Gilets jaunes : les avocats du jeune homme soupçonné d'avoir blessé un policier à l’œil dénoncent le manque de preuve

Gilets jaunes : les avocats du jeune homme soupçonné d'avoir blessé un policier à l’œil dénoncent le manque de preuve

Police
JUSTICE - Antoine, 27 ans, a été placé en détention provisoire mardi à Fleury-Mérogis (Essonne). Le jeune homme, qui participait à la manifestation des Gilets jaunes samedi dernier sur les Champs-Elysées, est soupçonné d’avoir "gravement blessé à l'œil" un policier "par un jet d’écrous". Ses conseils évoquent un "dossier vide" et dénoncent le "manque d'indices graves et concordants".

Il a été mis en examen mardi des chefs de "violences sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie de mutilation ou infirmité permanente lors de manifestation sur la voie publique" et "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations". Conformément aux réquisitions du parquet, il a été depuis placé en détention provisoire. Mardi, Antoine, 27 ans, a passé sa première nuit en prison depuis la manifestation des Gilets jaunes quatre jours plus tôt sur les Champs-Elysées. Le juge des libertés et de la détention a en effet suivi les réquisitions du parquet qui avait demandé son placement en détention.


Originaire du Jura, où un groupe de soutien s'est constitué, Antoine est le seul manifestant, parmi les 103 personnes interpellées, a avoir été placé en détention après les violences des Champs-Elysées. Le jeune homme est soupçonné d'être l'auteur d'un "jet d'écrous" qui a blessé un CRS à l’œil. "Notre client conteste avoir jeté quelque projectile que ce soit. Il n'est mis en cause que par un seul policier qui prétend le reconnaître alors que les conditions de l'interpellation ne permettent pas une reconnaissance formelle", dénonce Me Méchin, l'un des avocats du jeune homme.

Un problème de taille ?

Ainsi, les faits se seraient produits vers 21 heures au croisement de l'avenue Hoche et de la place de l'Etoile où se trouvaient plusieurs manifestants qui auraient construit des barricades. A 21h30, le CRS aurait été touché à l'oeil. "Antoine a été interpellé dix minutes plus tard rue Tilsitt. Le policier qui l'a interpellé indique avoir vu un individu jeter des projectiles, l'avoir ensuite perdu de vue pendant une dizaine de minutes, avant de le retrouver dans cette rue Tilsitt.  Par ailleurs, ce policier n'aurait donné pour unique signalement  qu'un individu d'1m75 capuché et vêtements sombres. Cela ressemble à beaucoup de monde de jour-là. Et Antoine fait 1m85", précise une source proche du dossier. De son côté, le policier blessé n'aurait, à ce stade, donné aucune indication sur l'auteur du jet de projectile qui l'a blessé.

"Pas de vidéo, pas de photo"

"On n'a pas de vidéo, on n'a aucune photo, on n'a aucun autre témoignage qui mette en cause notre client, ni de la part des policiers, ni de la part des riverains, ni de la part d'autres manifestants et il se retrouve aujourd'hui incarcéré sur le fondement d'un seul témoignage, celui d'un policier, qui lui même a dit des choses contradictoires", ajoute Me Méchin.


Mercredi matin, Me Eduardo Mariotti, autre conseil d'Antoine, a fait appel de l'ordonnance du placement en détention d'Antoine. "On va s'attaquer à l'ordonnance du juge des libertés et de la détention qui énonce des choses objectivement fausses, notamment sur les conditions d'interpellation et le signalement, pour tenter de justifier sa décision." Selon ses avocats, "Antoine reconnait sa présence à la manifestation sur les Champs-Elysées samedi. Il affirme en revanche qu'il n'a jamais lancé un projectile de tout l'après-midi."

"Le parquet porte la grogne des policiers"

Pour les défenseurs du suspect, leur client fait office de bouc-émissaire :  "J'ai l'impression que la justice a voulu apporter une réponse immédiate à ce qu'il s'est passé (sur les Champs-Elysées). Le parquet porte, il me semble, la grogne des policiers. Le magistrat instructeur doit quant à lui être embêté par le vide du dossier", estime Me Eduardo Mariotti.  "Quand on connaît la dangerosité des grenades GLI F4, rien ne permet d'exclure à ce stade dans le dossier qu'il s'agisse d'un accident et de l'explosion d'une munition appartenant aux forces de l'ordre", souligne encore l'avocat. 


"La qualification criminelle retenue à l'encontre de notre client est passible de 15 ans de réclusion. Ça n'est pas rien", concluent les avocats, précisant que si Antoine possède bien un casier judiciaire - pour violences volontaires en 2010 et conduite sous l'emprise de stupéfiants - cela n'en fait en aucun cas "un coupable dans cette affaire".

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