"Flic" : l'IGPN saisie après les révélations d'un journaliste infiltré dans la police

"Flic" : l'IGPN saisie après les révélations d'un journaliste infiltré dans la police

POLÉMIQUE - Dans "Flic", un livre à paraître jeudi, le journaliste Valentin Gendrot raconte ses deux années mouvementées d'infiltration dans la police parisienne. Afin d’établir la véracité des faits relatés et à la demande du ministre de l’Intérieur, la police des polices a été saisie.

Violences, insultes racistes et homophobes, manque de moyens, suicides et mal-être des troupes... Alors que paraît ce jeudi Flic (éd. Goutte d'or), un livre dans lequel le journaliste Valentin Gendrot raconte ses deux années mouvementées d'infiltration dans la police parisienne, l'IGPN a été saisie à la demande du ministre de l’Intérieur "afin d’établir la véracité des faits relatés".

"L’auteur (...) dénonce des agissements graves" qui ont été "portés à la connaissance du Procureur de la République", indique un communiqué de la préfecture de police précisant qu'"à ce stade, les policiers accusés ne sont pas identifiés et les faits allégués ne sont pas vérifiés".

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Spécialiste des infiltrations, Valentin Gendrot a voulu explorer une institution "clivante" en utilisant cette méthode controversée, objet d'un débat récurrent chez les journalistes. C'est en septembre 2017 que commence sa plongée clandestine dans la police. Sous son vrai nom, il intègre l'École nationale de police de Saint-Malo, en sort "adjoint de sécurité" -le plus bas grade hiérarchique- puis est affecté un an à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris.

Il décroche ensuite le poste qu'il visait : le commissariat du XIXe arrondissement de Paris, quartier populaire de la capitale. Il y officie entre mars et août 2019 au moment où la mobilisation des Gilets jaunes nourrit les accusations de violences policières. Dans un entretien à l'AFP, il raconte son premier jour, "complètement stupéfait" : la mise en service de son arme est chaotique, il voit "un policier frapper un gardé à vue" trop bruyant, tandis qu'une femme est éconduite alors qu'elle vient déposer une main courante après des "menaces de mort" de son mari. 

Une "bavure"

Dans le passage le plus explosif de son livre, Valentin Gendrot assure également avoir assisté à une "bavure" commise par un collègue et que lui-même a couverte avec d'autres policiers. Ce jour-là, sa patrouille est appelée par un voisin se plaignant de jeunes écoutant de la musique au pied d'un immeuble.

Selon son récit, le contrôle dégénère quand un des policiers "tapote" la joue d'un adolescent qui, en réponse, provoque le fonctionnaire : "Je te prends en un contre un". Le policier met une première "baffe" au jeune homme qui réplique verbalement. Le policier "dégoupille" alors : "Une claque, puis deux, puis trois, peut-être quatre ou cinq", affirme le journaliste. Il "se déchaîne" ensuite à "coups de poings" et d'insultes sur l'adolescent, qui est alors embarqué au commissariat pour vérification d'identité, raconte Valentin Gendrot, sans détailler dans son livre la gravité de ces blessures.

"La police est un clan"

Les deux protagonistes porteront plainte : le policier pour outrage et menaces, l'adolescent pour violences. Un PV "mensonger" est alors rédigé pour "charger le gamin et absoudre" le policier, affirme Valentin Gendrot qui incriminera lui aussi l'adolescent lors d'une enquête interne. "La police est un clan" et "celui qui dénonce, un traître", explique le journaliste. En s'accusant d'avoir couvert son collègue, i indique à l'AFP avoir voulu contribuer à "dénoncer mille autres bavures de ce type", même si "ça a été une décision extrêmement compliquée à prendre".

Le livre évoque aussi nombre de ferments de la grogne au long cours des personnels : voitures et locaux hors d'âge, suicide d'un collègue et hostilité de la population (un gardé à vue les invite ouvertement à se suicider), salaire de 1340€ mensuels nets à Paris. Il s'inquiète aussi que "n'importe qui (puisse) devenir flic" : son statut de journaliste n'a jamais été découvert et sa formation de trois mois est, d'après lui, lacunaire, voire "low cost" selon le mot d'un instructeur. 

"Ses collègues agacés"

Selon un ancien collègue interrogé par LCI, le journaliste-infiltré "a laissé le souvenir d’un policier discret et réservé. Il n’est pas resté suffisamment longtemps pour être évalué. Les collègues sont plutôt agacés et ont le sentiment d’avoir été espionnés pendant six mois".

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