Féminicide de Cagnes-sur-Mer : ce que l'on sait sur la mort de Salomé, 21 ans

Police

VIOLENCES CONJUGALES - La procureure de la République de Grasse, a donné les derniers éléments de l'enquête sur le féminicide survenu le week-end dernier à Cagnes-Sur-Mer dans les Alpes Maritimes. Elle a notamment indiqué que le compagnon de Salomé G. a contesté pendant sa garde à vue toute violence sur sa petite-amie retrouvée morte samedi près de la voie ferrée. Ce dernier a été mis en examen pour "meurtre par concubin" aggravé mardi et placé en détention provisoire.

Cinq jours après la découverte du corps sans vie de Salomé G., 21 ans, enroulé dans un tapis et sous un tas de détritus dans une impasse de Cagnes-sur-Mer,  Fabienne Atzori, procureure de la République de Grasse a dévoilé mercredi les derniers éléments de l'enquête sur ce terrible drame, 100e féminicide survenu en France depuis le début de l’année. 

Le petit ami de la victime, Amin M., 26 ans, interpellé dimanche et placé en garde à vue a été mis en examen pour meurtre par concubin puis placé en détention provisoire mardi en fin d'après-midi. Ce mercredi, la procureure a notamment indiqué que pendant les quelques 48 heures passées face aux enquêteurs, il avait continué de dire qu’il s’était disputé avec Salomé G. dans la nuit de vendredi à samedi mais qu’il était ensuite parti sans lui infliger le moindre coup. 

LCI revient sur les principales déclarations de la magistrate ce jour. 

"Une trace de strangulation"

La procureure de la République a indiqué qu’au moment de la découverte du corps par un riverain, le samedi 31 août à 12h40, près d’une voie ferrée de Cagnes-sur-Mer, la victime présentait "de très nombreuses violences à la face et également une trace de strangulation". Identifiée comme étant Salomé G., née en 1998, cette jeune fille "entretenait des liens un peu distendus avec sa famille". "Elle avait toujours des relations avec son père qui s’était d’ailleurs présenté à la police municipale de Grasse le samedi pour signaler qu’il n’avait plus de nouvelle de sa fille depuis le jeudi précédent". 

"Les policiers avisés à 1h49"

Dans la nuit du vendredi 30 au samedi 31 août, les policiers avaient été avisés par téléphone de ce qu’un"jeune massacre une fille", selon les termes de l’appelant rapportés par la procureure de la République de Grasse Fabienne Atzori. "Elle hurle à la mort. Je l’entends hurler à la mort" avait ajouté l'appelant lors de son appel.

"Nouvel appel aux policiers à 1h53"

Lors de cet appel passé quatre minutes plus tard, la requérante va donner l’adresse précise de l’endroit où elle se trouve pour " dissiper un malentendu qui avait pu naître dans l’esprit du premier opérateur " car un autre incident s’était produit dans le même temps et non loin de ces violences. Cet autre incident "portait sur des gens qui hurlaient" a précisé Fabienne Atzori. 

"2h01, des policiers sur place"

Les policiers sont rendus sur place à 2h01 avec en leur possession des éléments qui laissent penser qu’un individu frappe une femme à cet endroit. A 2h25 arrive un équipage de la BAC. Ils vont demander à leurs collègues comment l’intervention s’est déroulée. "L’équipage en tenue va répondre : 'On a vu le requérant. Apparemment il y a eu une dispute assez violente entre un homme torse nu et vêtu d'un short en jean et une femme de sexe féminin, une blonde. Il l’aurait traînée dans un coin. On a fait le tour à pieds et on a rien trouvé'. Ces éléments vont permettre de penser que l’auteur des faits est un proche de la victime. C'’est dans ces conditions que le petit ami de Salomé G., Amin M. 26 ans, va être interpellé le dimanche 1er septembre peu après 13 heures alors qu’il sortait de son domicile. 

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"En couple depuis environ neuf mois"

Face aux enquêteurs, Amin M., né en 1993, a expliqué qu’il étaitle petit ami de la victime "depuis environ neuf mois". "Une relation au cours de laquelle ils ont vécu ensemble, soit au domicile de la mère d’Amin M. à Cagnes-sur-Mer, soit à Grasse au domicile du père d’Amin M. Dans les derniers temps de la relation, le couple résidait plutôt au domicile de la mère d’Amin M. à Cagnes-sur-Mer, car Amin M. avait semble-t-il trouvé un emploi de serveur dans un snack", a détaillé Fabienne Atzori. 

