Féminicide du Havre : le compagnon de la victime avait menacé il y a un mois de la poignarder et de l’étouffer

Police

FAIT DIVERS – L’homme âgé de 37 ans interpellé après avoir poignardé mortellement sa compagne à 14 reprises, lundi 16 septembre dans une rue du Havre (Seine-Maritime), l’avait déjà menacée au mois d’août avec une arme blanche notamment. La question de la garde des petits serait à l’origine de ce 105e féminicide.

Elle s’appelait Johanna, elle avait 27 ans, et était une jeune maman. Lundi 16 septembre à 13h10, devant le magasin Leader Price de la rue des Briquetiers du Havre (Seine-Maritime), cette mère de famille a reçu 14 coups de couteau de la part de son compagnon, alors que leurs trois enfants âgés de 2, 4 et 6 ans étaient présents. En quelques minutes, elle a succombé à ses blessures.

Le suspect, âgé de 37 ans, a lui été interpellé. "Il devrait être déféré au parquet à l'issue de sa garde à vue, pour ouverture d'une information judiciaire et mise en examen", a fait savoir dans la soirée du mardi 17 septembre le procureur de la République du Havre François Gosselin dans un communiqué. "Sans condamnation judiciaire antérieure, il n'apparaît pas avoir agi sous l'empire de toxiques et est indemne de toute affection psychiatrique", poursuit-il avant de revenir sur les circonstances de ce drame et sur les mois qui l'ont précédé.

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Au printemps, elle voulait se séparer

Ainsi, selon les éléments recueillis après le meurtre, il a été établi que depuis mai 2019, la victime avait informé les services sociaux de sa volonté de se séparer de son compagnon. Des demandes de logement avaient par ailleurs été adressées à plusieurs bailleurs sociaux. 

 Le 29 juillet 2019, Johanna avait "saisi à nouveau les services" qui lui avaient obtenu une place au Service d'Accueil d'Urgence des Femmes (SAUF) à compter du 31 juillet. La jeune femme n'a pas rejoint l'hébergement, mais a déposé "une main courante au commissariat du Havre le 10 août, indiquant que le climat était tendu mais qu'il n'y avait pas de violence contre elle-même ou sur les enfants" explique le procureur de la République du Havre.

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Couteau et sac plastique

Onze jours plus tard, pourtant, des menaces sont constatées. "Le 11 août au soir, les services de police intervenaient au domicile commun, que la jeune femme disait avoir quitté en passant par la fenêtre de l'appartement sis au premier étage/entresol, ayant été menacée par son compagnon à l'aide d'un couteau ainsi que d'étouffement avec un sac en plastique", relate le magistrat.

Le trentenaire est alors interpellé et placé en garde à vue. Il en ressortira sans aucune poursuite. "Les éléments réunis au cours de l'enquête apparaissaient insuffisants pour caractériser une infraction", détaille François Gosselin. La procédure est alors transmise au parquet, puis classée sans suite... 

Elle avait quitté le domicile

Hébergée chez sa sœur après cet événement pendant deux semaines, Johanna part finalement au Service d'Accueil d'Urgence des Femmes. Dans l’attente d’une décision de justice, les enfants sont pris en charge tour à tour par les parents... Les 14 et 15 septembre, c'est leur père qui les garde et qui les conduit, lundi 16 septembre à l'école. Johanna doit les récupérer pour le déjeuner. A midi, elle retrouve son ancien compagnon dans un kebab pour recueillir le petit dernier, âgé de 2 ans. 

C’est dans ce restaurant que le ton a commencé à monter. Une dispute éclate au sujet des enfants. Le père prend les trois petits et les emmène au Leader Price de la rue des Briquetiers, juste à côté, pour leur acheter des glaces. Pendant ce temps, Johanna attend au kebab… 

Aux enquêteurs, la caissière de l’hypermarché n’a rapporté "aucun comportement particulier d'excitation du père".  Pourtant, en sortant du magasin, il poignardera sa compagne à 14 reprises sous les yeux des enfants. "Selon l'intéressé, sa compagne l'aurait interpellé à nouveau au sujet de la garde des enfants", précise le communiqué du parquet. Quant au couteau, il a expliqué en avoir fréquemment un  "en raison de menaces dont il aurait fait l'objet". 

"Peur d’être privé de ses fils"

Au cours de sa garde à vue, qui a été prolongée mardi 17 septembre, le mis en cause a "reconnu a matérialité des faits, fait savoir le procureur. Il a expliqué avoir agi "par crainte que la victime ne le prive de ses fils ". Il devrait passer ce mercredi sa première nuit en prison. 

Les trois enfants ont été hospitalisé juste après les faits et sont suivis depuis lundi. Sur les réseaux sociaux est apparu aussi depuis le 16 septembre le Hashtag #jesuisjohannatilly, en hommage à la victime. Une marche lui sera dédiée ce mercredi . Elle partira de l’école Lamartine ce mercredi à 13h30  et rejoindra la mairie du Havre où un rassemblement est prévu. 

Les obsèques de la victime auront lieu dans quelques jours. 

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