe. 

Les investigations se poursuivent. La chasse à courre, elle, doit durer jusqu'au 31 mars. Contactée par LCI ce mercredi, la préfecture de l'Aisne indique "qu'aucun arrêté n'a été pris pour l'instant pour la suspendre dans la mesure où une enquête est en cours et ses conclusions ne sont pas connues". 

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