Gilets jaunes : grenades GLI-F4, LBD... ces armes de maintien de l'ordre de plus en plus contestées

Gilets jaunes : grenades GLI-F4, LBD... ces armes de maintien de l'ordre de plus en plus contestées
Police
CONFRONTATION - Les grenades GLI-F4 et les "lanceurs de balles de défense" LBD 40 font partie de l'attirail des forces de l'ordre en cas de manifestation. À l'origine de nombreuses blessures graves parmi les manifestants, ces armes sont très contestées.

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, en novembre, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées par les forces de l'ordre. De l'ecchymose à la perte d'un œil ou d'une main, ces blessures sont d'une gravité variables et ont eu lieu dans des contextes très différents, mais beaucoup ont en commun d'avoir été causées par deux armes qui sont à disposition des forces de l'ordre : le "lanceur de balles de défense" LBD 40 et la grenade à effet de souffle GLI-F4.


Ces 2 mois de manifestations ont vu gonfler la liste des blessés. Libération décompte 109 blessés graves au 21 janvier, tandis que le collectif "Désarmons-les !" évoque 124 blessés au 28 janvier, pour la plupart graves et pour certains plus légers. Le journaliste David Dufresne a recensé pour sa part  plus de 300 blessures qui aurait été causés par les forces de l'ordre dans le cadre des manifestations de Gilets jaunes. Dans chacune de ces listes, on constate l'omniprésence de blessures causées par le LBD et la GLI-F4.

La grenade GLI-F4 : ces 25 grammes de TNT qui vont disparaître de l'arsenal policier

Elle ressemble à une grenade lacrymogène habituelle mais elle est beaucoup plus dangereuse. La grenade GLI-F4 est la grenade la plus puissante qui peut être utilisée par les forces de l'ordre en manifestation. Par ailleurs, la France est le seul pays d'Europe à utiliser cet équipement pour du maintien de l'ordre. Elle est composée d'une substance explosive de 25 grammes de TNT, et de 10 grammes de "2-Chlorobenzylidène malonitrile", ou "gaz CS", qui est un gaz lacrymogène incolore. Son explosion provoque un triple effet : un effet sonore très puissant (165 décibels à 5 mètres, c'est plus qu'un avion au décollage), un effet lacrymogène à cause du gaz CS, et un "effet de souffle" qui consiste en une onde de choc et en la projection de petits éclats sur des dizaines de mètres.


Autorisée depuis 2011, la GLI-F4 est venue remplacer la grenade offensive OF-F1, qui contient 60 grammes de TNT et a été suspendue en 2014 puis interdite après le décès de Rémi Fraisse, lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens. Mais la GLI-F4 reste dangereuse et a occasionné de nombreuses blessures graves, notamment aux mains. C'est pourquoi un collectif d'avocat a demandé le 30 novembre son interdiction au gouvernement. Le lendemain, 339 grenades GLI-F4 ont été tirées à Paris lors de la manifestation des Gilets jaunes. Le 7 décembre, une cinquantaine de manifestants ont protesté devant l'usine où ces grenades sont fabriquées.

La dangerosité de la grenade GLI-F4 est reconnue par les autorités. L'Inspection générale de la gendarmerie nationale et celle de la police nationale reconnaissaient en 2014 que cette arme peut blesser mortellement. En juin 2018, le gouvernement a d'ailleurs annoncé le remplacement "pour des raisons techniques" de ces grenades, au profit de grenades GM2L, qui ont un effet assourdissant et lacrymogène, mais qui sont dépourvues de TNT. Selon Le Figaro, il resterait malgré tout "plusieurs dizaines de milliers" de grenades GLI-F4 en stock dans les unités de gendarmerie.

Parfois critiquée également, mais moins que la grenade GLI-F4, la grenade de désencerclement DBD (pour "dispositif balistique de désencerclement") ou DMP (pour dispositif manuel de protection) peut aussi occasionner des blessures, car elle projette 18 galets en caoutchouc dans un rayon d'environ 10 mètres, ainsi que son dispositif d'allumage qui contient du métal. Contrairement aux autres grenades, elle ne peut pas tirée par un lanceur et doit être obligatoirement jetée à terre.

Le LBD 40, le remplaçant du "Flash Ball" qui peut faire perdre un œil

L'autre arme au centre des critiques, et ce depuis plus longtemps que les grenades, c'est le lanceur de balles de défense LBD 40. Il a remplacé progressivement à partir de 2009, puis définitivement en 2016, le "Flash-Ball", tout en conservant cette appellation devenue populaire. Le LBD 40, nommé ainsi à cause de son canon de 40 mm, propulse des balles de caoutchouc avec une meilleure portée que le Flash-Ball : jusqu'à 40 m, contre une dizaine de mètres pour le second. 

Comme pour toutes les armes à disposition des forces de l'ordre, l'usage du LBD 40 est encadré par la loi, qui interdit notamment de viser la tête. Mais l'exercice étant généralement imprécis, de nombreux blessés à la tête sont à déplorer lors des dernières manifestations, dont certains ont perdu un œil. LCI a d'ailleurs appris ce mercredi que le directeur général de la police nationale, Eric Morvan, a rappelé dans un télégramme du 5 janvier dernier, les conditions d’emploi du LBD 40 lors des manifestations.


Avant l'irruption des Gilets jaunes, le Défenseur des droits avait demandé dans un rapport de décembre 2017 "de retirer les lanceurs de balles de défense de la dotation des forces chargées de l'ordre public". Pour l'institution, "le lanceur de balles de défense ne permet ni d'apprécier la distance de tir, ni de prévenir les dommages collatéraux, au sens du cadre d'emploi". Et le Défenseur des droits d'ajouter que "même si le tireur respecte les prohibitions et injonctions de la doctrine d'emploi technique, l'utilisation d'une telle arme à l'occasion d'une manifestation est susceptible de provoquer de graves blessures comme la perte d'un œil, possibilité qui confère à cette arme un degré de dangerosité disproportionné au regard des objectifs du maintien de l'ordre".


Début décembre, 200 personnalités, dont plusieurs députés de gauche, rappelaient cette recommandation du Défenseur des droits et ont demandé l'interdiction de l'usage des LBD pour le maintien de l'ordre. Mais contrairement à la grenade GLI-F4, l'avenir du LBD 40 semble assuré pour les opérations de maintien de l'ordre, car le ministère de l'Intérieur a lancé le 23 décembre un appel d'offre pour acquérir un 180 LBD à six coups, 270 LBD à quatre coups, enfin, et 1.280 LBD mono-coup.

Confrontées aux critiques, les représentants des forces de l'ordre tiennent à ces armements. "Si on nous retire les grenades, les lanceurs de 40, si on nous retire la possibilité tout simplement de nous défendre, je ne vois pas comment on va pouvoir défendre notre intégrité et un terrain", avait par exemple affirmé le délégué national du syndicat Unsa police, Thomas Toussaint.

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