Il continue de nier les faits

Au cours des 48 heures de garde à vue, les déclarations du suspect n’ont pas varié. "Il va dire qu’en effet il avait une relation avec Salomé G., qu’en effet elle l’a quitté le soir des faits, qu’il l’a laissée". Amin M. a indiqué aux enquêteurs que selon lui Salomé G . avait pu faire "une mauvaise rencontre" peu après. "Il contestera tout au long de sa garde à vue être l’auteur du meurtre". 

"En l’état des éléments qui résultent de sa reconnaissance d’une part et d’éléments techniques qui mériteront vérification d’autres part, nous avons requis sa mise en examen mardi soir, mise en examen qui est intervenue du chef de ‘meurtre par concubin’ aggravé ce qui lui fait encourir une réclusion criminelle à perpétuité. Il a été placé en détention provisoire", a rappelé la procureure. 

Autopsie ce mercredi

Une autopsie était pratiquée ce mercredi matin sur le corps de Salomé G. "Les éléments relatifs à cette autopsie et à ses conclusions seront déterminants. Ils seront déterminants non seulement pour permettre d’apprécier les causes de la mort et notamment de mieux comprendre le déroulement des violences extrêmement rudes qu’a subies cette jeune fille et qui ont conduit à sa mort, il n’y a aucun doute là-dessus en l’état de l’examen médico-légal d’ores-et-déjà réalisée", a commenté la procureure. 

IGPN saisie en judiciaire

"Nous avons décidé mardi matin de saisir l’IGPN en judiciaire, par opposition à la saisine administrative,  sur la vérification de l’existence  de non-assistance à personne en péril" a annoncé Fabienne Atzori au cours de sa conférence de presse. Il s’agit pour la justice de voir notamment si les policiers auraient pu sauver la jeune femme s’il l’avait trouvée lors de leur première venue. 

La procureure a précisé que des vérifications allaient être faites pour voir si d’autres personnes ont entendu les cris, et si ces personnes auraient pu permettre la non survenance du crime. La magistrate a ajouté qu’il pourrait y avoir d’éventuelles conséquences de l’inaction des voisins ou des policiers intervenants  si elles étaient avérées".

Plaintes classées dans le passé

La magistrate a rappelé que le mis en cause avait un casier vierge. Elle a toutefois mentionné certains éléments, notamment concernant des plaintes à l'encontre d'Amin M. déposées par d'autres personnes que Salomé G. par le passé. 

"Il y a eu deux plaintes de la mère d'Amin M. à l'égard de son fils. La première plainte de la mère remonte à août 2017. Plainte qu'elle va retirer en expliquant qu'elle faisait l'objet de menaces régulières de la part de son fils parce qu'il voulait qu'elle quitte le domicile pour pouvoir avoir des relations avec ses copines.  La deuxième plainte de la mère date du 14 mars 2018. Il s'agissait là de faits de violences sur ascendant. Elle n’avait aucun certificat médical. Nous étions confrontés aux déclarations de l’un face aux confrontations de l’autre.... Donc nous avons également classé ce dossier", a dit la procureure. 

Par ailleurs la magistrate a fait mention d'une autre plainte déposée par une ancienne petite amie du suspect en mai 2016 à Antibes.  "Elle indiquait avoir été victime de deux séries de faits. Elle dit avoir reçu une claque au mois de janvier 2016. Puis une semaine plus tard Amin M. aurait tenté de la mettre dans une baignoire pieds et mains liés tout ça pour lui faire avouer qu’elle était susceptible de l’avoir trompé". La magistrate a indiqué que la jeune femme avait refusé la confrontation, qu'après examen aux UMJ sur la jeune femme il n'y avait aucune trace... Amin M. avait alors indiqué que c'est "elle qui le harcelait", qu'il était la "victime", qu’elle est" jalouse". "La plainte a été  classée, l'infraction étant apparue insuffisamment caractérisée" a précisé Fabienne Atzori. 

"A cette plainte était jointe une main courante déposée à Vallauris de la mère de cette jeune victime, mineure puisque âgée de 17 ans. La mère avait indiqué le 22 mars 2016 au commissariat qu'Amin M. aurait poussé involontairement sa fille sur la voie ferrée à proximité de Cannes" a ajouté la procureure. 

La jeune fille, elle, a été entendue mardi matin dans le cadre de l’enquête en cours. 

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