Prison de Condé-sur-Sarthe : qui est Francis Dorffer, le détenu "champion de la prise d'otage carcérale" ?

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L'"ENFANT DE LA MAISON D'ARRÊT" - Incarcéré au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, Francis Dorffer a retenu pendant cinq heures deux surveillants en otage. Le détenu n'en est pas à son coup d'essai : ses ennuis judiciaires commencent à l'âge de 16 ans. Viol, assassinat, vols, mais aussi une longue série de prises d'otages.

Pour Francis Dorffer, les ennuis avec la justice avaient débuté à l'âge de 16 ans. Lundi 11 juin, cet homme, incarcéré au centre pénitentiaire ultra-sécurisé de Condé-Sur-Sarthe, dans l'Orne, prend en otage deux surveillants. Le détenu finira par les libérer et se rendre, après cinq heures de prise d'otages. Pourquoi un tel geste ? Francis Dorffer, 35 ans, réclamait des médicaments ainsi qu'une rencontre avec un négociateur afin d'obtenir un transfert pour se rapprocher de sa famille.


Car Francis Dorffer n'a connu que la prison. Incarcéré depuis l'âge de 16 ans dans une vingtaine de prisons différentes après des condamnations pour vols, viol et assassinat d'un codétenu, Francis Dorffer est aux yeux des personnels de l'administration pénitentiaire le "champion de la prise d'otage carcérale". 

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Prise d'otages à la prison de Condé-sur-Sarthe, deux surveillants retenus

L'homme né en 1984 est associé à au moins cinq autres prises d'otages. En 2006, il avait retenu une psychiatre à la prison de Nancy, en 2009 un surveillant à Clairvaux (Aube), en 2010 un psychiatre à la Santé, à Paris, et en 2011 un gardien à Poissy, dans les Yvelines. En 2009, son avocat de l'époque Me Hellenbrand justifiait son geste auprès d'Europe 1, affirmant que son client "n’a pas voulu faire de mal à son otage" mais voulait tout simplement "être entendu", souffrant d'un sentiment d'injustice après ses demandes répétées pour se rapprocher de sa famille.


Il a notamment été condamné à une peine de 30 ans de réclusion, assortie de 20 ans de sûreté, pour avoir tué dans la nuit du 14 au 15 septembre 2003 son codétenu, Michel Gober, qu'il égorge avec une fourchette. Francis Dorffer le frappe, le ligote puis le bâillonne avec un drap puis le tue après un différend au sujet d'un programme télévisé. Michel Gober devait être libéré quinze jours plus tard. 

Une enfance traumatisante

En avril 2018, il a été condamné à Colmar à 12 ans de prison pour avoir pris en otage un surveillant et tenté de s'évader de la maison centrale d'Ensisheim, dans le Haut-Rhin, en juin 2017, avec deux autres détenus. Ils avaient libéré leur otage et s'étaient rendus le lendemain matin, à 5h30, après de longues négociations.


De source pénitentiaire, Francis Dorffer est suivi "pour radicalisation mais au sens très large de la radicalisation. Il n'a absolument rien à voir avec Chiolo. C'est un profil psychiatrique très lourd". Selon cette source, "ses revendications s'affinent sur sa situation familiale, liée à son enfant". Francis Dorffer est "un détenu qu'on surveillait un peu plus que les autres parce qu'il a un potentiel de dangerosité qui est très élevé", a indiqué Emmanuel Guimaraes, délégué national FO pénitentiaire.

Comment expliquer de tels antécédents judiciaires ? Interrogé par l'Est Républicain, Francis Dorffer avait relaté une enfance marquée par l'absence d'amour et la disparition de sa sœur, morte d'une overdose. A 12 ans, il est placé en foyer. "Il n'y a plus eu ni affection, ni amour à la maison. C'est elle qui s'occupait de moi, elle avait pris le rôle de ma mère, débordée par son travail, mon frère et mon père qui buvait." En 2006, Francis Dorffer déclarait devant les assises de la Moselle, avec fatalité : "Je vais crever en taule, alors qu’est-ce que je risque? Je peux tuer encore, frapper, faire toutes les conneries, ça ne sera pas pire pour moi."

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